
Mooréa
et le 11 septembre |
Suite aux événements du 11 septembre, l'activité touristique de la Polynésie Française, comme celle du monde entier, connait un très fort ralentissement. Ce qui n'est pas loin d'être catastrophique pour beaucoup de polynésiens.
La photo ci-contre, prise cet après midi à 2000 ft, montre la zone nord ouest de Mooréa (Haapiti), de loin la plus touristique de l'île.
Sur la droite de la photo, côté océan (hors du lagon donc), se trouve un spot de plongée célèbre ; "Le Tiki", où chaque matin ont lieu plusieurs plongées où sont nourris les requins (shark feeding) qui du coup abondent. Un mauvais endroit pour tomber en panne moteur...
On y trouve également le Club Med (qui est un point de report avec Tahiti Approche, si, si !), qui vient tout simplement de fermer ses portes (provisoirement dit-on...) ainsi que toute une série de bungalows, de pensions, de restaurants, de loueur de véhicules, de clubs de plongées, de petits commerçants, de prestataires vendant diverses excursion, etc...
Et pour nombre de ces personnes, la vie a changé depuis le 11 septembre.
En tout cas, vu du ciel, ce coin de paradis, bien que sinistré économiquement (provisoirement, je n'en doute pas) par la folie d'un enturbané, est toujours aussi beau...
Et finalement, la meilleure époque pour le visiter, c'est peut-être justement ces moments où la majorité des gens pensent qu'il est plus sage de ne pas voyager...
Stéphan - Janvier 2002
1h05 au dessus de Tahiti et Mooréa aujourd'hui.
C172-FBXZX/Pilote/NTTB-NTAA/1h30 |
Depuis plusieurs semaines la météo polynésienne n'était vraiment pas fameuse, mais depuis la St Sylvestre, le ciel est revenu au beau fixe et après plusieurs rendez vous manqués, j'ai enfin pu réunir le ciel bleu, l'avion, l'instructrice, et moi-même pour un relâcher sur le Cessna 172 du club, acquis cet été.
Ce jour là, par hasard, je rencontre Christophe, un jeune breveté PPL qui passe quelques jours de vacances en Polynésie et qui n'arrête pas de voler. Nous tombons d'accord pour faire ensemble une navigation sur les Iles Sous le Vent ce jeudi après midi. Et bien sûr, la destination choisie sera Bora Bora (NTTB).
L'avion est réservé de 14 à 18h, ce qui ne nous laissera pas beaucoup de temps à Bora puisque l'aller retour avoisine les 300 nautiques. Le matin, Christophe a posé le plan de vol (obligatoire car survol maritime), pris la météo et les notams.Tout est fin prêt lorsqu'à 14h10 le C172 démarre, les réservoirs bien remplis. Christophe pilotera pour aller à Bora, et moi, je m'occupe de mon appareil numérique, ce qui de temps en temps n'est pas désagréable non plus.
Nous montons tranquillement au FL065, laissant Mooréa sur notre gauche, tout en suivant le 290 de TAF (le Vor de Tahiti Faa'a) qui devrait nous mener sur Huahiné notre prochain et seul point tournant. En passant Mooréa, on regarde sa piste que l'on voit très nettement, passer sous notre aile gauche, 10 NM seulement après avoir quittée la 04 de Tahiti. La prochaine piste sera celle de Huahiné, à 87 NM. Entre les deux.. de l'eau, de l'eau et encore de l'eau. Même pas une petite île pour se crasher. C'est un peu stressant, mais bon, ici, c'est habituel. Et puis le canot réglementaire est à bord, et l'eau est chaude alors...
Mais notre vaillant F-BXZX (que certains colibris ont bien connu lors de sa précédente vie à en région parisienne) tourne comme une horloge. Les paramètres sont au vert, le Vor est bien centré, l'ADF est tout droit, les estimés sont justes à la minute près et même le GPS confirme ; de quoi s'accorder quelques minutes pour jouer à "celui qui voit Huahiné en premier gagne une bière".
Profitant lâchement d'un moment où je contemplais les magnifiques cumulus de beau temps qui nous accompagnent, Christophe est le premier à la voir. Pendant ce temps, un Beech 200 nous dépasse... au niveau 200 ! Est-ce qu'on vole au niveau 172 nous ? Il fait une verticale Huahiné (ou plutôt de son Vor HHN) et va ensuite sur l'atoll de Tupaï, un peu au nord de Bora.
Nous restons au niveau 65, et après une petite heure de vol, Huahiné s'offre à nous. Nous prenons alors un cap légèrement plus au sud, qui nous mènera sur Bora dans 44 NM. En chemin, nous passons légèrement au nord de Tahaa et de ses nombreux et magnifiques motus, qui marquent à peu près le point milieu entre les îles de Huahiné et Bora. Et cette fois, c'est un ATR72 d'Air Tahiti qui nous dépasse au FL110.
Peu après, Christophe débute la descente et se dirige alors vers la pointe Matira (au sud) de Bora Bora. Nous nous offrons le classique survol de l'île, à 1500 ft tout en mitraillant le mont Otemanu et sa forme caractéristique, magnifique arrière-plan pour les clichés du lagon.
Lors de l'étape de base, j'assiste à une chasse de bonites, très impressionnante vue du ciel. Des dizaines de petits thons coursent de plus petits poissons (que je ne voyais quand même pas !), lesquels sont également attendus par les mouettes qui cherchent à les attraper au vol ce qui permet aux pêcheurs de repérer les bancs de thons.
La finale à Bora en piste 11 est toujours aussi belle ; l'atoll de Tupaï à gauche, le lagon et la piste face à soit, des dizaines de motus sur la droite, et toujours le majestueux mont Otemanu qui nous contemple et nous domine de plus en plus au fur et à mesure de la descente.
Malheureusement, elle dure toujours aussi peu !
Christophe nous pose sans problème et roule pour le parking, ceint de cocotiers, où se trouve l'ATR qui nous a précédé. Le CDB de l'ATR vient d'ailleurs nous voir, et il nous invite à prendre un jus de fruit à l'arrière de l'appareil en compagnie de son jeune copi. Christophe va ensuite faire tamponner son carnet de vol à la tour (un tampon Bora, c'est quand même mieux que celui de Montceau les Mines, non ? Je peux en parler : j'ai les deux !) pendant que je dis du mal de Yan Saluden avec ses deux collègues.
Bon, mais il ne faut pas traîner car nous avons 142NM à refaire pour rentrer à Tahiti, via la verticale de Raiatéa cette fois.
Les pilotes de l'ATR nous saluent et repartent chargés de japonais bronzés. Nous nous entendrons à nouveau sur la fréquence car ils font Bora-Papeete, puis Papeete-Huahiné-Bora-Papeete.
Changement de place dans l'avion, et cette fois c'est moi qui officie.
Le retour se fait au niveau 75, et c'est à regret que nous décollons en 11 pour laisser Bora Bora. Un petit grain obscurci l'horizon, mais rien de méchant, et nous passons l'ADF de Raiatéa en même temps que nous stabilisons au 075.
Je pense alors à Jacques Zahar, et je n'oublie pas de mixturer à l'oreille et au tachy en faisant de mon mieux.
Une fois stable, Tahiti Contrôle nous demande de les rappeler aux "50NM". Je prépare une estimée. Le vol est paisible, l'air est très calme, bref c'est le grand bonheur de voler dans un décor aussi somptueux mais minimaliste ; le ciel, de l'eau à perte de vue et des cumulus.
Pour s'occuper, nous nous mettons en quête de l'île de Maiao que nous laisserons 30NM sur notre droite. Là encore, c'est Christophe qui la voit le premier !
Ensuite Christophe s'amuse à calculer notre vitesse vraie en tenant compte de l'altitude et la température. Le badin indique 105kt. La température est de 30° au sol, et nous volons au FL 075. Donc la vitesse vraie est de... ( * réponse en fin de mail).
Puis il me raconte comment il a connu la Polynésie. D'une façon peu banale !
Il a fait son service comme steward sur Cotam (les vols militaires en DC8 ou A310) et faisait la ligne Paris - Los Angeles - Papeete (+ Montréal avec l'A310) ! Encore un qui comme moi, a souffert sous les drapeaux...Derrière nous le soleil descend sur l'horizon, éclairant les nuages en rose-orangé. Cette fois, je ne me laisse pas avoir, et je repère Mooréa en premier. Nous arrivons déjà aux 35NM, marquant l'entrée dans la CTR de Tahiti, et nous passons avec la fréquence Approche.
Je m'applique à descendre en conservant un taux de 500ft mn, tout en restant sur le 110 de TAF ce qui nous fait passer à la verticale du terrain de Mooréa. On m'informe d'un ATR qui repart sur Huahiné ; sans doute l'équipage croisé tout à l'heure.
J'ai visuel : ils sont très loin, tout est bon.
Dans le chenal (entre les îles de Tahiti et Mooréa), nous voyons l'Esméralda, somptueux 4 mâts école de la marine chilienne qui s'en va toutes voiles dehors après 5 jours d'escales dans le port de Papeete. Il s'en retourne au Chili, via l'île de Pâques, sa dernière escale d'un périple antihoraire de 6 mois qui aura conduit son équipage dans tout les pays baignés par le Pacifique ou presque. Et je tombe à ce moment précis en panne de piles avec mon numérique...
Conformément à mon estimée, il est 17h50 lorsque je me présente en dernier virage, et l'île de Tahiti est maintenant une imposante masse sombre surmontée de ses trois sommets de plus de 2000 mètres. Un halo lumineux éclaire le port, et je me rempli les yeux encore un peu de ce spectacle, qui après 2 fois 1h30 de vol va bientôt s'achever.
La 04 est en service, je suis numéro un ; le roi n'est pas mon cousin...
Le premier vol de l'année s'achève. La première ligne de mon carnet de vol pour 2002 sera donc :
3/01/02 - C172 - FBXZX - Pilote - NTTB-NTAA - 1h30.
2002 s'annonce comme un grand cru, non ?
Stéphan - Février 2002
* 121kt, si on ne s'est pas trompé !
(105kt + 12 tranches de 600ft, + 3 tranches de 5° au dessus de la température standard = 105 + (12 + 3)% = 120,75kt). Hé les spécialistes, c'est bon ?
Nuku
Hiva (Marquises) |

C'est en effet en finale 06 à Nuku Hiva (Marquises) que cette photo a été prise.
Je l'ai prise ce vendredi 29 mars (vendredi Saint, férié ici en Polynésie), depuis le cockpit d'un ATR 72-500 d'Air Tahiti, dont le CdB a eu la gentillesse de m'accueillir avec lui pour la dernière demi-heure de vol.
Nuku Hiva est une île distante de 760 NM de Tahiti, ce qui représente un vol de 3h00 en ATR.
Le terrain de Nuku Hiva est situé au nord-ouest de l'île, dans un endroit très aride alors que le reste de l'île est plutôt verdoyant, au lieu dit "Terre Déserte", et comme le montre le cliché joint, cela porte bien son nom.
Pour rallier Taihoe, le village principal et chef-lieu de l'archipel des Marquises, il faut parcourir 47km sur une route envisageable en 4x4 uniquement. De récents travaux titanesques, qui ne sont d'ailleurs pas encore terminés, ont rendu ce trajet réalisable en 1h20 maintenant. A une époque, il fallait plus de 3h... Cela dit, cette route sinueuse est de toute beauté, et l'emprunter est un vrai régal pour les yeux.
L'autre façon de rejoindre l'aéroport, à part le 4x4 taxi, c'est l'hélicoptère. Ici, on ne lésine pas sur les moyens ! Le prix d'un trajet, par adulte est alors de 7500 cfp = 413 FF, et cela dure 10mn environ, mais le spectacle est bien évidemment grandiose (et fera l'objet d'un autre mail quand j'aurai un peu de temps...).
L'aérodrome est "armé" avec l'ensemble du personnel nécessaire à la réception des ATR 42 et 72 d'Air Tahiti. C'est à dire qu'il y a un agent Afis (118.3), et le personnel SSIS obligatoire. Sur la gauche du cliché, on distingue quelques bungalows, habités par l'ensemble de ce personnel, dont on peut dire sans exagérer qu'ils vivent coupés du monde...
La piste mesure 1700x30 m, et elle est équipée d'un NDB (NH 353 kHz). Elle est à 220 ft d'altitude, ce qui est à noter, car ici, à part les pistes des Marquises, toutes les autres pistes de Polynésie sont au niveau de la mer ou sensiblement...
Nuku Hiva est desservie quotidiennement par les ATR d'Air Tahiti, et aussi 1 fois par semaine par les Dornier 228 de sa filiale Air Mooréa, qui une fois sur place rayonnent sur Ua Pou et Ua Huka en effectuant plusieurs vols inter-Marquises, ce que ne font pas les ATR.
Son éloignement de Tahiti, fait qu'à part ces avions commerciaux et les Gardians de l'aéronavale (25F) qui vont y faire des temps en temps des missions de surveillance de la ZEE (Zone Economique Exclusive), on y croise très peu de DR400 ou de Cessna...
Un Dornier s'est un jour crashé en approche sur Nuku Hiva. C'était je crois en 1992, et suite à une succession de malchances et de mauvaises prises de décision (panne d'un moteur, suivi de l'extinction volontaire et erronée du bon moteur... à ce qu'il paraît), l'avion a ammerri dans de mauvaises conditions. La moitié des passagers sont morts dans cette histoire, ainsi que le copi.
Politiquement, Nuku Hiva est représentée par un homme (Lucien Kimitete) ne faisant pas acte d'allégeance au chef du gouvernement territorial, alias le gourou d'Air Tahiti Nui...
Il se plaint un peu que les Marquises soient l'archipel le plus délaissé par le gouvernement territorial qu'il accuse de privilégier Tahiti et les îles sachant voter. Ce n'est d'ailleurs pas tout à fait faux...
Aussi, le maire de Nuku Hiva avait-il prôné la "départementalisation" des Marquises, qui seraient ainsi devenues un DOM (les 6 îles habitées des Marquises ne formant que l'un des 5 archipels composant le TOM de Polynésie Française). Le projet n'avait pas été loin de se réaliser.
Aéronautiquement parlant, ce projet de départementalisation, devait s'accompagner de l'extension de l'aérodrome de Terre Déserte, qui devait devenir un aéroport international. Des études avaient été menées, la piste devait être rallongée, etc.
Tout ceci est maintenant abandonné, mais c'est le genre de sujet qui devrait revenir sur le tapis de temps en temps.
Alors, qui sait ? Un jour un 747-200, chassé de Maurice, viendra t-il à Nuku Hiva décharger du Coca et des 4x4, pour ré-embarquer du noni (dont le jus soit disant curatif est prisé des américains), des tiki sculptés et des petits citrons verts ?
Stéphan - Avril 2004
Dernier
vol Air Lib sur Papeete |
Ci-jointe une banale photo prise depuis le hublot de l'ATR 72 d'Air Tahiti qui m'a emmené aux Marquises vendredi dernier.
Il était environ 7h00 et nous venions de débuter notre roulage pour la 04 de Tahiti Faa'a. Avant de rouler, nous avions attendu quelques instants que l'unique taxiway soit libéré.
L'avion qui l'empruntait était regardé avec un oeil un peu "spécial" ce matin là par ceux qui s'intéressent un minimum à l'aéronautique. En effet, il s'agissait d'un A340-300 d'Air Lib (mais encore aux couleurs d'AOM celui-ci). Banal, puisque 4 fois par semaine, les avions de cette compagnie se posaient sur la piste de Tahiti.

Oui mais voilà, depuis leurs déboires, ce qui devait arriver après avoir été plusieurs fois annoncé (et souhaité par certains qui souhaitaient faire de la place pour Air Tahiti Nui...) est arrivé : Air Lib annonce son retrait de la Polynésie Française.
En ce vendredi 29 mars, c'était donc la dernière fois qu'un de ses appareils se posait à Tahiti.
Lorsqu'il est reparti, les camions de pompiers lui ont fait une haie d'honneur, avec lances à incendies en marche, etc. (du moins c'est ce que l'on m'a dit).
Pour ma part, je vieillis un peu...
En effet, le 8 mai 96, c'était un DC 10 de la compagnie AOM qui après 22h de voyage, m'avait amené pour la première fois à Tahiti, destination mythique, notamment pour un appelé du contingent.
Quand mon fils de 18 mois pourra comprendre, je pourrai alors lui parler, comme un vieux colonial, de l'époque "où AOM venait"...
Stéphan - Avril 2002
Atoll
d'Arutua (NTGU) |

La photo montre l'atoll d'Arutua (NTGU), dans l'archipel des Tuamotu qui en compte 117, avec un peu plus loin, au fond, l'atoll d'Apataki. Pas des coins très connus du grand public, mais superbes malgré tout.
Non, on ne passe plus verticale Rangiroa pour aller aux Marquises comme pour les départs ou les arrivées sur LAX (le seul VOR du secteur est celui de Rangiroa en effet). Maintenant, la route des Marquises c'est direct GPS, tout droit. Et le trait passe juste à la verticale de l'extrémitié Est de Rangiroa, mais cela fait tout de même à environ 35Nm du VOR, qui lui est presque à l'extrémitié Ouest.
Si vous regardez bien la photo, on distingue DEUX pistes d'atterrissages à Arutua, ce qui permet de le reconnaitre sans faute, car c'est quand même assez peu banal pour un atoll de 300 ou 400 habitants environ (et encore...).
L'une d'elle, se voit bien, tout à fait à gauche. C'est la toute nouvelle piste, capable d'accueillir les ATR (42, mais 72 je ne saurai le dire, Yann ?), inaugurée en grande pompe il y a environ 6 mois.
Un peu plus bas, on devine l'ancienne piste, qui devait faire dans les 6 ou 700 mètres, et où seuls les Dorniers 328 se posaient.
Je ne sais pas s'il n'aurait pas été plus simple de rallonger cette première piste, mais bon, si les décideurs en ont décidé ainsi, c'est qu'ils avaient leurs raisons ou de l'argent à dépenser, alors...
Arutua, est l'un des atolls qui est le plus propice à la perliculture (culture de perles noires), et sur l'île l'argent ne fait pas défaut. Certains perliculteurs affrètent de temps en temps des avions (Beech Baron, ou Beech 200, ou encore d'autres petits bimoteurs privés) pour se rendre à Tahiti ou en rentrer, le montant de l'heure de vol ne leur faisant pas souci...
Un atoll vu du ciel cela ressemble donc toujours plus ou moins à ce cliché, et c'est toujours assez mystérieux de survoler cette bande de corail posé sur l'immensité de l'océan. A l'intérieur de l'anneau, d'un bleu un peu plus clair, c'est le lagon, profond d'une vingtaine de mètres en moyenne (avec des fosses jusqu'à 50m, 60m ou plus). A l'extérieur, c'est l'océan, dont le fond descend à plus de 2000m très souvent (par ex, 10 NM séparent Tahiti et Mooréa, et le fond descend à 1600m entre ces deux îles).
Stéphan - Avril 2002
Retour
des Marquises |
Depuis plus d'un mois, nous avions prévu d'aller en famille passer les 4 jours du week-end de Pâques à Nuku Hiva, dans l'archipel des Marquises.
Le vol étant réservé depuis longtemps, j'avais pris la précaution de monter une petite "manip" afin d'essayer d'aller dans le cockpit de l'ATR d'Air Tahiti que nous allions emprunter.
Yann, compatriote et colibri (désabonné temporairement), alias "le roi du bateau dans le lagon", copilote ATR à ses heures perdues, a eu la gentillesse d'émettre un desiderata afin de se voir attribuer le vol retour.
Il pousse même la gentillesse a noter le nom du CdB qui m'amène à l'aller. C'est l'un de ses amis ; coup de fil... et hop l'atterro en poste est quasi-assuré à l'aller également.
En ce vendredi saint, férié ici en Polynésie, je pénètre donc dans le Saint des Saints, pour le dernier quart d'heure de ce vol agréable de 2h50.
Notre ATR 72 quitte tout juste le FL190 et commence sa descente pendant que je m'arnache sur l'unique jump-seat central. Présentations, discussions amicales, le ciel est d'un Cavok splendide. Nuku Hiva et son terrain excentré du village est là, droit devant. Sur la droite, nous laissons Ua Pou et ses piliers, surmontés de quelques cumulus. A gauche, et au loin, on voit nettement les îles inhabitées de Motu Iti et d'Eiao (laquelle avait été pressentie pendant un temps pour servir de site aux expérimentations nucléaires avant que Mururoa lui soit finalement préférée). Le CdB m'annonce que ça devrait cisailler un peu en finale, comme souvent à Nuku Hiva. La piste en service est la 06, et un bon vent du 100 est présent, passant juste sur le relief et revenant tourbillonner sur la piste. On voit d'ailleurs nettement une bande d'océan brillante autour de l'aérodrome, reflètant la bonne "risée" qui nous attend.

Les check-lists s'égrènent, avec routine et sérieux. On compare les altis, le copi (PF sur cette étape) fait son briefing arrivée. Le pilote clôture sur la HF avec Tahiti Contrôle et passe en VHF avec "Terre Déserte", le terrain de Nuku Hiva.
Le spectacle est grandiose. Les Marquises, sont des îles très sauvages, sans lagon, bien différentes du reste des îles de Polynésie. Nuku Hiva, la plus grande des six îles habitées, s'offre à nous par son endroit le plus aride, où il ne pleut qu'exceptionnellement. Le relief de cette île sauvage se dessine de plus en plus distinctement au fur et à mesure de la descente, et je ne perd pas une miette du spectacle.
Mais déjà, nous sommes en finale, et effectivement, ça tabasse un peu. 25 à 30kt, le tout avec un bon cisaillement, ça se sent bien. Le copi gère son approche avec tact, et nous gratifie d'un kiss superbe.
Check "parking", salutations et remerciements.
3 jours plus tard et 2kg en plus (qu'est-ce qu'on mange bien au Keikahanui Pearl Lodge !), la petite famille Tessede au complet s'apprête à faire son baptême d'hélico. En effet, pour rallier Taihoe (le village) à Terre Déserte (l'aérodrome), il faut soit prendre un taxi 4x4 (ce que nous avons fait à l'aller et où l'on profite pendant 1h30 d'une route de montagne serpentant dans un décor grandiose), soit prendre l'hélico, ce qui ramène le trajet à dix minutes...
L'héliport de Taihoe est située sur un petit promontoire qui domine la splendide baie de Taihoe. Nous sommes une dizaine à prendre l'hélico aujourd'hui, et il fera deux rotations. Nous serons embarqués ma femme et mon fils de 18 mois dans la deuxième.
Avec 104hdv, plus d'une centaine de vols commerciaux, et pas mal de périples dans pas mal de pays, je n'ai paradoxalement jamais pris d'hélicoptère. Et tant qu'à faire un baptême, le faire aux Marquises n'est pas ce qu'il y a de pire...
Nous attendons que l'hélico revienne, et il tarde un peu. Le ciel se couvre de plus en plus, les sommest sont tous accrochés et je me demande alors comment il va s'y prendre pour revenir à moins de longer la côte. Cela ne semble pas l'expérimenté pilote, puisque nous le voyons émerger... au dessus des reliefs déchiquetés de Nuku Hiva.
Nous prenons place à bord, et aussitôt nous décollons. Et bien je dois dire que l'hélico, ben, c'est très sympa ! La sensation est très particulière, et aux Marquises, où il faut tout de suite monter assez haut pour passer les premiers sommets, c'est un peu comme de prendre un téléphérique sans fil. En quelques instants, nous survolons notre hôtel, puis la baie Colette (où a été en partie tournée la dernière émission de CBS "Survivor" qui devrait passer prochainement). C'est génial. Ma femme et moi sommes ravis, pendant que notre fils, pas impressionné... s'endort. Le spectacle est absolument féerique. C'est grandiose. Les superlatifs manquent pour décrire ce qu'est un vol en hélico au dessus des Marquises. A vivre absolument.
Nous passons d'une vallée à une autre, puis nous arrivons sur un petit plateau, où l'horizon se bouche sérieusement. Le pilote chemine à quelques mètres seulement du sol, mais n'a pas l'air inquiet pour deux sous. Les gens regardent le spectacle, moi je regarde le pilote du coin de l'œil, car à sa place en VFR là dedans je ne ferais pas la malin !
Il zigzague un peu, puis trouve une trouée et s'engouffre dedans. Nous cheminons ainsi quelques brèves minutes pendant lesquelles nous nous retrouvons dans la peau d'un oiseau, et soudain, droit devant, nous débouchons sur un ciel complètement dégagé. D'un seul coup, l'hélicoptère change de vallée, et survole la côté nord de l'île qui descend à pic dans l'océan. C'est véritablement grandiose et assez indescriptible.
Au loin, nous devinons la piste, et j'aperçois l'ATR qui nous attend. Il n'attend d'ailleurs plus que nous ; les 5 passagers à bord de l'hélico, le reste des passagers étant déjà à bord !
Nous faisons une arrivée côté océan, et en douceur, nous nous posons à une trentaine de mètre de l'ATR. La chef d'escale est là, et nous tend des cartes d'accès à bord sur le tarmac, pendant que de solides marquisiens chargent nos bagages.
Je me dis alors que pour aller dans le cockpit, cet embarquement à l'arrachée n'est pas la situation rêvée. D'autant que Yann n'est qu'un modeste copi, et qu'il en va du bon vouloir de son Cdb, alias le chef pilote d'Air Tahiti sur ce vol !
Mais les choses s'arrangent, et se déroulent comme je n'osais même pas l'espérer. Le Cdb est le long de l'unique escalier à l'arrière de l'appareil. Me voyant, jeune et beau, avec un bébé dans les bras, il se dit que je correspond à la description que Yann a dû lui faire et me lance "vous êtes dentiste ?" Oui ! "Pilote privé ?" Oui oui, c'est moi !" très bien je vais vous prendre avec moi en poste. Ahhhhhh...
J'abandonne lâchement ma progéniture instable comme un C150 par 35kt de travers à sa Maman, et rejoint le calme et la quiétude du cockpit, où je retrouve Mr Yann, tout occupé dans des calculs de masses et de centrage. J'en doutais encore un peu, mais là j'en ai la preuve (cf la photo) ; Yann est bien copi sur ATR... Et c'est qu'il en jette le bougre avec ses trois galons et sa chemisette immaculée ! Pour les hôtesses, je suis sûr que c'est infaillible !
Bon mais nous avons pris du retard alors ça ne va pas traîner pour repartir. (au passage, ça m'a fait bien rire d'entendre un marquisien, qui s'occupe de l'héliport dire "les pilotes, ils arrivent toujours en retard, mais ils voudraient toujours repartir à l'heure !")
Yann (sans doute pour m'en mettre plein la vue ...) est PF sur cette étape. On s'aligne en 24 et aussitôt, c'est la mise en puissance. L'accélération est bien plus perceptible depuis le poste qu'en cabine. La piste est vite avalée, et à l'annonce de Vr Yann tire doucement sur le manche pour quitter le "Hénua Enata" (la Terre des Hommes comme les Marquisiens appellent leur archipel).
A peine une minute après, il est déjà fatigué de piloter et enclenche le PA, qui finalement s'en tire aussi bien...
Le Cdb clôture avec Nuku Hiva et appelle Tahiti Contrôle en HF. La liaison radio n'est pas fameuse mais ça passe correctement. Nous atteignons alors le niveau 200, dans un ciel magnifiquement bleu et pur.
Le vol jusqu'à Papeete dure trois heures. Je commence alors à profiter de ma position privilégiée pour poser des tas de questions. Mais c'est bien connu, un pilote privé, ça pose des questions un peu pointues, et un peu tordues. On aborde notamment le sujet des vols ETOPS (le long survol maritime sur ce trajet implique qu'une partie du vol se déroule dans ces conditions) Le Cdb m'écoute et sourit un peu pendant que Yann marmonne une réponse foireuse sur la réglementation ETOPS...
"- Arrêtez de lui poser des questions, car là il vole avec son chef, et vous le mettez dans l'embarras parce que ça, il devrait le savoir !"
On rigole un bon coup, puis nous parlons avec le Cdb de sa carrière aéronautique. C'est un passionné en tout cas. Ex-constructeur amateur à ses heures, il s'est un jour crashé en Sologne avec un bébé Jodel, suite à une panne moteur au décollage. Il avait alors regagné son domicile en stop, le tableau de bord sous le bras ! Nous évoquons ses débuts comme pilote professionnel en Afrique, ou encore ses convoyages Pacifique-Europe (notamment le convoyage d'un Twin Otter de Tahiti au... Togo ! 120 hdv 1 mois, ça c'est du vol !). C'est passionnant, et ce monsieur est le genre de pilote qui inspire confiance.
Nos discussions sont ponctués de contact avec le contrôle pour lui signifier qu'on croise le 10e parallèle, puis le 12e, etc.
A chaque fois, le Cdb communique au contrôle des données météorologiques, qui sont parait-il stockées par Météo France pour statistiques.
Je repasse en cabine juste le temps de laisser déjeuner mes deux hôtes et d'ingurgiter moi-même mon plateau repas. Peu après, je suis de retour en poste, juste pour profiter du spectacle offert par le survol de l'archipel des Tuamotu. Nous laissons Manihi et Arutua sur la gauche, Ahé et Rangiroa sur la droite.
Puis, tout s'accélère. Nous repassons sur VHF avec Tahiti Contrôle. L'Atis est écouté, le briefing arrivée fait. Ce sera une arrivée classique par le point Kaina (un Kaina étant un habitant des Tuamotu) puis une VOR/DME 22. Yann débute alors la descente vers le niveau 070 initiallement. Puis nous passons sur la fréquence approche où je reconnais la voix d'un de mes patients, contrôleur à Tahit-Faa'a et qui doit me faire visiter la tour un de ces jours.
Nous pénétrons dans la petite couche de cumulus, et après quelques secondes, nous débouchons brusquement face à Tahiti qui est déjà bien proche. C'est superbe. Comme d'habitude... Et finalement, c'est presque comme en Cessna !
La piste 22 nous tend les bras alors que nous passons la pointe Vénus. Les volets sortent, les roues aussi, la vitesse tombe un peu, tout s'agite dans le cockpit qui clignote de partout. Yann déconnecte le PA et reprend les affaires en main. "Minimum" dit une voix métallique à 700 ft. On est sur le plan et sur l'axe ; la vitesse est bonne, on continue.
Le touché est impeccable, la roue au vent touchant légèrement en premier. Y'a pas à dire, ceux qui sont passé par Muret on les reconnaît...
Le F-GSUN de Corsair arrivé le matin est sur le tarmac international, nous rappelant que nous sommes lundi, et il attend de repartir en fin de soirée pour rallier Orly via LAX.
Yann roule pour le parking des vols locaux, les moteurs sont coupés et c'est déjà fini.
Un baptême d'hélico aux Marquises, puis 2h53 de vol dans le cockpit d'un ATR. Belle journée, non ?
Stéphan - Avril 2002
Décollage
à bord d'AF 071 |
Le lent roulage suivi du demi-tour sur la raquette au bord du lagon a pris fin, tout au bout, là-bas, sur le seuil de la 04.
Le F-GEXA (747-400) s'est alors aligné, face au nord-est, et il a fait rugir ses 4 réacteurs, qui trente secondes après, nous ont arrachés de cette petite île posée au milieu de l'immensité de l'océan Pacifique.Lentement, lourdement, la bête monte, et commencent alors les premieres minutes d'un vol de 7h30jusqu'à Los Angeles, qui seront suivis d'un autre vol de 10h30 pour rallier Roissy.Tahiti s'offre à nous, par sa côte nord, avec Pirae sur la droite, et Arue sur la gauche.

Sagement assis à ma place, j'ai le temps de photographier mon domicile, qui se trouve quelque part au milieu de toutes ces maison sur la montée dite "du Belvédère".Au loin, on distingue très bien le "Diadème" et sa forme caractéristique, qui culmine à près de 1400 m, dominant la vallée de la Faataua, où Pierre Loti a vécu quelques beaux moments. Dans quelques heures, le Diadème sera sans doute enveloppé dans les nuages pour le reste de la journée, mais pour l'heure, il a eu la gentillesse de se laisser voir contrairement à son voisin de gauche ; le mont Aorai (2066m) qui lui est déjà dans la ouate.Au premier plan, la ligne blanche faite par la barrière de corail s'interrompt un instant, pour former une passe ; la passe de Taaoné, devant laquelle j'ai pris mon petit déjeuner chaque matin pendant les deux belles années que j'ai passées sous les drapeaux.Et puisque je parle de petit-déj ; l'hotesse arrive à l'instant, avec un jus de fruit, alors je vais devoir m'interrompre.Le vol AF 071 commençait. Il allait me réserver une bien belle surprise...
Stéphan - Mai 2002
Arrivées
en duo sur LAX |
Cela fait 7h30 que nous avons décollé de Papeete. Après une longue descente, pendant laquelle j'ai aperçu plusieurs îles situées au large des côtes californiennes (l'une d'elle étant sans doute Catalina Island), nous sommes vectorisés radar pour la 25R.
Une couche nuageuse assez dense que je qualifierais au pif de "BKN 015"
masque la vue du sol américain. Le soleil se couche, donnant de magnifiques reflets orangés. De ma place passager, je ne perds pas une miette de ce qui se passe dehors. En ce samedi soir, il devait y avoir fête en dessous puisque par deux fois je distingue nettement des ballons d'enfants gonflés à l'hélium qui s'élèvent dans le ciel, et qui ne sont pas passés très loin des réacteurs droits du F-GEXA, et tout ça sans clairance ni transpondeur...Puis, en regardant attentivement par mon hublot, je vois alors un autre avion (un MD83 ?), installé en finale lui aussi, avec une route parallèle à la notre. Il va se poser sans doute sur l'une des deux pistes 24 de LAX.
Superbe spectacle. Nos vitesses d'approches sont presque identiques, et c'est ensemble que nous perçons la fine couche qui nous maintient pour quelques minutes encore dans le monde des cieux, pour émerger ensemble au dessus de l'immense tumulte lumineux de Los Angeles.
Le premier tronçon du long vol PPT-CDG vient de se terminer. Agréablement.
Le deuxième sera malgré tout bien plus palpitant...Stéphan - Mai 2002
Un
LAX-CDG qui est passé bien vite... |
La classique escale de deux heures dans l'aérogare de Los Angeles International est finie et il est temps de procéder au ré-embarquement du vol AF071 à destination de Roissy.
Dans la meute qui se dirige dans le couloir menant au valeureux F-GEXA qui nous a déjà acheminé depuis Papeete, je reconnais Michel Galabru... qui fait d'ailleurs pas mal de bruit afin d'être sûr d'être reconnu.Un nouvel équipage nous accueille à bord. Aussitôt je remets mon petit message à un steward, pour essayer d'aller dans le cockpit, sans trop y croire. Sauf que cette fois, si tout a bien fonctionné, le CdB devrait avoir reçu en plus un message de la part d'un illustre colibri ! N'osant trop croire à ma bonne étoile, je dérange mes compagnons des huit heures de vol précédentes, pour regagner ma place, près d'un hublot. Alors que je me plonge dans la lecture d'un article d'USA Today dans le but de vérifier mon anglais, un monsieur en chemisette blanche, avec 4 galons dorés sur les épaules, tente de se frayer un chemin parmi les passagers qui n'en finissent plus de remplir les soutes à bagages. Je le regarde du coin de l'œil, quand tout à coup, trouvant la place 18L, il s'adresse à moi : "Bonjour. Vous venez avec moi ?"
AAAAAAHHHHHHHHHHHHH Je re-dérange une nouvelle fois mes deux voisins, qui se demandent bien ce que je vais faire !
Nous montons dans la bosse, au milieu des classes affaires, affalés dans leur confortables sièges. Mais pour ma part, j'échangerai bien une selle de vélo dans le cockpit à un lit en cabine !
Je pénètre dans le poste, à l'atmosphère calme et feutrée, loin du tumulte caractérisant l'embarquement d'un 747/400 qui sera plein comme un oeuf. Il est environ 22h locales, et il fait nuit noire, ce qui rend l'ambiance du cockpit encore plus particulière. Je me présente aux deux copis ; ils sont deux, comme imposé par l'amplitude de cette étape (LAX-CDG ; entre 10h30 à 12h00 selon le sens du trajet).
Puis le CdB s'installe, tel un chef d'orchestre, et c'est la début d'une partition de 10h30, où l'ouverture et le final sont les moments les plus actifs. Je me fais tout petit, pour ne pas déranger. La mise en route est demandée et commence alors un long roulage pour s'aligner tout au fond, en 26R.
Les check-lists sont soigneusement effectuées, sans précipitation, dans le calme et le professionnalisme.
Les dernières vérifications avant décollages sont faites, comme sur Dr400, en vérifiant que les commandes sont libres, que le phare est sur On, etc.
Un 767 décolle devant nous, et enfin nous nous alignons. Nous sommes "cleared for Take-Off, AF 071".
C'est bête, mais à ce moment, là, je l'avoue, j'ai ouvert les yeux le plus possible pour ne pas perdre une miette du fabuleux tour de manège qui m'était offert.Et c'est parti. Là, vu de l'avant, on sent vraiment que ça accélère et que ça pousse. Les petites lampes balisant la piste sont avalées de plus en plus vite. Le bout de la piste se rapproche, beaucoup même, lorsque calmement, le copi annonce les fameuses V1, puis Vr, et enfin la rassurante V2. Notre monstre d'acier monte tranquillement dans le ciel californien, face à l'océan Pacifique, avant de commencer un long demi-tour par la gauche pour reprendre son cap vers l'Europe.
Sur ma gauche, les millions de lumières de Los Angeles tapissent le sol jusqu'à perte de vue. Le copi gère la radio, ce qui n'est pas une mince affaire. Il n'arrête pas de changer de fréquence, avec à chaque fois une nouvelle "clearance". Nous "climbons Flight Level 130, puis 180, puis 310, etc".Puis c'est la mise en palier, et le deuxième copi va se coucher pour être frais lorsque son tour de piloter viendra.La quiétude revient dans le cockpit après cette première demi-heure assez intense. Une longue liste de waypoints va défiler jusqu'à MERU, qui marquera l'entrée dans le circuit de Roissy. Je contemple ce qui doit être Palm Springs, puis Las Végas, très légèrement sur notre gauche, qui irradie véritablement le ciel de ses lumières.Nous prenons l'apéritif (jus de pomme ou d'orange pour tout le monde ! sérieux les pilotes !), puis la chef de cabine m'annonce que le repas commence à être servi en bas. A regret, j'abandonne mes hôtes, mais le CdB me laisse espérer que peut-être je pourrai revenir pour l'arrivée. Je n'ose y croire mais je garde espoir. Je regagne alors mon siège et mes voisins qui sont tout curieux de savoir où j'étais passé.Environ huit heures et pas mal de nautiques plus tard, le ciel est d'une pureté extraordinaire et tout en profitant de mon petit déjeuner, j'admire par mon hublot les îles du nord de l'Écosse qui défile sous nos ailes. Je croque voracement dans une brioche lorsque la chef de cabine (une tahitienne d'ailleurs), vient me trouver et me dit ; "Après le petit déjeuner, vous pourrez si vous le souhaitez retourner là haut. Mais le commandant demande que vous preniez toute vos affaires afin de ne pas avoir à revenir les chercher pour débarquer".
A cette annonce, je manque m'étouffer. J'engloutis le reste du plateau et, quelques minutes après, je suis de retour dans ce qui est effectivement le plus beau bureau du monde. L'atmosphère est toute autre maintenant. Le jour est levé depuis longtemps, et alors que nous abordons le sud de l'Angleterre, tout est blanc en dessous de nous. C'est le grand OVC sur toute l'Europe et on ne voit pas le sol.
Nous discutons un peu, entre "pilotes", car le TOD (Top of Descent) n'est que pour dans quelques minutes. C'est curieux, mais les pilotes de 747 ne semblent rêver que d'ULM, de DR400 ou de PA28... alors que les pilotes de DR400, eux ne rêvent que de 747 ou d'A340 !
L'un des copis, tout juste réveillé, me parle des soirs où, chez lui en Ardèche, il s'en va regarder le coucher de soleil avec son ULM ainsi que du tour du Portugal qu'il a fait il y a peu. Le CdB, lui, me raconte son passé de propriétaire d'un avion léger aux Antilles (il avait l'air d'aimer autant la DGAC que JD !). Etc.Tout ceci nous amène tranquillement à l'heure où il va falloir débuter la descente.Le "briefing arrivée" est effectuée avec le plus grand sérieux ; en l'écoutant, on a l'impression que les pilotes ne sont jamais allés à Roissy ! C'est toujours impressionnant et riche d'enseignement, de voir avec quel sérieux et quelle attention les pros peaufinent leurs arrivées, alors que nous, pilotes privés, sitôt passées les 100hdv, avons tendance à croire que plus rien ne peut nous arriver et que l'on n'a plus rien à apprendre. A méditer...
Nous passons les VOR de Seaford, puis nous faisons route sur celui de Dieppe. Nous retrouvons les contrôleurs français, et, de fréquence en fréquence, nous descendons au fur et à mesure des clairances. L'Atis de Roissy est récupéré sur l'ACARS (bel outil ce truc !), et le temps prévu à l'arrivée, est tout à fait parisien.Vers 9000 ft, le CdB reprend la bête en main (pour s'entraîner, dit-il !) et, dans la ouate, il suit ce que ses Efis lui dictent. Nous passons MERU, et le contrôleur nous guide vers l'ILS de la 27. Bien que le PA soit déconnecté, les barres du DV ne bougent pas d'un poil et notre sympathique CdB se débrouille comme un chef.
Nous sommes toujours dans le grand blanc des strato-cumulus lorsqu'on nous demande de virer à droite au cap 240 et d'intercepter le localizer de la piste 27. Puis c'est au tour du glide de commencer à frémir. "C'est le bon glide" annonce le copi et nous continuons la descente pour enfin sortir de la couche, avec effectivement, la 27 de Roissy face à nous.
Que c'est beau !La sonde altimétrique égrène ses données, jusqu'à l'arrondi que le CdB effectue tout en douceur et à une hauteur surprenante pour un pilote d'avion léger !

Commence alors un roulage incroyablement long, jusqu'aux "nouveaux" terminaux de Roissy, où je n'avais encore jamais mis les ailes.Et voilà, c'est fini. Nous sommes au bloc, avec même quelques minutes d'avance sur l'horaire prévu.Fini ? Pas tout à fait, puisqu'il me restait encore un CDG-LYS en A319 à faire. Et comme c'était mon jour de chance et que, là encore, JD avait oeuvré pour moi, hé bien j'ai encore tout vécu depuis le poste. Mais bon, je ne vais pas vous infliger à nouveau un long récit.En tout cas, avec toutes ces émotions, jamais un trajet Papeete-France ne m'avait paru aussi court...Celui que je vais faire lundi, seul avec mon fils terrible de 19 mois à maîtriser, risque de me paraître beaucoup plus long !
Stéphan - Mai 2002
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