Un
mois en vol aux Etats-Unis
Florian, Pierre-Marie & Christophe
Octobre-novembre 2003
Voici le récit de trois jeunes pilotes partis voler aux Etats-Unis, en
octobre et novembre 2003. C’est assez long, mais il s’agit de retracer
un voyage d’un mois aux Etats Unis, 25 heures de vol à travers
le grand désert du sud ouest américain, et aussi de la baie de
San Francisco. Pour ceux qui sont tentés par l’expérience,
des conseils sont à la fin.
Arrivée à Las Vegas
|
|
|
Le FSDO (Flight Standards District Office)
|
L'arrivée dans "First Flight Aviation", basée sur le terrain de North Las Vegas, a été assez marrante. Mark, tout droit sorti des grands lac du Wisconsin, va nous faire le check out (lâcher). Le truc bien, c'est que Marc a déjà eu à faire à des étrangers et qu'il sait parler lentement et simplement. Le truc moins bien, c'est qu'on se fait refiler un vieux PA28 couleur boîte de conserve au lieu de C172 initialement prévu, lors des échanges mails. Finalement le PA28 était très simple d'utilisation et on a fini par s'y attacher. Le check out dure une heure pour chacun, soit 3 heures (un peu plus pour moi qui me suis initialement posé comme une vache sur un skateboard). C'est finalement peu, si on considère qu'on était trois Français de 21/22 ans qui débarquent avec peu d'expérience (0h sur Piper). Et Aussi, d'après Mark, Las Vegas est " out of control " et c'est le pire endroit du monde où il ait mis les pieds. Le lendemain Florien et PM font quelques tours de piste, pour travailler la radio. Pas mal de trucs changent par rapport à la France, du genre : |
Le terain de North Las Vegas, 3 pistes et
un trafic diabolique.
- taxi position and hold, ça veut dire alignez vous et attendez
- right traffic : circuit main droite
- N°3 clear to land (message reçu en montée initiale) : très surprenant pour un élève contrôleur où l'on nous apprend que l'autorisation d'atterrissage c'est un truc sacré, qu'il faut manier avec des pincettes, sinon c'est le crash et la taule.
- Turkey 06U : C'est le nom de l'avion. Non, on ne vole pas à bord d'un dinde, mais une immatriculation ici, c'est le petit nom de l'avion (genre Skywalk, Warrior ou Cherokee) suivi des trois derniers chiffres/lettres. Et Cherokee prononcé à l'américaine s'entend clairement turkey.
C'est à ce moment là qu'on s'est vraiment rendu
compte que la panne moteur dans ce pays c'est double challenge : premièrement
il faut poser l'avion sans problème, et ensuite il faut marcher trois
jours et trois nuits sans vivre pour trouver une trace de civilisation. PM
se pose à Death Valley Airport sans même être troublé
par un altimètre négatif. En sortant sur le parking il fait
en fait une température idéale, et on se dit que franchement
la vallée de la mort, c'est plus ce que c'était. On est début
novembre. Le retour se fait en longeant toute la vallée en question
et sa grande mer de sel. La vision est lunaire, voire même martienne,
en tout cas magnifique.A droite: la mer de sel de la Death Valley.En haut : Notre PA28 des années 30 sur Death Valley Airport.
| Lors de la préparation des vols les instructeurs de North Las Vegas nous ont dit qu'on pouvait se poser à Bryce Canyon Airport, 8800ft, sans problème, et qu'il fallait pas aller au dessus de 12500 ft sans oxygène. On s'est vraiment demandé ensuite si un seul instructeur avait déjà piloté cet avion, ou s'ils avaient l'intention de toucher l'assurance du Cherokee ce qui les auraient bien arrangé. Car il faut bien comprendre que monter à plus de 8500 ft avec un PA28, même 150cv et même au mois de novembre c'est comme vouloir faire de la voltige en ATL : c'est vraiment super dur ! |
|
Donc
arrivé au niveau de Zion Park, au nord du Grand Canyon,
on se rend compte qu'il faut laisser tomber Bryce et que c'est
pas bien grave parce que l'on survole déjà des
coins magnifique, du style de Bryce Canyon. PM nous fait une
branche à 500 ft sol avec les falaises rouges sur notre
gauche. Le soir je refais un petit vol au dessus de lac Powell,
qui nous fait le cadeau, alors que l'on est en vent arrière,
de devenir tout rouge, mais alors vraiment franchement rouge,
comme au cinéma. C'est merveilleux.
A peine posé à Page, un truc complètement dingue, inimaginable en France : un gars débarque, nous demande si on a besoin d'essence, si on a un hôtel, et nous y emmène en minibus. Le lendemain le plein est fait et le gars nous dépose en voiture de golf au pied de l'avion. Le truc, c'est que ce service est gratuit et qu'il n'y a pas de taxe d'atterrissage. Le gars est payé par la municipalité et c'est son boulot de faire le plein et le taxi pour les pilotes en transit. On lui donne 2$ de pourboire avec plaisir. Le
lac Powell tout doré et Flo qui soutien le PA 28 qui
ne tient plus debout
|
Le Trip du désert, deuxième étape : La
Monument
Valley est monumentale.
Le matin Flo nous emmène à Blanding, qui
sera le point le plus à l'est du circuit, à la limite
de l'Utah et du Colorado. Pour cela on suit l'immense lac Powell et
ses bras tortueux. L'eau est bleue comme une piscine et se découpe
sur la roche, un dégradé de blanc et rouge. Sur la droite
l'immense Navajo Mountain nous rappelle qu'en cas de panne moteur il
faudra aussi se battre contre les Indiens. Arrivée à Blanding,
d'où l'on aperçoit les montagnes de Salt Lake city, le
gars qui nous fait le plein nous demande si c'est vrai que les Français
n'aiment pas l'Amérique. Ce fut la seule fois et, sachez-le,
le sentiment anti-français aux Etats-Unis, c'est des foutaises.
Puis je pilote jusqu'à Kayenta, en passant sur la Monument Valley.
On arrive assez haut pour comprendre commence c'est foutu, puis on descends
entre les pitons rocheux. Il n'y a aucune restrictions d'altitude à
Monument Valley, on peut donc tourner et retourner dans ce décor
surréaliste, que l'on a tant vu au cinéma. C'est le vol
de ma vie.
Les pitons de la Monument Valley, il y'en a
une vingtaine.
Retour
à Page par un autre bras du lac Powell. On clôture le plan
de vol par radio et c'est assez curieux : il faut parler à un
type sur une fréquence radio, et il vous répond sur la
fréquence du VOR de Page (qui par ailleurs n'arrête pas
de raconter des choses, auxquelles on n'a jamais rien compris).
Le Trip du Désert, troisième et dernière partie : Le grand sud.
PM trouve que se poser sur des terrains, et particulièrement
les terrains du sud, c'est "marrant". De toute façon
il faut faire bien 5 heures de vol avant de rendre l'appareil, donc
aujourd'hui, cap au sud. Flo fait une première escale à
Grand Canyon Airport, on aperçoit au loin le Grand Canyon, insurvolable
à cause des restrictions et du trafic commercial. On traverse
ensuite d'immense plaines à la "danse avec les loups"
, pour faire escale à Kingman. Sur les parkings de l'aéroport
s'étend un immense cimetière d'avions ; certains sont
assez récents mais victimes de la crise du transport aérien
depuis 2001.
En quittant Kingman on finit par rejoindre le Colorado, qui a désormais l'allure d'un fleuve. On le remonte jusqu'à Las Vegas.
Au passage
nous survolons ce qui restera le mystère du voyage : une grande
plaine désertique, totalement quadrillée par des routes
de terre. Comme si un fou américain avait voulu créer
une ville ici et avait commencé par faire les fondations des
rues. Incompréhensible...
|
Nous
avions pensé à la base que nous pourrions aller
de Las Vegas à San Francisco. Mais ça s'est avéré
plus compliqué que prévu : des grands feux de
Californie nous bloquent le passage du sud, et le passage de
Reno, ça a l'air super dur. Les gars de First Flight
Aviation nous disent que c'est faisable sans problème,
mais je pense que c'est un piège, qu'ils espèrent
encore toucher l'assurance.
Nous faisons donc la route en bus jusqu'à San Francisco, puis on loue un voiture pour aller à Livermore, un terrain assez bien situé. Ahart (prononcez A Heart), une école de pilotage très professionnelle va nous louer un PA28 Warrior. |
Nettement plus moderne que le vieux Cherookee de Vegas, pourtant on est vraiment très mal assis et PM regrette les vieux sièges en moumoute. Je me fais lâcher en une heure de vol, et c'est parti, on embarque pour la baie de San Francisco. Contrairement au désert, les distances sont réduites ici et on se retrouve tout de suite au-dessus d'Alcatraz et du Golden Gate, rouge comme jamais. Majestueux. Tout ça se fait à 1000 ft, en classe G, c' est à dire a hauteur des buildings de San Francisco, juste à côté. Des fréquences radio nous donne quand même le trafic vu au radar, et c'est plutôt utile ! |
Après plusieurs passages on peut transiter le long de la côte pacifique vers le sud de San Francisco, où se trouve Half Moon Bay, un terrain très sympa. Un taxiway nous emmène jusqu'à un petit port de plaisance. Après le casse-croûte on fait un saut de puce jusqu'à Porto Alto, un terrain le long de la baie de San Francisco. Heureusement le terrain est contrôlé et avec radar : on a bien failli aller se poser ailleurs. C'est vrai que les distances sont petites et qu'il y a des terrains vraiment partout ! Flo achète un David Clarke pour une poignée de dollars et on repart vers Livermore. En revenant on aperçoit les grandes plaines de Californie et on se dit qu'on a bien fait de venir ici en bus : autant voler à deux doigts de S.F. est un expériences géniale, autant le reste de la Californie n'a pas plus d'intérêt que les champs de patates de l'Ile de France. |
25 heures de vol à 3 environ, ça nous a permis d'en voir une bonne tranche. Plus tard lorsqu'on est passé à San Diego en voiture j'ai un peu regretté de ne pas l'avoir survolé. Les points les plus beaux du voyage aurront été à mon avis :
- La baie de San Francisco
- Monument Valley
- La vallée de la mort
- Le lac Powell
- La vallée au nord du Grand Canyon.
Au point de vue de l'anglais, nous sommes tous les trois élèves contrôleurs aériens, donc bien entraînés, et PM maîtrise particulièrement. Malgré cela, on a quand même eu du mal dans les zones de Las Vegas, et surtout sur les terrains autour de San Francisco (du genre le contrôleur qui déclenche la loi Marshall parce qu'on arrive pas à lui expliquer que notre problème, c' est juste une porte mal fermée, et que c'est pas la peine de s'exciter pour ça). Par contre, dans le désert peu de terrains sont contrôlés, ou quand ils le sont c'est assez facile, un niveau d'anglais aéronautique moyen suffit (je pense).
Pognon : Le voyage nous a coûté cher, mais on a fait aussi de belles balades en voiture. Niveau avion, il faut compter 80$ de l'heure (tout compris, essence et assurances),et a peu près 50$ pour une nuit d'hôtel aux USA. Le billet pour les USA coûte entre 400 et 600€, la location de voiture 50$, 70 pour les moins de 25 ans.
Expérience : On a chacun entre 70 et 120 heures et 21 printemps, c'est à dire pas trop. Pourtant on a eu aucune difficulté au niveau du pilotage, plutôt moins qu'on peut avoir en France. Dans le sud ouest il fait quasiment toujours beau et les machines sont faciles à piloter, (le Cherokee se démarrait comme une voiture), les procédure super simples. Franchement à part l'anglais aéronautique qui est la vraie barrière, y'a aucune raison de pas se lancer.
Préparation des vols : En fait à part acheter les billets, envoyer deux trois papiers à la FAA et un mail à First Flight, on n'a rien préparé. Bon, je sais c'est pas terrible, il aurait fallu arriver avec toute la géographie en tête, mais franchement, on avait autre chose à faire. Sinon on a lu un maximum de récits tels celui que j'écris, et c'est d'ailleurs pour cela que je l’écris… Alors si vous voulez en savoir plus, écrivez moi ! Allez, merci de m’avoir lu, Ciao !
Christophe.