The show must go on 
 
Oshkosh, Mercredi vers 16 heures. 
La masse des spectateurs alignés sagement dans l'herbe le long de la piste 
18 R cherche vainement un coin à l'ombre. 
CAVOK de chez CAVOK, le ciel a compris qu'à OSHKOSH, ca ne rigole pas. 
Trop tard pour les derniers arrivés, toutes les ailes, basses, hautes, 
haubannées ou non sont devenues des places chères pour leur ombre. 
Pas de barrières entre le public et la piste, seuls quelques volontaires en 
gilet fluo scooterisent en cahotant dans l'herbe pour s'assurer que personne 
ne dépasse la limite symbolique. Mais ici on est aux USA, et pas un n'aurait 
l'idée de franchir cette limite. 
Ici on repère tout de suite les habitués: Monsieur et madame sont venus avec 
le petit chariot qui contient les boissons fraîches (sûrement fortement 
sucrées, à en juger par la forme torturée que prend le pliant de madame, 
tendu à craquer) et l'incontournable scanner portatif qui permet d'écouter 
les conversations entre la tour et les pilotes. 
Le public est calme, écrasé par la chaleur et par le show incroyable de cet 
hurluberlu avec son Turbo Raven venu mettre le doute sur les lois 
fondamentales de l'aérodynamique et de la physique. 
"Si, madame, un avion est capable de s'arrêter en plein vol, seulement 
suspendu par son hélice! Et même qu'il est capable de remonter toute la 
piste sur la tranche et en montée! (je men vais essayer ça le week-end 
prochain avec mon J3, se dit le mari, vexé)" 

Etendu dans l'herbe sous l'aile du petit construction amateur qui a eu la 
bonne idée de se garer là, je récupère de la chaleur en chargeant la nième 
pellicule dans l'appareil, tout en me félicitant d'avoir acheté quelques 
semaines plus tôt ce 300mm qui me faisait défaut, une oreille distraite par 
les commentaires du speaker qui annonce le prochain show, avec la bonhomie 
du vendeur de lessive dans un supermarché. 

Au bout de la piste, une patrouille de cinq avions s'aligne: trois superbes 
F4U Corsair en avant et deux Bearcat en arrière. 
Fort vent de travers sur la 18R, et j'imagine les pilotes en train de se 
battre contre les effets du couple monstrueux de ces moulins et l'envie 
furieuse qu'ont ces trains classiques de se tourner dans le vent. Ca doit 
faire au bas mot huit mille chevaux en étoile prêt à mettre les gaz. 
Le Navy blue profond des dérives brille sous le soleil, et je cale 
l'appareil, prêt à prendre une photo  lorsque la patrouille prendra l'air, 
approximativement à ma hauteur. 

La patrouille accélère, se rapproche. Soudain l'un des ailiers se met à 
zigzaguer, une fois deux fois, trois fois... En une fraction de seconde, il 
touche de son aile le leader en pleine accélération, son aile droite se 
soulève et l'avion part en un monstrueux cheval de bois à 60 kts. Il touche 
le sol en se retournant et explose en trois morceaux... Boule de feu, 
hurlement dans la foule qui se dresse, incrédule. 
Les autres Corsair s'arrêtent en désordre s'évitant les uns les autres de 
justesse. 
Les pompiers, abasourdis, mettent un temps qui semble infini à venir sur la 
piste. Même le speaker, choqué, met un certain temps à recouvrer ses esprits 
avant d'appeler au calme. 
Par pur réflexe, j'ai déclenché au moment où l'avion s'est retourné, le mode 
déclenchement continu a fait le reste.... 

Une heure et demie après, la 18R était dégagée, et le show reprenait. The 
show must go on..... 

Amicalement 
Jacques Zahar