Hugues a travaillé les vitesses et le briefing entre les deux pilotes a permis la coordination nécessaire à des conditions de vol optimales.
Gref est un colibri photographe émérite. Nous sommes beaucoup à être allé voir ses merveilleuses images de Concorde exposées à l’Aéroclub de France et à aimer poser avec nos petits avions devant son objectif expert.
Pour lui, chaque vol est matière à apprentissage. Le challenge d’aujourd’hui est de savoir comment capturer le mouvement de l’hélice avec la vitesse d’obturation adéquate.
Le ciel est gris et nous offre un édredon cotonneux pour nous retrouver en l’air.
Arnaud et moi avons pris de l’avance avec le Turbi, question de rejoindre le point de rendez-vous dans l’ouest du terrain.
Hugues et Gref partent à ce moment-là de l'autre bout du terrain à bord du joli Jojo F-PACK Les boucles de la Seine sont des points de report idéaux et empreints de poésie. Le Jodel a allumé ses phares et nous le voyons en premier. L’absence de verrière donne envie de lever les bras pour faire coucou, mais un battement d’aile s’avère plus efficace. Ce n’est pas pour rien que le jaune était la couleur des avions d’entraînement !
La patrouille se forme dans les règles de l’art : rassemblement, étagement, retrait et écartement.
Les deux CNRA suivent la Seine à contre-courant des péniches.
Gref mitraille depuis le Jojo aux volets sortis. Hugues regarde droit devant lui car il sait qu’il aura droit aux images plus tard.
La patrouille avance à 130 km/h et enchaine les poursuites, les changements d’aile et les poses sourire.
Gref est caché par son gros objectif, un tant soit peu limité dans ses mouvements par la verrière du petit avion. De mon côté, je glisse ma main dans mon blouson pour en sortir l'appareil de poche aussitôt sanglé à mon poignet.
En cockpit ouvert, ce qui n'est pas attaché à l'avion finira emporté par le vent. Cette règle s’applique à tout élément, de la carte au passager…Le Druine Turbi danse dans le ciel et mes cheveux volent au vent au grès des dérapages... la bille ne sert plus à rien ! Comment être rivé à son tableau de bord quand l’air vous fouette le visage ?
Emmitouflés dans nos pulls, gants et bonnets, avec la main qui caresse les nuages, nous nous rapprochons du vol nu, très loin de ce qu’est l’aviation moderne, très loin des objectifs de confort et de rapidité chers aux pilotes garminisés jusqu’au bout des ongles.Nous prenons de la vitesse pour tenir l’extérieur du virage entamé par Hugues. Les champs défilent sous l’aile jaune, le vent déferle et nous grise. L’esprit se fait oiseau.
Je ne pense plus à la ceinture cinq points quand l’inclinaison du virage enlève tout obstacle entre moi et l’herbe verte. Je sens ces ailes qui me retiennent en l’air, qui se font miennes.F-PACK nous quitte pour aller dire bonjour à une amie, nous retournons vers le terrain des Mureaux avant qu’il nous rattrape dans le tour de piste.
Le poser sera tout doux, à en faire pâlir de jalousie le corbeau qui s’est poussé pour nous laisser rejoindre le sol.
Nous roulons doucement vers la pompe à essence, avec l’étrange impression de revenir de haute mer, le visage marqué par les embruns.
Iza
En images par ici