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Examen en vol PPL - Matthieu Laban
| Examen en vol PPL | |
| Matthieu Laban en Aout 2001 |
Tout a commencé le 8 août dernier, j'avais rendez-vous 3 semaines avant avec Robert Faix, mon examinateur pour le test en vol du PPL, cet ultime test que je redoutais tant...
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Au levé, ce 8 août, des orages de partout, dans le genre pas de chance, je crois que j'ai fait fort... Ca arrive vraiment très rarement les orages le matin dans le coin... C'est tellement rare qu'il a fallu que ça arrive le jour de mon test. Avec une telle météo, je ne suis pas parti, j'ai donc appelé M. Faix et j'ai annulé le vol. J'ai pris un rendez-vous pour le jeudi d'après.
Entre temps, une séance de mania avec mon instructeur Georges (que je remercie pour tout !), une séance mouvementée d'ailleurs, parce que des PTU et des encadrements avec du 20kt à 25kt de 30 à 45° de travers, ça facilite pas les choses.
La semaine qui suit, je me prépare ensuite donc pour le vol. La navigation sera Bron, Roanne, Dole, Bron, rien de très compliqué.
Nous arrivons donc à ce fameux jeudi 16 août... La météo du matin n'est pas très brillante, il fait beau sur Lyon, mais à l'ouest, vers St-Etienne, St-Yan et Clermont, le front arrive.
J'arrive sur le terrain à 7h45, le rendez-vous est à 9h30 avec l'examinateur. Georges est déjà arrivé. Je regarde la météo avec lui et je vais prendre les NOTAM. Rien de spécial, sauf à Roanne, une portion de la piste inutilisable. Regardant la météo, on décide que c'est bon pour le départ, que le front est encore loin et que ça devrait passer. Et que si de toute manière ça ne passait pas, je pouvais dérouter et que Faix ne serait pas contre un déroutement, s’il est fait par sécurité...
Je vais donc préparer l'avion, faire le plein, faire une prévol minutieuse, nettoyer la verrière, les phares, ranger le coffre, les papiers...
9h00, je commence à stresser, enfin, encore plus qu'avant plutôt...
Il faut attendre l'examinateur, dernier petit coup d’œil à la nav : Bron, puis Novembre, passage verticale Villefranche, Amplepuis, puis Roanne, ensuite direct Dole, par quelques points de repère, un recoupement radionav, un passage au-dessus ou dessous de la R45 et retour par route directe en passant encore une fois au-dessus ou en dessous de la R45.
L'examinateur arrive à 9h30, il est pas très grand, moins impressionnant que sa voix au téléphone. Mais il est quand même intimidant, c’est un examinateur tout de même...
Je monte avec lui dans la salle de briefing. Présentation des papiers, du carnet de vol.
Tout se passe bien jusqu'a ce que je présente la navigation, ou plutôt le devis de carburant, je me suis complètement embrouillé, j'ai pris en compte les temps sans vent, sans ajouter les 10% ! Misère...
"Je ne monte pas avec vous si vous n'avez pas les règles d'emport de carburant."
qu'il m'a dit ! Alors, là, j'ai balisé ! Zut alors, quel idiot...
"Allez demander à votre instructeur..."
Je vais lui demander et je reviens, rapide calcul du devis carburant, et tout revient dans l'ordre. Ouf... Passage à la météo. Finalement, je suis pas si nul que ça dans la météo, puisqu'il m'a dit à la fin qu'il aimerait bien que tous les candidats examinent aussi bien la météo... Ahhh, bon point.
Présentation rapide de la navigation, on a pris du retard. Il m'a posé beaucoup de colles sur les centrages. On part vers les environs de 11h00. Il me rejoint au DR400 (F-GLVF). J'ai eu le temps de préparer les cartes, le manuel de vol à portér de main, le log est propre, les cartes de la région dans mes pochettes. Il s'installe et il me met en confiance :
"M. Laban, vous êtes le chef ici, je ne suis pas la pour vous faire passer un mauvais moment, je vais noter tout ce qui se passe tout au long du vol, je note les bonnes et mauvaises choses, donc ce n'est pas parce que j'écris beaucoup que ce n'est pas bien."
Je sors ma check et je vérifie tout comme si j'étais seul, sans stresser et sans me presser, en disant bien tout ce que je fais. La météo n'est pas fameuse, mais le front a du retard, ça devrait passer.
Je démarre le moteur, contact radio, roulage, décollage sans problème, route vers le point Novembre. A Novembre, route sur Roanne, j'utilise le VOR de Roanne pour me guider, en complément des repères extérieurs. Je monte vers 3500 ft. Passage au-dessus de Villefranche Tarare, pas d'avions dans le circuit, il ne fait pas beau : OVC 5000ft et quelques nuages bas.
Lorsqu'on a passé la vallée de l'Azergue, on pouvait voir que de l'autre côté du relief, là ou on allait, il y avait des sales stratus très bas... Je lui dis :
"On peut voir qu'il y a des nuages bas vers Roanne. On va aller voir plus loin, si ca s'empire, on déroutera."
"Bien, continuons", dit-il.
Je continue donc... et c'est pas fameux. J'avais prévu une arrivée sur Roanne en passant par le sud, puis une verticale 1500ft QFE pour m'intégrer en vent arriere. Et visiblement les nuages étaient trop bas. Plus on s'approchait, plus je voulais dérouter sur Dole, notre prochain point. Je voyais de mieux en mieux les stratus... Je dis donc :
"Ils sont trop bas, je ne veux pas aller voir plus loin, j'ai pas envie de me retrouver coincé, je déroute sur Dole."
"Non, allons voir plus loin...", dit-il.
Hum, bon, je continue et j'amorce ma descente. Il me dit "Contactez l'agent AFIS et demandez la situation."
Je demande donc la situation météo à l'agent.
"Heu, on a des nuages bas sur le nord, l'ouest... heu, l'est... et le sud..."
De partout quoi...
"F-VF, stand by."
Là je dis,"Je ne descends pas là-dedans, je n'ai pas assez d'expérience, ils sont trop bas, je déroute."
"Non, on va essayer d'y aller."
Là je me suis dit "Hé ben, il veut vraiment qu'on y aille !"
Il me demande alors quelle est l'altitude mini de survol hors villes, je lui dis que c’est 500ft. On descend alors vers 500ft sol, pour s'intégrer en base. J'ai du mal à repérer le terrain, je regarde sur la carte, puis je le repère, on est très bas, mais pas encore sous la couche de nuages bas, qui est plus à l'ouest... On continue, la couche est vraiment basse, on est en dessous maintenant. Je vois la piste, on est en base, je prépare l'avion. Finale ...
"On fait un touch ou un complet, c’est comme vous voulez."
Ne voulant pas me retrouver coincé ici, je dis :
"Je préfère faire un touch, je ne sais pas comment va évoluer la couche de stratus, je préfère partir avant que ça ne se bouche."
"Comme vous voulez."
Je fais donc un touch, en 01, et on repart de plus belle pour Dole. Là, tout va vite, il faut changer le log de nav, remettre la planchette que j'avais enlevé pour être plus confortable à l'atterro, tout ça en montée... Contacter St-Yan...
Je règle ma fréquence du VOR dont je vais me servir pour savoir quand je sortirai de la TMA de St-Yan. Une fois monté, je me réinstalle, je décontracte, estimée de l'heure d'arrivée à Dole, repérage des points de repère, réglage du QDR que je dois croiser en sortie de TMA... Et la, problème :cette foutue aiguille rentre, alors que je suis encore loin, mais c’est quoi ce bazar !? Je suis loin... Ahhhhh, abruti, Moulin, c’est pas Autun, vite re-réglage de la fréquence ! Ahhh, ça va déjà mieux ! On croise quelques routes, je regarde sur la carte si ça correspond. Petite question : "Quelle est cette ville, là ?"
Vite la carte, j'ai une route, une voie rapide, l'aiguille commence à rentrer, la ville est grande... Cluny ! Bien joué Matt, on continue. On passe au-dessus de la zone R45 et on quitte St-Yan
Et là, en plein au-dessus de la zone militaire...
"On a un problème, la météo est mauvaise, on déroute sur Lons le Saunier."
Ahhhh ! Un petit terrain... Vite, la carte, une route approximative ... 070 degrés, hop, c’est fait. Maintenant, il faut calculer plus précisément, j'ai prévu trop au nord, c’est plutôt le 080, correction, fiche d'aérodrome, estimation de l'heure d'arrivée, piste en herbe, non contrôlée...
Je vais suivre la rivière que je vois sur la gauche, comme ça, j'arriverai sur Louhans, et je suivrai la route qui va directement à l'aérodrome ! Mais à Louhans je me perds, je trouve pas la route, je continue au cap 090 (pourquoi au 090, alors, ça, j'en sais rien !) Je trouve plus de repères ... zut.
"Je ne sais pas où je suis, je retourne à Louhans pour trouver la route."
"Mais non. Que voyez-vous sur la droite là ?"
"Heu .."
"Une saignée dans les arbres", qu'il dit. (je savais que c’était une ligne haute tension, mais je n'en voyais pas sur la carte).
"Heu..."
Je continue au même cap... Ahhhhh, une autoroute ... merci ! Je regarde sur la carte, je vais voir au sud une ligne haute tension !
Cool je suis donc au nord, je remonte l'autoroute vers le nord, et je trouve ma route qui coupe l'autoroute et qui va au terrain. Je me dirige sur le terrain, contact radio, auto info.
Et là, il me dit :
"Bon, vous me direz quand vous estimerez que l'on peut se poser en plané."
"Heu OK..."
J'attends quelques secondes, on était encore loin. Je lui dis que c’est OK, il coupe les gaz. On est en plané, vitesse de finesse max. On descend... doucement... On est sûr d'avoir la piste, volets 10, 30, posé en douceur, manche secteur arrière tout de suite pour soulager la roulette. Direction le parking, arrêt du moteur... Le ciel est couvert, mais il fait chaud et humide.
Mon examinateur se dirige vers un hangar ou il va discuter, pendant ce temps, j'en profite pour marcher un peu, carte à la main pour voir comment je vais me sortir de là.
Dix minutes plus tard, il revient et me demande si je veux boire quelque chose, c'est pas de refus. On va donc au bar de l'aéro-club, visiblement, il connaissait les gars de Lons, et ce n'est pas pour rien qu'on a été dérouté sur Lons apparemment. Apres quelques minutes au bar, on remonte dans l'avion ...
Il me pose deux trois questions sur moi, ce que je fais, si je compte continuer... Il avait l'air étonné que je ne veuille pas continuer pour être professionnel, parce qu'il me dit que j'aurais les capacités.
On remonte donc dans l'avion. On est en retard, je lui explique comment je compte rentrer sur Lyon. Démarrage rapide, roulage, décollage et cap sur Lyon. Passage au-dessus de la R45 à 3500 ft, puis après, un peu de mania, vols lents, décrochages, virages à forte inclinaison... Je m'en sors pas mal, il a pas l'air mécontent. Puis après avoir tourné en rond, il me dit :
"Bon alors, on a un problème moteur, on n’a plus que 2000 tours au moteur."
Voyant l'aérodrome de Bourg Ceyzériat devant, je décide de commencer à descendre à 150km/h car ça passe largement.
"Pourquoi vous descendez ? On peut pas rester en palier ?" qu'il me dit.
"Si, mais j'ai un problème moteur, j'ai un terrain devant, je vais me poser."
On continue donc et, voyant que j'y arriverai facilement, il m'enlève encore des tours. On n’a maintenant plus que 1800 tours.
"Vous pouvez toucher au moteur, réduire les gaz mais pas les augmenter à plus de 1800 tours."
On avait largement la piste et on était trop haut sur le plan, volets 10, puis un peu plus près, 30°, au-dessus de la piste, remise des gaz...
Bien installé, j'oublie de rentrer les volets et je continue à monter doucement avec 30° mais je les ai rentrés trop tard.
"Alors M. Laban, on s'endort ? Les volets !"
Mééé, oui, on arrive...
Je rentre donc les volets, je monte à 2000ft et route sur Lyon. Je choisis de suivre la route qui va de Bourg à Lyon, comme ça, pour me perdre, faudrait que je fasse fort ! Il a l'air d'acc avec mon choix. A mi-chemin, il me dit : "On constate que l'alternateur délivre trop de courant, il y a surcharge... que fait-on ?"
"Ben, je coupe l'alternateur, les radios inutiles et je vais me poser le plus vite possible"...
"Ahh, je ne sais pas, quelle est la procédure."
"Heu... ben, ce que j'ai dit..."
"Ne n'en sait rien. Ou trouve-ton les procédures ?"
"Ahhh, le manuel de vol..."
"Voilà..."
Ouf, je m'en sors pas mal ...
Je la suis donc et devant, au-dessus de Rillieux (où j'habite) une petite pluie mais qui bouche la visi. Je contourne pour passer un peu à l'est de la pluie. Il commence à pleuvoir dehors mais la visi est correcte, contact avec Bron, on sort de la pluie, piste en vue, je descends. Vent arrière pour un toucher. Là, il me dit :
"Sortez les lunettes de VSV."
"Heu, ben, j'en ai pas..."
"Ah, je vous laisse pas partir si j'ai pas vérifié le VSV."
(intérieurement) : "AAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHRRRRRRRRRRRRRGGGGGGGGGGGGGGGG"
(Extérieurement) : "OK"
Vent arrière donc, puis base, finale, 130kt, toucher, remise des gaz...
Assiette de montée, et là, plus de gaz, il réduit tout, on a le temps de se poser, je descends doucement et je pose la bête en douceur. Retour au parking. Il sort et va au club. Je range tout mon bazar et je vais avec lui au club... un peu dégoûté de ne pas avoir eu ces foutues lunettes !
Une fois au club, on essaye de négocier avec mon instructeur qui partait après avec l'avion, pour une vingtaine de minutes de VSV... Il est d'accord !
On re décolle donc, après décollage en 34, on se dirige sur l'est du terrain et je me mets les lunettes. "On est entré dans la couche" qu'il me dit". Un peu plus tard ...
"Faites un 180° par la gauche."
J'effectue, ça se passe pas trop mal... puis il me dit de me diriger sur BR (NDB), je mets l'aiguille en haut. Ensuite, il me dit :
"On va revenir pour se poser en 34 en suivant l'ILS, je vais vous guider comme un contrôleur le ferait, vous répondez comme si j'étais le contrôleur."
"VF, tournez à gauche, cap 300."
"A gauche cap 300 VF."
"VF, maintenez 2000."
"Je maintiens 2000 VF."
"VF, adoptez un taux de descente de 350ft/min."
"350 ft/min, VF."
Il me donne toute une série de caps pour que je m'aligne sur le localiser de la 34, et comme je n'ai pas de glide, c’est plus chaud...
"A partir de maintenant, ne collationnez plus mes messages."
"A droite, à gauche, réduisez le taux de descente." Tout va très vite.
Puis on s'aligne finalement, on sort de la 'couche' et je prépare l'avion pour un atterrissage court ... 120kt en finale, posé, volets, freins. On est arrêté, roulage au parking.
Il sort et se dirige vers le hangar, je range mes affaires. Georges arrive me serre la main et me félicite... Ahh ? Ca sent bon tout ça !
Il me dit que Faix lui a dit du bien de moi. Chic alors ! Je le rejoins donc au hangar...
Il me dit :
"M. Laban, pour le debreifing, bien, je n'ai rien à vous dire."
"Hu ?"
Bon, ben c’est cool alors. Il coche la case Réussite, on discute 2 minutes, il me dit au revoir,
et part dans son avion pour le sud.
Là, j'avais envie de crier, j'étais crevé par ces 2h40 de vol, mais tellement content !
Je vais voir mon instructeur et il me propose de partir avec lui et un élève en sac de sable, ça ne se refuse pas ça ! Je repars donc ...
Sourire jusqu'au oreilles tout le temps !
Matthieu, LFLY - Bron