Death
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| Le jour se lève sur le lac Tahoe... | Vu de notre fenêtre, fera-t-il beau ? | OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ! |
3 janvier 2002. Quelque part au dessus du Nevada.
Deux Cessna, un 152 et un 172, bourrés de colibris, volent tranquillement au niveau 120 vers la mort. Heu, vers la vallée de la mort, pardon.
Dans le 172, trois colibris : Emmanuel, Philippe et Jeff. Dans le 152, trois colibris également : Anne-Céline, moi-même, et White. Et oui, trois dans un 152, mais on vous rassure, la réglementation et le devis de "poids et balance", comme dirait Jeff, étaient bien respectés. On vous expliquera plus tard.
Sur 123.45, ça papote
entre les deux Cessna. Le 172 a pris un peu d'avance.
Normal. Et il demande au
152 à combien de noeuds il file au dessus des sommets enneigés
et de la couche.
- 105 noeuds, répond Anne-Céline.
Soudain, on entend sur la fréquence une voix à l'accent québécois prononcé :
- 105 noeuds ? C'est poooo
rapide, ça, c'est quouoooo comme appareiiiiiil ?
- C'est un 152
- Haaaa, un 152 ! C'est
pas mal alors, 105 noeuds ! Et où vont ces gens qui parlent français
sur la fréquence ?
- Le 152 et le 172 viennent
de Minden-Tahoe, et vont à Death Valley
- Minden-Tahoe ? On vient
de passer au dessus, il y fait très beau !
- Et vous, monsieur, c'est
quoi comme appareil ?
Nous, on pense s'entendre répondre : "Un Bonanza" ou "Un Saratoga", voire "Un Baron". Que nenni...
- C'est un 767 d'Air Canada
!
- Et, heu, vous allez à
quelle vitesse, vous ?
- 467 noeuds... heu, non,
pardon... 500 noeuds, et on est au niveau 370 !
Excitation dans les Cessna. On discute un peu avec le "gros", on se souhaite bonne année, et la fréquence redevient calme.
Quelques minutes plus tard, les occupants du 152 s'inquiètent de la météo à Bishop. Paske la couche, en dessous, c'est bien beau, mais si le terrain de Bishop n'est pas dégagé et ne peut servir de dégagement, justement, vu notre automnomie, on devra faire demi-tour. Oui, mais impossible d'attraper la météo de Bishop.
Et voilà que la voix à l'accent québécois retentit à nouveau sur la fréquence :
- De quelle météo
vous avez besoin ?
- Bishop
- Bishop ? Ok, ne bougez
pas
Deux minutes plus tard :
- Vous êtes prêts à noter ?
Et voilà notre pilote de ligne qui nous donne la météo de Bishop. Haut perché comme il l'est, il a pu la capter, l'a noté pour nous, et nous la redonne, tout simplement.
- Merci beaucoup monsieur !
Je peux vous dire que ce moment là, ce fut une des séquences émotion du séjour. A ce moment là, dans les petits Cessna, on n'était pas peu contents, et aussi un peu émus, et fiers de faire partie de cette grande famille des pilotes, où ceux qui mènent un 767 à 500 noeuds au niveau 370 sont à l'écoute d'123.45, et prennent la peine de prendre une météo pour la transmettre à ceux qui pilotent leur 152 à 105 noeuds (avec du vent dans le derrière) au niveau 120...
C'était il y a presque une semaine, mais la voix du "grand frère" qui, 8 kilomètres plus haut, nous a donné un coup de main avec tant de gentillesse, en fermant les yeux on l'entend encore.
Olivier