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| Crescendo
vont mes envies de ciel. C'est comme toutes les bonnes choses sûrement,
plus on y goûte et plus on en redemande... J'ai été
gâtée ce week-end en émotions et en beaux moments.
Comme le disait très justement un de mes amis, j'ai quitté mes haillons de Cendrillon vendredi après le travail pour me transformer en princesse pendant deux jours. Princesse c'est peut-être un peu trop poussé comme appellation, choisissons plutôt "invitée du ciel privilégiée". Ca ferait mauvais genre si l'Airbus se transformait en citrouille sitôt dépassé minuit ! Surtout qu'avec Air Med, il faut oublier la notion d'horaire régulier, on vole à 3 heures du matin comme à midi comme à minuit, c'est le folklore des aiguilles sur la montre. Il est 17h justement sur ma montre et le soleil se couche déjà sur l'Afrique ! Il faut compter également avec le décalage horaire, deux heures pour l'Egypte. Cette évasion temporelle est une vraie drogue, on aime à se perdre dans les minutes, les heures, là-haut nous sommes complètement déconnectés du temps qui passe. |
| Mais le calendrier indique quand-même que nous sommes le samedi 1er novembre, nous volons à 37000 ft et le machmètre indique 0.78 , ce que je traduiraispar un 253 kt repéré sur le badin. Il nous reste environ une demi-heure de vol avant d'arriver à Louxor et sommes entrain de survoler la vallée du Nil. Le spectacle est splendide, réellement divin. Le ciel se colore d'orange et de bleu marine d'une densité rare, comme si une main imaginaire était entrain de dessiner le ciel d'une gouache toute fraîche sortie de son tube. Depuis le début du vol, l'appareil photo n'a pas cessé de cliqueter. |
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| Nous sommes
partis en ferry de Paris, donc j'avais pour moi seule environ 70 hublots
pour essayer tous les points de vue possibles. Imaginez l'apprentie entrain
de changer de rangée toutes les deux minutes pour photographier
le spectacle céleste... on fait passer les 5 heures de vol comme
l'on peut ! (...)
Nous arrivons à Louxor par une nuit bien noire mais fraîchement tombée et avec deux heures de retard environ. (...) |
| Le vol aura
été plus ou moins tranquille avec une petite alerte au-dessus
de l'Italie. Le poste nous avait prévenus en cabine qu'il faisait
très mauvais temps au-dessus de la botte et que des turbulences
étaient à prévoir.(...)
Notre commandant nous expliquera plus tard que nous passions entre deux ronds rouges signalés sur le radar météo, deux gros orages. Eclairs à gauche, éclairs à droite, les gamins se sont régalés du festival sons et lumières. Arrivés à Paris à 23h, j'aurai juste le temps de rejoindre l'Ibis du coin vers minuit pour me reposer deux petites heures. A 3h00 du matin, j'étais déjà entrain d'errer dans le T3 pour rejoindre la salle de briefing afin de préparer le vol pour Atar. Biensûr, la règlementation impose un temps de repos obligatoire pour les PNC titulaires entre chaque vol ce qui n'est pas du tout mon cas puisque je suis en formation. Mais je ne regrette pas d'avoir mendié ces deux voyages, surtout le second sur la Mauritanie... Belle surprise en voyant arriver notre commandant, c'est Marc, du vol de Malte ! Le second Marc de la compagnie, celui qui m'avait invitée d'emblée en poste et qui m'avait expliqué à quoi correspondaient tous les cadrans... |
| Comme nous
étions pleins-passagers et à l'aller et au retour, cela signifiait
que très certainement le squatt-cockpit se réduirait juste
à quelques petites visites mais guère plus. C'était
sans compter sur la complicité de notre chef de cabine et la grande
générosité de nos pilotes. Karim : "Tu crois que la
petite pourra atterrir avec vous en poste à Atar ?" Marc : "Ah mais
bien sûr ! Tu vas voir comme l'approche est magnifique !"
Ca y est, je ressemble à un sapin de Noël avec les yeux qui clignotent dans tous les sens ! Quel bonheur et le vol n'est même pas encore commencé ... Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que notre commandant se souvient de moi, de mon prénom, que j'apprends sur DR221, il le raconte aussi à Arnold, notre Copi. J'essaie de trouver la définition de ces échanges, de ces petits moments, remarquez on s'en fiche pas mal de ce que ça peut être, au delà de l'excellente entente, ce sont des instants généreux, exacerbés par un ciel conciliant. Et ce sont surtout des personnes que jamais je n'oublierai, quoiqu'il m'arrive par la suite. Nous voilà donc à bord de l'Alpha Oscar cette fois-ci, un autre A321 mais qui n'est pas décoré aux couleurs Air Méditerranée. Il est tout blanc avec le ventre bleu. Nous décollons vers 5h30 du matin, et la cabine, éclairée du strict minimum, s'endort doucement. Vers 7h00, Karim notre chef de cabine me demande si j'ai la voix douce. Il a envie de tester l'annonce réveil pour pouvoir commencer le service "petit déj" ! Ca a fonctionné, personne n'a grogné et tout le monde a déjeuné en contemplant le lever du soleil travers Malaga, ville andalouse de mon Espagne. Repasse de café et de thé, le vol se poursuit au-dessus de l'Afrique. .. et le moment tant attendu arrive : Karim m'introduit en poste, une demi-heure avant le poser à Atar. |
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| Bien sûr
j'entre équipée du numérique et d'un jeu de LR6 pour
parer à la fameuse loi de Murphy qui dit article 10 alinéa
2 aparté 4c que quand tu t'apprêtes à faire la photo
du siècle, les piles te lâchent.
Tiens, notre commandant a quelques chose sur sa tablette devant lui, ah ben c'est un appareil numérique aussi. Les grands esprits se rencontrent. Je demande quand-même la permission d'utiliser le mien, il faut toujours demander la permission même si les circonstances se prêtent à un "oui" évident... un oui enthousiaste qui ne tarde pas même une seconde. Je demande également si je peux l'utiliser jusqu'à l'atterrissage sans risquer de perturber l'instrumentation de bord, Marc me tend son appareil en guise de réponse et me demande de lui prendre quelques images du niveau 250. Me voilà dans le cockpit de l'Airbus entrain de jongler avec deux appareils photo, entrain de me gaver de paysages grandioses et entrain de rendre service au commandant... Ensuite l'appareil passera dans les mains du copi qui mitraillera pour Marc toute la finale. Quant à moi pour sûr que ça mitraille, on n'aura jamais vu un débit de photos aussi élevé mais quel paysage, mon Dieu que c'est beau ! |
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| Vous imaginez, vous, le commandant à gauche entrain de nous commenter l'approche dans ses moindre détails , la Suz s'extasiant de la beauté du désert, rendant hommage à cet immense privilège de se trouver là-haut en spectateurs du monde, et le copi qui s'applique à faire de belles photos pour son "patron" ? Et quand Marc commence lui aussi à s'extasier, à avoir les yeux qui brillent et à nous vanter les beautés de la Mauritanie, on a forcément "la chair de poule". C'est émouvant. Karim fait soudain irruption dans le poste et me dit à voix basse que lui aussi a envie de profiter du paysage. L'espace d'un instant, dans un profond silence, nous n'étions plus rien que quatre âmes se remplissant d'Afrique, de soleil et d'immensité... Mais il faut poser l'avion. |
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| Marc demande à Karim d'annoncer en cabine aux passagers qu'ils ne s'inquiètent pas du passage bas qui va suivre, ils ont besoin de vérifier les installations. Qui dit passage bas, dit virages autour d'Atar et des prises de vue fantastiques en approche et en finale. J'ai même eu l'impression à un moment de ne plus être dans un lourd liner, on virait avec une telle facilité ! Comme dans le tour de piste de St-Cyr. Les couleurs sont chaudes, le sol et les maisons sont teintés de tons beiges, on dirait une maquette vue du ciel. On se pose enfin sur la piste en soulevant pas mal de sable. Pauvres réacteurs, on attendra quelques minutes avant d'entreprendre le roulage pour ne pas que ce sable qui tourbillonnait encore sur la piste ne s'infiltre |
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| Le temps de préparer à nouveau la cabine, descendre de l'avion pour visiter la "cabane" qui sert d'aéroport, avitailler, que nos 180 passagers affluent accompagnés par "les hommes en bleu" et nous revoilà en l'air direction Paris. Ayant distribué le repas à peine une heure après le décollage, le vol nous semblera extrêmement long mais heureusement, quelques visites en poste viennent ponctuer le voyage, notamment au moment de passer au travers de Tanger. Oui, j'avoue mon crime, je m'incruste encore en poste mais c'était plus fort que moi, on approchait de l'Espagne. |
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| Tandis qu'Arnold me déplie la Jeppesen pour me montrer la route suivie, Marc me situe les points géographiques intéressants : le détroit de Gibraltar, Jerez, Malaga, Séville, le Portugal et Faro sur la côte d'Algarve, on voit même la Sierra Nevada et comme son nom l'indique, tous ses sommets sont enneigés et se hissent au travers du paysage comme pour ne pas qu'on les rate dans notre contemplation. Pouvoir envelopper autant de choses juste d'un coup d'oeil, c'est grandiose. Je ne peux m'empêcher de penser à mon père qui a le coeur fragile, alors que le mien bat tellement fort de bonheur ces derniers jours. Si seulement je savais comment ça s'échange un battement de cœur... |
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| Le METAR de
Roissy ne tarde pas à nous arriver : il pleut à Paris, le
temps est mauvais avec vent fort et durcissant, et nos pilotes prévoient
une arrivée sportive. Karim en excellent négociateur me fait
entrer dans le poste lorsque nous passons Orly. Sensationnel, ce sera mon
premier atterrissage à CDG. En descente, on commence à pénétrer
une couche de nuages, et tandis que je garde un oeil sur l'écran
radar où je vois passer des zones oranges, Arnold se retourne vers
moi et me dit : "Je ne le sens pas cet atterro, il va pas être terrible".
Marc enchaîne en disant : "Bah il dit tout le temps ça et
il s'en sort toujours pas un kiss !" C'est vrai que c'est costaud, "Tu
as vu la dérive ?"
Il devait y avoir au moins des rafales à 40 kt si je me souviens bien. Sacrée météo. D'ailleurs, au moment de débarquer, nos passagers se pavanaient en cabine en manches courtes et tee shirts... Mesdames et messieurs, finies les vacances au soleil de Mauritanie, bienvenue à Paris ! Au compteur sur ces deux jours je peux rajouter 19h20. Il me reste juste deux heures pour finir les 60 heures de formation. Cet après midi en appelant le planning, j'ai obtenu une rallonge et un débordement ! Voici le vol prévu ce dimanche : Roissy/Marseille/Atar/Marseille/Roissy. Départ 8 heures du matin, retour 23h le soir. Tout à l'heure, j'ai annoncé à mon père que je repartais en Mauritanie dimanche prochain. Il a tellement souri... Susana |
| Le récit complet sur le Best Of |
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