3h18 de bonheur aux Iles sous le vent (suite)

"Fox Novembre X-Ray, autorisé au décollage 07, le vent est calme, tu rappelleras stable à 2000 ft avec une estimée Huahiné... "

Je n'en reviens pas ! Un de mes rêves va se réaliser dans les minutes et les heures qui vont suivre.
Nous avons tous des petits trucs comme ça, auxquels nous pensons en disant, un jour j'irai là-bas, un jour je ferais ça, etc. Moi, parmi mon lot de petits rêves accessibles que je compte bien réaliser, je m'étais dit un jour, alors que je n'avais même pas commencé à apprendre à voler : "Un jour j'aimerais louer un petit avion et voler dans les îles Sous le Vent, aller où bon me semble, survoler ces îles superbes, me gaver de photos, me remplir les yeux de ces dégradés de bleus dans les lagons, dormir dans l'île de mon choix, etc."
Hé bien là j'y suis !

En plus, j'ai de la chance car ce rêve, je vais le réaliser accompagné de mon père, alors élève PPL en fin de formation (terminée depuis !) et une météo sensationnelle s'offre à nous.

Pour en arriver là, je veux dire la main sur la manette des gaz du Cessna 172 de l'aéroclub de Raiatéa avec 4h d'autonomie et les Iles Sous le Vent tout autour, cela ne s'est pas fait tout seul !

Il faut d'abord, en cette période de vacances scolaires, trouver une place dans un ATR pour rallier Tahiti à Raiatéa. Nous sommes en liste d'attente, pour les vols du matin (les seuls à nous convenir), mais comme souvent, on nous trouve de la place, suite à... une bonne dizaine de défections !
Avant de monter dans l'ATR, dès l'enregistrement des bagages terminé, nous allons dans les bureaux voisins de Météo France, afin de nous renseigner sur la météo. En effet, alors qu'il a fait un temps superbe depuis le début du séjour de mon père (ce qui nous a permis de faire de magnifiques vols locaux autour de Tahiti, Mooréa et Tétiaroa), hier ça s'est sérieusement dégradé. J'ai appelé une prévisionniste au téléphone, qui m'a dit en gros "demain ce sera un peu moins bien qu'aujourd'hui...". Le soir à la télé, pareil ; ça va s'aggraver qu'ils disaient...
Mais ce matin, à 6h, nous avons enfin trouvé un prévisionniste sympa qui nous rassure un peu. Il parle de nette amélioration, et dit que malgré quelques pluies passagères cela sera tout à fait volable. Ouf !

Bref, il est 6h15, et on appelle les passagers pour Raiatéa. Nous embarquons dans un ATR 42 et, de suite, j'attaque le steward pour une place en poste pour mon père. Cela ne marche pas pour le trajet entier en poste, mais c'est bon pour une visite en croisière ; toujours ça de pris.

Mon père revient du poste avec au moins une bonne nouvelle, le CDB est optimiste pour la météo dans les Iles Sous le Vent (ISLV), et il lui a dit que nous devrions même avoir du beau temps. En effet, ce que nous voyons du hublot est réconfortant, de bonnes masses de cumulus, mais plein de ciel bleu tout autour. Nous sommes comme deux fous. Pendant ce vol d'une trentaine de minutes, nous vérifions notre caméscope, ainsi que l'appareil numérique et l'appareil classique. Yann Arthus Bertrand n'a qu'à bien se tenir, car nous ne sommes pas là pour rigoler !!

Le copi de l'ATR est en formation (ce n'était pas Yann Saluden, malheureusement !) et c'est à mon avis pour cette raison qu'on effectue une approche NDB sur Raiatéa, alors que pourtant le temps est de plus en plus clair, et qu'une approche à vue aurait très bien pu se faire. Lors du virage de procédure, tous les touristes présents avec nous se tordent le cou pour apercevoir Bora, Tahaa, et certains plus perspicaces reconnaissent même Maupiti au loin. Avec mon père, nous échangeons un sourire complice : hé oui, tordez-vous le cou, nous, dans quelques heures on aura tout ce beau décor pour nous tout seuls, et pas par un hublot de 15 cm de rayon !

Arrivés à Raiatéa, c'est à pied que nous rejoignons l'aéroclub, distant de 200 m environ. Il n'y a encore personne, mais le principal est là : le F-ODNX. C'est un Cessna 172, un peu âgé, mais bien entretenu et qui sort d'ailleurs de visite.
Alors que nous regardons "notre" avion, le temps s'arrange encore et c'est une véritable tempête de ciel bleu qui nous attend ! L'ATR qui nous a amené repart sous nos yeux, alors qu'un Casa militaire arrive ; vous ne vous imaginez pas le nombre de manœuvres militaires qu'il peut y avoir dans les Iles Sous le Vent...
Le président de l'aéroclub des ISLV arrive peu après, bientôt suivi de l'unique instructeur. Dans les jours précédents, je les ai saoulés avec une quantité non négligeable de coups de téléphone pour arriver à organiser cette virée. Présentations, explications du fonctionnement du club, etc. Tout ceci est bien amical, et l'accueil est impeccable. Nous apprenons que la veille, il a fait un temps très médiocre et que les vols du club ont été annulés. Et dire qu'initialement nous devions ce jour là...

Avant de m'enfuir à bord de leur unique C172, il va d'abord falloir que l'instructeur me relâche. Je ne suis qu'un tout jeune TT avec à peine 70h de vol et un avion, ça ne se prête pas comme ça. Surtout qu'eux à Raiatéa, il vole toujours leur 172, alors que nous à Tahiti, on a déjà un certain nombre d'avion dans l'eau... Les derniers en date : un C172 en décembre (cf. l'Info Pilote d'août...) et un PA28 en avril...

Nous partons donc à trois, mon père à l'arrière, Jean, l'instructeur, et moi-même devant pour des tours de pistes à Raiatéa (NTTR). Mine de rien, je ne suis pas trop fier, car je n'ai pas envie de piloter comme un nul et de me faire refuser le lâcher. Le séjour prendrait une autre allure !

Nous faisons 4 tours de pistes avec différentes positions des volets. Le premier toucher est très correct, le deuxième moyen, le troisième médiocre, et... le dernier pas fameux. Mais bon, apparemment l'instructeur (commissaire de police en retraite) est solide et il ne redoute pas les arrondis virils. Tant mieux !

Nous regagnons le club pour de dernières explications. Le plein est complété, et nous effectuons une petite préparation simple pour la première nav. Les nav dans les ISLV, de toutes façons, comme c'est au-dessus de l'eau, c'est forcément simple. Là bas on dit "si tu vois l'île t'y vas, si tu la vois pas t'y vas pas !"... Et c'est à peu près ça le plus souvent !
Certes il y a des NDB sur chaque île et un VOR à Huahiné, mais avec 29 NM comme plus grande distance entre deux îles (Maupiti Bora), partir au-dessus de l'eau sans ne serait-ce que deviner au loin l'île de destination, cela n'est pas d'une grande prudence.

La seule question à régler lorsqu'il fait beau, c'est le carburant. Tout en sachant qu'on ne peut s'approvisionner en avgas qu'à l'aéroclub de Raiatéa. C'est d'ailleurs l'un des points noirs de l'aviation légère en Polynésie Française ; excepté à Tahiti et à Raiatéa, il n'y a pas d'avgas dans les îles, à moins de la faire expédier par fûts en bateau, ce qui ne s'improvise pas.

Bon, avec toutes ces émotions il est 10h50 lorsque je téléphone à la Tour de Raiatéa pour déposer mon plan de vol (hé oui, tout est en survol maritime ici, alors PLN tout le temps excepté en local lorsqu'on ne change pas de CTR). Cela ne répond pas. Les notam annoncent pourtant que c'est ouvert jusqu'à 11h, mais comme il n'y a plus d'ATR avant l'après midi, j'ai bien peur que tout soit fermé et d'être coincé ici pour une connerie comme ça. L'instructeur nous conseille alors de partir en auto-info, de monter au-dessus du terrain, et d'appeler Tahiti Contrôle ou la tour de Huahiné qui est encore ouverte pour leur déposer le plan de vol en l'air.

Nous finissons par monter à bord, mon père et moi, et le grand bonheur commence. Installation minutieuse. Nous faisons la check list à deux comme des pros !
Nous contrôlons tout l'un et l'autre, ce qui nous rassure d'ailleurs un peu tous les deux. En effet, à deux, nous n'avons qu'une centaine d'heures de vol, ce qui n'est pas une expérience suffisante pour se permettre de jouer aux seigneurs du ciel alors autant se rassurer mutuellement. Surtout quand nos femmes nous laissent partir avec des phrases aussi réconfortantes que "surtout ne soyez pas imprudents, n'allez pas vous mettre par terre, etc."

Je commence alors mon auto-info ; j'ai dû réveiller la contrôleuse de Raiatéa qui à ma grande surprise répond. 'ai dû téléphoner lors de la pause café... Tout ceci est parfait, car du coup le plan de vol est déposé dans les règles. Et c'est parti.

Nous mettons le cap droit devant sur Huahiné (NTTH) qui nous tend les bras. Il n'y a que 25NM à parcourir et nous sommes rapidement transférés avec la tour de Huahiné.
Nous abordons l'île par la pointe nord-ouest, là où sont d'ailleurs situées les installations de l'aéroport. Le week end précédent, nous étions venus trois jours en famille et... en ATR à Huahiné. Zinédine Zidane, en vacances à Tahiti était d'ailleurs dans le même avion !

En arrivant sur Huaniné
Passe de Faré
Faré et Baie de Cook

Nous décidons de ne pas faire de toucher à Huahiné, après tout, les touchers et les tours de piste, y'en a marre ! Cette fois, nous sommes là pour profiter du spectacle et s'en mettre plein la vue et faire autre chose que ce que l'on fait sans arrêt avec un instructeur ! Alors nous descendons à 1500 ft pour faire un tour de l'île dans le sens horaire. C'est sympa de s'amuser à reconnaître les différents endroits où nous étions allés en voiture la semaine précédente. Peu après l'aéroport, nous survolons le Sofitel, puis nous entrons dans la baie de Maroe, là où justement nous logions.

Verticale de NTTH
Côte ouest de Huaniné
Sofitel de Huaniné
Baie de Maroé
Baie de Maroé
Villas à louer

Nous faisons un 360° dans cette large et magnifique baie où chaque semaine viennent mouiller les bateaux de croisière, à la mode en ce moment en Polynésie.

Sortie de la baie de Maroé
Lagon sud-est de Huaniné
Passe sud de Huaniné

Nous ressortons de la baie et continuons de descendre plein sud, dans la partie de l'île où les bleus du lagon sont les plus beaux.
Bientôt, nous sommes à Parea (la pointe sud de l'île) où notre fameux "président" local possède une "petite propriété" selon ses propres paroles lors d'une sulfureuse émission de Capital diffusée l'année dernière. Tellement petite, qu'en cas de panne moteur ce serait un bon endroit pour se poser s'il n'y avait pas tous ces cocotiers soigneusement alignés et entretenus...
Nous remontons tranquillement notre tour en remontant par la côte ouest. Nous passons travers le site de tournage du film "Le Prince du Pacifique", et plus loin l'hôtel Te Tiare, avec ses bungalows sur pilotis où j'ai eu la chance de passer un week-end.

Paréa
Chez Gaston Flosse à Paréa
Site du film Le Prince du Pacifique
Isthme entre Huaniné et Nuietiti
Hôtel Tetiaré
Terrain de NTTH au Loin
Peu après, en passant le long de la passe de Fare, je contacte le contrôle pour lui signaler comme convenu que nous mettons le cap sur Tahaa.
Tahaa, surnommée "l'île Vanille", est la moins connue des Iles sous le vent. Elle occupe le même lagon que l'île de Raiatéa dont elle n'est séparée que par deux ou trois km. Du coup, c'est la seule île du coin à ne pas avoir de piste d'aviation. C'est aussi la moins développée mais la plus sauvage, et sans doute l'une des plus agréables à visiter.
Nous l'atteignons par sa pointe est ; la baie de Haamene. Nous la longeons ensuite par le nord en restant au-dessus du lagon. A gauche, une île à la côte déchirée, à la végétation dense. A droite, un chapelet de motus (îlots de corail dans le lagon), véritables petits paradis. Les bleus du lagon sont splendides, et c'est un véritable effort dicté par l'instinct de survie que de remettre de temps en temps le nez dans le tableau de bord pour jeter un œil au badin, alti, vario, etc.
 
Tahaa par la passe de Haamené
Le commandant de bord
Arrivée sur la pointe sud de Bora
Passant Patio, la "ville" principale de Tahaa, nous sommes transférés sur la tour de l'île suivante, où nous ferons un complet ; je veux parler de Bora Bora.
Sud-est de Bora
Pointe Matira
Sud-ouest de Bora
Pour les rêveurs pas encore blasés comme mon père et moi-même, je peux vous dire que c'est un grand moment que d'appuyer sur l'alternat en regardant face à nous cette île mythique à la silhouette si familière et de lancer gaillardement "Bora Bora de Novembre X-Ray, bonjour".
C'est un peu comme demander au Bon Dieu la permission d'entrer au Jardin d'Eden !
Passe de Teavanui
Vaitapé au loin
Motu Tapu et passe Teavanui
Chapelet de motus
Motu Tevairoa
Vers chez Stan
Nous abordons donc la célèbre île de Bora Bora (NTTB) par sa pointe sud, pour laisser décoller tranquillement un ATR sans interférer avec l'axe, et puis surtout pour faire un peu de tourisme. Je stabilise la bête à 1500 ft, je réduis à 80kt, et j'ouvre grand les yeux. Mon copilote n'en perd pas une miette. Photos papier, numériques, caméscope, il nous faudrait d'autres mains pour ne rien perdre du spectacle. Nous passons la pointe Matira où arrive chaque année la plus importante course de pirogues de Polynésie. Nous survolons la passe, unique entrée de ce lagon connu à juste titre comme l'un des plus beaux lagons du monde, puis nous nous mettons en étape de base en longeant toute la série de motus menant à l'aéroport. Nous avions passé en famille un magnifique séjour sur l'un d'eux, tout petit mais bien identifiable. Un autre motu, plus au nord et plus vaste, le motu Tane, a été la propriété de PEV ; pas Papa Echo Victor, mais... Paul Émile Victor.
Chapelet de motus
Travers Maimoana Island
Motu Tané
Le spectacle est si beau qu'il serait dommage de l'interrompre ici. Alors je rappelle le contrôleur en base comme convenu, mais je lui annonce qu'on se refait un deuxième tour ! Toujours à 80kt et 1500 ft. Nous passons cette fois au-dessus du magnifique hôtel Méridien avec ses nombreux bungalows, tous sur pilotis.
NTTB sur le motu Muté
Nord de Bora
Nord de Bora
Nord-est de Bora
Côte est de Bora
Hôtel Méridien
On ne se lasse pas d'un tel spectacle. Vu du côté est, le mont Otemanu, point culminant de Bora (2385 ft) a une forme pointue caractéristique, bien différente de sa forme rectangulaire plus familière lorsqu'on le regarde de la côte ouest.
Hôtel Méridien
Escale NTTB
Escale NTTB
Bientôt, notre deuxième tour s'achève et nous nous annonçons en base pour un complet cette fois.
La 11 est en service, et il n'y a pas d'autre trafic dans le secteur ; je m'applique donc pour ne pas faire un atterrissage merdique dans un décor comme celui-ci !
Mon père jubile ; il a fait tant de fois l'approche de Bora sur FS 98 les jours de pluie à Autun qu'il s'amuse à comparer et n'arrête pas de dire que c'est quand même mieux en vrai !
Le vent n'est pas bien fort, et je fais un atterrissage tout en douceur ; ah si l'instructeur était là pour voir ça !
Nous roulons pour le parking entouré par les cocotiers et nous rangeons notre sympathique avion bien à l'écart pour ne pas gêner les ATR qui ne manqueront pas de venir cet après midi.
Il est 13h, et l'aéroport est plongé dans la torpeur. Le ballet des vols d'Air Tahiti ne reprendra que vers 15h, et pour l'instant c'est le calme super plat. L'aéroport est situé sur un motu, et il faut donc un bateau pour accéder à l'île principale. Air Tahiti possède une navette qui opère à l'arrivée des vols, mais en dehors de ça, il faut se débrouiller.
Nous sommes un peu perdus au milieu de tout ça. Quelques employés de l'aérogare dorment sur des bancs et tout est fermé. Nous ne pouvons même pas acheter à boire ce qui n'aurait pas été un luxe. Nous achetons juste deux barres chocolatées dont le tarif (excessif, comme dans toutes les boutiques d'aéroport !) nous permet de laisser un billet sur le comptoir sans attendre la monnaie.
Vue du ponton de l'aéroport
Seuil 29
Installations de NTTB
Bon, et bien puisqu'il n'y a rien à faire de spécial, nous préparons tranquillement notre prochaine nav qui nous amènera à Maupiti après avoir survolé l'atoll voisin de Tupaï.
Nous traversons à pied le tarmac sous un soleil de plomb pour rejoindre la tour et y déposer notre plan de vol. Je pénètre en premier dans la tour après avoir frappé et... je réveille le jeune contrôleur qui s'était assoupi sur une natte ! Il s'excuse d'être en train de dormir, mais il vrai qu'à part les ATR, les vols d'avions légers ne sont pas bien nombreux, surtout un jour de semaine...
En tout cas, il est bien sympa ce jeune contrôleur, surtout pour quelqu'un tiré de sa sieste. Il n'est pas avare d'explications, et il nous montre son matériel, nous explique le fonctionnement des appareils, et répond à toutes nos questions. Je trouve d'ailleurs que la visite d'une tour de contrôle devrait faire partie du cursus de tout élève pilote ; on y apprend beaucoup sur le fonctionnement du contrôle et du coup la phraséo fait de gros progrès lorsque l'on comprend comment travaillent les contrôleurs.
Bref, nos plans de vol déposés (pour aller à Maupiti, et pour en revenir demain matin), nous regagnons notre C172. L'autonomie est vérifiée manuellement et se révèle conforme à nos calculs. Quelques minutes plus tard, nous décollons de la piste 11. Nous virons à gauche, cap au 321 sur l'atoll (anneau corallien enfermant un lagon) de Tupaï. Tupaï n'est distant que de 13 NM et nous le voyons très distinctement droit devant dès le décollage.
Cette île a été achetée depuis peu par le Territoire (donc par le contribuable) pour le bonheur des autorités locales et de leurs hôtes de marque (Toubon, Perben, Christophe Lambert pour ceux dont je me souviens) . Il a été décrété que le bas peuple n'avait pas droit de cité sur cette terre qu'il a pourtant payée... Et même si beaucoup de gens prennent les pilotes privés pour des nantis, ils ne sont pas encore jugés assez chics pour avoir accès à Tupaï et malheureusement, la piste n'est pas ouverte à la circulation aérienne publique.
Tupai
Piste de Tupai
Tupai et Bora au loin
Je me console cependant en regardant depuis 1000 ft ce magnifique endroit. Les cocotiers y sont superbement entretenus, une route en soupe de corail bien propre mais trop rectiligne à mon goût s'étend du nord au sud du motu principal.
Le tour de TupaÏ effectué, nous mettons le cap au 235, pour parcourir les 26 petits NM qui nous séparent de Maupiti (NTTP), nettement visible par cette superbe journée.
Je monte jusqu'à 3000 ft au milieu des quelques rares cumulus présents. Et dire qu'hier la météo annonçait un temps médiocre !
Maupiti depuis Tupai
Avant la descente sur Maupiti
Village de Maupiti
Maupiti est une petite île splendide, qui séduit tous ses visiteurs. A l'écart de Bora, plus connue, elle ne bénéficie pas de la renommée de sa voisine, mais pourtant, sa visite s'impose à tous ceux qui souhaitent découvrir une île authentique, polynésienne, et sacrément belle. J'ai pour ma part surnommé Maupiti la "Bora Bora des Schtroumpfs". Il est vrai qu'elle lui ressemble beaucoup, le lagon est magnifique, entièrement ceint par de larges motus. Le tour de l'île principale ne fait que 9km, et le petit village sympathique est surmonté par une falaise abrupte qui lui apporte une ombre bienfaisante passé 14h.
Pointe ouest de Maupiti
Vers la pension Maupiti Loisirs
Base main droite 08
Entrée du village
Village et passe de Maupiti
Sud de Maupiti
Maupiti fait partie de ces petites îles possédant une piste qui n'est visitée qu'une à deux fois par semaine par les ATR d'Air Tahiti. L'île se situe en dehors de la CTR de Bora Bora, mais n'est accessible aux VFR que lorsque la tour de Bora est active (c'est à dire presque toujours). Maupiti possède une fréquence propre très calme d'ordinaire, qui ne s'active que lorsque les ATR viennent, et sur laquelle l'agent Afis donne les paramètres. Un ATR arrivera dans deux heures d'ailleurs, mais je ne pense pas que l'agent est là. Libéré par Bora, je fais de l'auto-info consciencieusement en annonçant ma verticale à 1500 ft dans deux minutes, et quelle n'est pas ma surprise d'entendre 1 minute après mon message : "Novembre X-Ray Iaorana ! La 08 en service, dernier vent du 040 pour 8kt, QNH 1012, tu rappelles en base." Alors là je suis épaté ! Hé bien c'est bien sympa tout ça, même l'Afis est là pour nous accueillir. Avant de nous poser, nous faisons à nouveau un tour de cette petite merveille. J'avais prévenu par téléphone la propriétaire de la pension qui nous hébergera que nous ferions un tour avant de nous poser afin de nous signaler. En effet, à Maupiti aussi, la piste est sur un motu isolé (elle déborde même sur l'eau), et lorsqu'on arrive, il faut gagner l'île principale en bateau... ou à la nage !
Arrivé en base, je rappelle l'Afis, et je lui annonce que nous refaisons un tour, car le paysage est trop beau. Il se marre, nous dit de bien en profiter et de rappeler en base.
C'est la première fois que je reviens sur Maupiti depuis le terrible cyclone qui l'avait frappée en novembre 97. Les photos aériennes d'alors prises par un Gardian de l'Aéronavale étaient stupéfiantes pour ceux qui connaissaient l'île auparavant. Il n'y avait pas eu de mort, mais l'île avait été complètement dévastée. Depuis la nature exubérante des tropiques a repris ses droits, mais les maisons anticycloniques (et électorales...) qui ont fleuri un peu partout sont moins pittoresques que les "fare" traditionnels.
La finale en 08 à Maupiti est splendide. On survole le lagon, l'île sur la droite, des motus sur la gauche, et on vise le seuil de piste situé sur un remblais édifié sur le lagon. Les bleus défilent sous nos ailes, et il n'est vraiment pas évident de rester concentré sur le triptyque plan-axe-vitesse tant le spectacle alentour est fascinant. Malgré tout, je fais un arrondi plus qu'honorable. J'en suis tout heureux car il n'y a pas si longtemps, je n'arrivais pas à poser autrement que violemment ces foutus Cessna à ailes hautes et sans effet de sol alors que je n'ai jamais eu de gros problèmes avec les DR400.
Lagon au sud-ouest de Maupiti
En quittant le motu de l'aéroport
Crépuscule depuis le col de Maupiti
Nous regagnons le parking, là encore en prenant soin de nous ranger de façon à ne pas gêner l'arrivée de l'ATR42 qui va arriver dans une heure. Nous trouvons notre sympathique agent Afis, assis à l'arrière d'une camionnette bâchée avec ses deux neveux. Il était à la pêche en bout de piste lorsque tout surpris il a entendu notre message sur la fréquence. Il nous présente son matériel ; il est Afis, pompier, chef d'aérodrome, et simple pêcheur le reste du temps !
Pendant que nous discutons, notre hôte, alerté par le bruit de notre moteur, accoste sur le débarcadère de l'aéroport. Nous embraquons pour regagner la terre ferme et notre pension. En chemin ; panne moteur du bateau ! Heureusement que c'est arrivé en bateau et non pas en avion… Nous profitons de cette fin d'après midi pour effectuer un tour de l'île en vélo avant de rentrer dîner dans notre sympathique mais rustiquissime pension de famille.
Cela fait très chic de discuter le soir à table avec deux autres couples de métropolitains en vacances, qui ouvrent de grands yeux quand ils apprennent que nous sommes arrivés avec "l'avion qu'ils ont entendu tout à l'heure" Inévitablement au bout d'un moment la question fuse, "et c'est cher de louer un avion comme ça ?". J'annonce dans les 16 000 xpf de l'heure (880 FF) à la dame qui me l'a demandé. Et quelques instants après je la corrige, car elle n'en revenait pas ; elle croyait tout simplement que j'avais loué l'avion 880FF x 24h ! Elle comprend alors que je ne suis pas un émir et se rassure lorsque je lui dis qu'on ne paye que les heures volées, à la minute près !
Le lendemain matin, le ciel bleu est à nouveau au rendez-vous et c'est encore une journée très ensoleillée qui s'annonce. Nous prenons un petit déjeuner fort copieux dans le jardin tout en savourant pleinement ces instants bien agréables. Deux jeunes polynésiens nous amènent à l'aéroport en bateau, puis s'en retournent sur l'île. Nous sommes alors seuls sur le tarmac, dans un silence total juste troublé par le grondement des vagues qui se brisent sur le récif.
Ces instants sont magiques. La météo est au top, la température pas encore trop chaude à cette heure de la journée, le cadre est grandiose ; que demander de plus. Sans empressement, nous préparons avec minutie notre avion. L'autonomie est soigneusement vérifiée, et à nouveau concordante avec nos calculs. Nous décidons de faire route sur Bora pour un dernier touché, avant le retour sur Raiatéa.
Retour à l'aéroport le samedi matin
NTTP rien que pour nous
Prévol au petit matin de Maupiti
Le décollage se fait à nouveau en 08 et à 500 ft, je vire à droite afin de refaire un tour de l'île. Deux raisons à cela ; la première, c'est que c'est beau, et la deuxième, c'est qu'il nous faut monter un peu en restant au-dessus de Maupiti avant d'espérer capter Tahiti Contrôle pour activer le plan de vol. Nous repassons au-dessus de notre pension de famille, puis à la verticale de la piste. Sur Tahiti Contrôle j'entends un ATR qui est dans la région, mais je ne capte pas le contrôleur qui lui est à Tahiti. Tant pis, j'essaie Bora Bora, rien non plus ! Du coup je vérifie la radio et j'espère que je n'ai pas tripoté par mégarde ces foutus boutons "speaker, phone". Finalement je tente d'appeler la tour de Raiatéa, et là, je reçois le contrôleur comme s'il était à côté de moi. Il appelle Bora au téléphone, et me dit de les rappeler dès maintenant. Le contact est enfin établi avec Bora ; nous sommes les seuls dans le coin pour l'instant, et il devait être parti en pause café !
Il me demande de rappeler en vue ; elle est bonne celle là, mais par un temps comme ça on voit presque l'Australie, alors bien sûr que je suis en vue. "Bon, hé bien rappelez-moi pour descendre."
Pour le plaisir des yeux, nous montons à 5500 ft, puis nous nous laissons descendre sur une très longue finale 11. Nous sommes autorisés au toucher très tôt car nous sommes les seuls dans le circuit. Le temps est magnifique, Bora rien que pour nous ; le grand pied !
Village depuis 2000 pieds
On quitte Maupiti et on met le cap sur Bora
Bora depuis le FL055
Maupiti s'éloigne
Longue approche sur Bora
Longue finale 11
Après le toucher, nous remettons le cap sur le nord de Tahaa, et de là, nous redescendons sur Raiatéa pour un complet.
Finale 11 à Bora
Redécollage de Bora, le Méridien en bas
Récif est de Bora avec l'hôtel Méridien
Au parking de l'aéro-club, nous retrouvons le président et l'instructeur quittés la veille. Ils lisent dans nos yeux que nous sommes repus de beaux paysages. Eux, ils volent ici à longueur d'année, mais malgré tout, ils ne semblent pas s'en lasser. Nous échangeons quelques anecdotes sur la région et sur l'histoire du Novembre X-Ray. Il en a fait cet avion ! Il s'est même posé il y a quelques années sur le terrain désormais abandonné mais encore visible situé sur le motu Naonao, tout au sud de Raiatéa. Le président du club, à la retraite maintenant, était entrepreneur, et il s'est lui-même longtemps servi de cet avion pour se rendre sur des chantiers à Maupiti ou Tupaï, à une époque où les transferts inter-îles n'étaient pas faciles.
Verticale Patio Tahaa
Baie de lHaamené et Traiatea au loin
Patio et Bora derrière
   
 
Baie de Haamené Tahaa
 
Voilà, c'est ainsi que s'achèvent 3h18 de grand bonheur. Le retour sur Tahiti se fera en ATR42, sans pouvoir aller visiter le poste, mais bon, nous avions eu notre dose de spectacle aérien !
Il me tarde de retourner un week-end à Raiatéa, de retrouver "Novembre X-Ray" et d'évoluer à nouveau dans ces paysages splendides, ne serait-ce que pour me confirmer que je n'ai pas rêvé !
Stéphan
NTAA
 
 
 

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