Nous avons commencé par choisir l'école de pilotage : c'est First Flight Aviation, située sur l'aéroport de North Las Vegas. Accueil hyper sympa, ambiance aéroclub. Leur site web : http ://firstflightlasvegas.com Pas de problème pour faire un lâcher, il y aura un Cessna 172 libre pour 3 jours, mais ils demandent d'abord à voir ma licence américaine (ils me font le plan jusqu'aux bureaux de la FAA !). On achète la carte 1:500 000 locale, la carte 1:250 000 du Grand Canyon, et un excellent petit bouquin appelé Flight Guide qui contient les fiches de tous les terrains de l'Ouest, des renseignements sur les restos et hébergements à proximité, des renseignements sur la réglementation américaine etc.
A la FAA, il leur faut ma licence TT, mon certificat
médical et mon passeport. Je remplis un formulaire avec les renseignements
de base (même taille en inches et poids en pounds !), une dame saisit
tout ça, l'agent FAA signe le papier, et zou ! en 1/2 heure j'ai
ma licence de pilote privé US.
De retour à First Flight, je rencontre l'instructeur,
Bobbie. Briefing au sol : il m'explique les zones de Las Vegas (classe
B et C), cartes à l'appui, le transit VFR pour rejoindre le terrain,
on regarde la fiche de terrain et les tours de pistes. Il voit avec moi
la nav qu'on a (vaguement) prévue, me recommande de ne pas descendre
dans le Grand Canyon au risque de côtoyer de trop près les
Twin Otter et hélicoptères qui grouillent dans la faille
: tant pis, on restera au-dessus. On voit les zones militaires du coin;
il m'explique comment prendre météo, NOTAM et déposer
un plan de vol : facile, c'est du tout-en-un : 1-800-WX BRIEF, numéro
gratuit H24, on tombe sur une personne qui vous donne tous ces renseignements
moyennant l'annonce de votre immatriculation. Pour m'entraîner, il
me propose d'essayer tout de suite : j'ai l'air bête quand je lui
demande comment on fait un X ou un B sur le clavier du téléphone
! (enfin, c'était la seule difficulté -)) !)
Enfin, on se dirige vers la bête. Il est
11h, la température monte vite : 38°C. L'ATIS passe toujours
l'altitude densité, c'est comme si on faisait du vol montagne. Je
n'avais jamais fait de Cessna. En fait à part les ailes hautes (au
début je me suis cognée quelques fois !), ça ressemble
pas mal au DR400, et j'ai rapidement sympathisé avec "Cessna one
three three four six".
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Je prends l'ATIS : bon entraînement pour savoir
si je vais comprendre le contrôleur. Bon, ça va, je me lance
pour ma première annonce radio, on se comprend, c'est bon signe,
je roule derrière un Twin Otter de Scenic qui emmène ses
pax dans la faille. Bobbie m'explique ce qu'on va me demander, ce qui aide
quand le contrôleur me rappelle (trajectoire, fréquence à
contacter pour le transit etc.). Décollage au-dessus de Las Vegas,
nos points de repères sont des casinos monstrueux et la Bank of
America (building tout aussi monstrueux). Et là, je me rends compte
que tout autour de cette ville délirante, il n'y a rien, des kilomètres
de désert, et le beau Lake Mead.
Mais ne rêvons pas ! On m'a parlé
à la radio, il y a un trafic à ma gauche (un Bonanza à
5 mètres de moi), le contrôleur de la classe B m'assigne un
cap et une altitude, pas question de se distraire !
Bobbie à ma droite prend des photos de la
ville. Petit tour au-dessus du lac, il me montre les repères, quelques
terrains aux alentours, je fais une annonce en auto-info sur un terrain
non contrôlé (c'est comme en France, sauf en anglais), puis
retour au bercail, transit en classe B, intégration à North
Las Vegas sur la 07. Mon premier toucher en Cessna est 3 points, tour de
piste, cette fois le contrôleur m'envoie en 12 : il faut s'adapter.
Un autre toucher plus joli, un complet, débriefing, et voilà.
Après 1h30 de vol, je suis libre ! On a le Cessna 3 jours.
Steph m'a rejoint, il sera mon navigateur (il s'agit
de ne pas se perdre dans les canyons) et photographe. Le plein est fait,
et a 15 heures, malgré la chaleur, on décolle en route vers
le Grand Canyon.
Je refais ce que m'a montré Bobbie,
on quitte les espace de classe B et après il n'y a plus de radio
à faire. Survol du Hoover Dam, les bords du lac, les canyons. On
navigue en zigzags de belle vue en belle vue (par là ! Regarde ça
! Waouh ! !, et clic, clic... la pellicule défile). Heureusement
Steph ne perd pas le Nord, on sait à tout moment où on est
(en plus il y a des VOR partout), et moi j'assure la sécurité
dehors, parce qu'on n'est pas tous seuls.
Le Grand Canyon est énorme, je me demande
comment on peut s'en rendre compte en voiture. On monte à 11500
ft (QNH : l'altitude de transition est à 18000ft), là au
moins il fait frais, ça ne turbule pas. Je trouve une radio sur
l'ADF, le vol en musique, le top !
On passe devant le terrain de Grand Canyon, à
cette heure-ci c'est plutôt calme. On poursuit vers Page, le Lake
Powell apparaît derrière le terrain, bleu azur entre les roches
roses. Mais après 3 heures de vol, je me dis qu'on verra ça
demain, et on se pose à Page. Le coucher de soleil donne des reflets
dorés aux tours de roche qui nous entourent, c'est féerique.
On se gare au milieu des dizaines de Cessna, et à peine on sort
de l'avion, qu'une personne vient nous voir avec son petit véhicule
électrique : "Souhaitez-vous un transport quelque part ? une adresse
d'hôtel ? de restaurant ? Je peux vous aider pour vos bagages ? Vous
avez à disposition un salon où vous pouvez utiliser un téléphone,
il y a des revues aéronautiques, la télé..." On n’est
pas déçu de l'accueil ! Et tout ça pour $4 pour la
nuit...
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Le lendemain, on se présente à l'aéroport de Page, notre Cessna est toujours attaché parmi ses dizaines de collègues, du -150 au -Caravan. Dans la salle de préparation des vols, un pan de mur entier est recouvert de cartes, couvrant tout l'Ouest des USA, de la côte à l'autre côté des Rocheuses... que de possibilités ! On prévoit notre nav sur la carte de Denver, celle de Las Vegas ne couvrant pas Monument Valley. Contrairement à en France, ici je ne trace pas de trait : on fait tellement de zig-zags à la recherche de photos jolies ! Par contre j'observe bien les zones militaires, les couloirs aériens (ça fait bizarre de voir un 727 à 100 ft au-dessus), les altitudes... J'appelle le prévi météo-donneur de NOTAM, il y a des orages dans le coin. D'autres pilotes sur place m'expliquent que les orages en août se forment très rapidement, il pleut un bon coup, et disparaissent rapidement aussi, ne se déplaçant que très peu : on les voit donc arriver, et il est assez facile de les contourner. Bon, tout va bien alors, c'est parti !
Décollage en 30, on survole le Lake Powell.
Il est extraordinaire, ce lac: turquoise entre des pierres roses, aucun
signe de végétation ni au sol ni dans l'eau. Plein de bateaux
de plaisance sillonnent le long des côtes, et au-dessus se dresse
l'énorme dôme du Navajo Mountain. Ce qui me frappe le plus,
ce sont ces crevasses qui viennent du lac et s'enfoncent dans les terres,
on voit l'eau au fond devenir de moins en moins profonde, puis c'est à
sec, puis ça devient un canyon comme toute la région aux
alentours (et hop ! encore un 360 pour bien prendre la photo de haut).
Bon, il est temps de quitter le lac et de se diriger
vers le sud-est vers Monument Valley : je me mets en montée, avec
cette chaleur et notre avion quand même pas surpuissant, il vaut
mieux s'y prendre en avance. Le sol se désertifie, quelques routes
en terre qui paraissent interminables apparaissent de temps en temps, on
se demande comment vivent les gens ici : c'est la réserve indienne
Navajo. Je comprends mieux les westerns où les Indiens perchés
en haut des falaises surveillent les diligences. Puis on accède
à une vaste plaine, au milieu de laquelle trône une tour rocheuse,
toute seule. C'est le début de Monument Valley. Les "monuments"
se multiplient, on se croirait dans la pub Marlboro. En bas, on voit la
route principale, les voitures toutes petites, et on se dit qu'ils ont
fait du chemin pour arriver jusque là !
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J'aimerais bien voir une trace radar de notre parcours:
pour avoir les monuments sous la bonne lumière, on tourne, on monte,
on descend, avec évidemment toujours un oeil dehors pour la sécurité,
mais là ça va, on n'est pas envahi par le monde.
Puis cap sur Bryce Canyon : c'est encore assez
loin, on a le temps: Steph reste vigilant sur la nav, il s'agit de ne pas
se perdre. Le Cessna a encore 4 heures d'autonomie, on est tranquilles
! On resurvole un bras du Lake Powell, ça fait du bien de voir un
peu d'eau. Devant nous vers le nord-ouest, ca s'assombrit un peu, c'est
un peu brumeux, mais bon, on a au moins 10km de visi. On passe une grande
crête, telle une énorme chenille qui descendrait vers le lac.
Ca turbule. Derrière, on voit les montagnes dans lesquelles se trouve
Bryce Canyon, mais c'est sombre et crasseux... la visi est encore correcte,
je poursuis. Puis le plafond commence à se rapprocher, il faut que
je descende, quelques gouttes de pluie apparaissent. Au loin, devant, un
éclair, un peu de turbulence. A gauche, vers Page, c'est dégagé.
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Soyons raisonnable, on est là pour se faire
plaisir, pas pour galérer dans un orage ! On décide de rentrer
sagement, demain on retentera tôt. Comme on est encore avide de photos,
on s'offre un petit détour derrière la ville de Page, au-dessus
du barrage de Marble Canyon, la faille derrière Page qui rejoint
ensuite le Grand Canyon.
Sur la fréquence du terrain, un avion s'annonce
à 2 miles (dans ce cas il s'agit de Statute Miles), un autre en
longue finale à 5 miles (je ne sais pas si on appelle ça
longue finale en France dans ce cas !). Je me dirige pour une PTU main
gauche (le tour de piste est main droite), parce que ça m'arrange
et ça ira plus vite: je m'annonce en base, puis en courte finale,
alors que l'un des avions est en fin de vent arrière et l'autre
en longue finale à 3 miles. Petite remarque à la radio, ca
n'a pas trop plu aux autres... je regrette, c'était un peu cowboy,
j'aurais du faire le tour de piste publié... Voilà une bonne
leçon.
Au parking, il faut trouver une place libre parmi
tout le monde. On attache l'avion, les cunimbs se voient tout autour, il
fait lourd... on se dit que ça va craquer !
Ce soir là on a profité des bords
du lac pour se baigner dans un paysage de rêve, au soleil couchant
avec toute une partie de l'horizon noire et striée par les éclairs...
finalement la nature c'est beau vu du sol aussi !
Demain, on tente Bryce Canyon à nouveau
et le retour sur Las Vegas.
Le troisième jour, on se lève très
tôt, l'objectif est de partir le plus tôt possible pour éviter
les orages. Mais on voit bien les barres de cumulus au loin, et l'atmosphère
est lourde. J'appelle la météo, ils conseillent d'attendre
un peu, il y a des orages dans toute la région. On en profite pour
prendre un café et faire un brin de causette avec les pilotes de
passage. Après une heure, je rappelle la météo, c'est
un peu mieux, bon, ça ira, on embarque tout et c'est parti.
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Décollage en 30 sans histoire, il est bien
cet avion. On survole le Lake Powell, décidément, qu'il est
beau ce lac ! Cap sur Bryce Canyon, montée à 300ft/min jusqu'à
8500ft. A priori pas d'orage dessus cette fois, on va même peut-être
avoir un brin de soleil ! Le canyon se découvre enfin, sur le flanc
de la falaise au-dessus de laquelle se trouve la route: de la route ils
ont le panorama vers le bas, nous on s'éloigne pour prendre les
tours rocheuses de haut, on tourne plusieurs fois sur toute la longueur
du canyon.
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Mais je reste méfiante: ça s'assombrit,
la visi se dégrade, je descend à 6500ft : toujours prévoir
un échappatoire. Après avoir fait le plein de photos, je
me rends à l'évidence: un orage est en train de se former,
il vaut mieux se carapater ! Le problème, c'est que notre échappatoire
n'est pas dans la direction qui nous arrange, c'est à dire Las Vegas.
Mais bon, pas le choix, il faut contourner l'orage: on retourne donc vers
le sud-est au lieu du sud-ouest, je navigue à la limite du nuage
(quoiqu'en fait c'est pas très défini). A un moment, la question
se pose: soit on retourne à Page (donc à presque 3 heures
de vol de Las Vegas), soit on file au sud au-dessus du Grand Canyon, mais
là, attention au trafic et aux zones militaires, soit on tente un
déroutement vers Kanab, Utah, mais ca implique de s'enfoncer un
peu dans la crasse. Je calcule 15mn de vol pour Kanab, on va tenter ce
plan.
Enfin, on arrive au terrain, c'est clair qu'on
n'aurait pas pu aller tellement plus loin. Auto-info, c'est cool, je fais
une belle procédure dans les règles (maintenant j'ai compris!)
et je me pose sur la piste toute rafistolée.
Quelqu'un à la radio me demande s'il nous
faut de l'essence, non, mais merci pour l'attention ! Kanab est un bled
plutôt paumé, mais il y a quand même pas mal d'avions
sur ce petit terrain, on se gare entre un Mooney et un Baron. Dans le local
pilote, un petit groupe discute, fume, prend le café. L'un d'eux
va partir pour Las Vegas, il propose de nous appeler passé
la montagne au sud pour nous donner la visi. On en profite pour déjeuner.
Après une vingtaine de minutes, l'autre appelle, de l'autre côté
de la montagne, ça passe. Et le temps s'est amélioré,
on repart. Merci Kanab ! Ici en Utah je crois qu'on avait 1 heure de décalage
horaire. Mais bon, pour 1 heure d'escale, on ne s'en est pas trop rendu
compte.
En effet, au passage de la montagne, ça
se dégage. On survole des étendues énormes, désolées,
de temps en temps une maison, on se demande comment ils sont arrivés
jusque là ! La faille du Grand Canyon se dessine au sud, nous on
poursuit vers le sud-ouest, le temps de dégage complètement,
un beau CAVOK avec 36° au sol à l'ATIS de Las Vegas.
Puis on retrouve le bleu azur du Lake Mead. Je
commence à me remémorer tout ce qu'il faut faire pour le
transit des espaces de classe B, finie la rigolade ! Je reprends les 4500ft
réglementaires et appelle Las Vegas 5mn avant la marina, point d'entrée
VFR. Le contrôleur me demande si je suis familière avec la
région, je réponds que oui (parce que l'instructeur m'a expliqué
les points de repères VFR, les consignes que je recevrais sûrement...).
Je trouve l'attention sympa. Je suppose que si j'avais répondu non,
il m'aurait guidé au radar. Là il m'a donné le prochain
point VFR, altitude assignée, tout comme publié sur ma carte,
tranquille. J'ai juste un peu de mal à collationner à la
même vitesse qu'il me donne les instructions !
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Petit coup d'oeil aux casinos délirants,
ça surprend de voir une telle civilisation après tant de
kilomètres de nature.
On passe avec la tour de North Las Vegas, je m'intègre
dans le trafic, et on atterri pour la dernière fois (snirf !). Roulage,
il s'agit de ne pas se perdre, heureusement la FAA m'a donné un
plan détaillé de l'aéroport de North Las Vegas. Le
contrôle sol nous guide, on n'est pas perdus. On gare l'avion à
côté de ses collègues, on débarque tout.
Les procédures après sont assez simples,
l'index est décompté depuis notre départ (ils n'ont
pas besoin des index intermédiaires), le temps multiplié
par le prix annoncé, pas d'entourloupe, tout est clair.
11 heures de vol en 3 jours, et j'ai vraiment l'impression
que ce n'est pas trop ! Maintenant on va rouler sur le plancher des vaches.
Mais il reste encore de belles choses à voir.
En rentrant en France, j'ai revolé (Lasbordes-Auch-Lasbordes)
et j'ai trouvé que notre pays était certes différent,
les procédures plus contraignantes, mais voler reste un plaisir
incomparable... c'est ça la passion !
Lucie
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