Au pays de Nessie

29 septembre 2001. Cinq jours devant nous, c’est décidé, nous partons pour le nord de l’Ecosse, à l’assaut des îles Orkney.

30 septembre 2001. Quatre jours devant nous, la météo a décidé, nous partons pour la Corse.

20 avril 2002. Le tenancier du café de la plage de Barra, quelque part dans les Hébrides écossaises,  décide d’organiser un fly in auquel participent des pilotes de la liste anglaise. Tous se réjouissent d’avance à l’idée de se  poser sur une plage. Mais le temps s’avère exécrable, aucun des Pirates anglais n’arrivera à rejoindre Barra (photos et récits sur http://homepage.ntlworld.com/jonathanh_smith/).

6 mai 2002. Les Corsaires français préparent  leur revanche. Armés de sept cartes au 500.000ème couvrant la Grande-Bretagne du sud au nord et d’est en ouest, de quelques mètres de scotch fluo, ils tirent des traits pendant que le chat calcule les caps avec la ficelle du rapporteur.

8 mai 2002. Charlie Mike décolle de Toussus pour Blackpool, première étape douanière située quelque part au-dessus de Liverpool. La visibilité est réduite par la brume, le bleu de la Manche est semé de bateaux montant et descendant le rail, mais les Volmet confirment les prévisions : le sud de l’Angleterre est noyé sous un brouillard humide et rampant. Déroutement donc vers l’ouest, car grâce au prévisionniste qui nous a bien briefés avant le départ, nous savons que c’est plus clair par-là. Southampton, Bristol, nous yoyotons autour des nuages encore fragmentés et pataugeons toujours dans la brume. Cap au nord de Cardiff vers Liverpool, c’est la couche soudée mais les Volmet nous assurent que c’est dégagé plus haut (enfin, moins bouché). Londres Info et Manchester Radar s’occupent admirablement de nous en nous autorisant un niveau de vol IFR au-dessus de la couche sans que nous n’ayons rien demandé et en nous évitant d’emplafonner les zones. Le trou annoncé nous permet de descendre à Blackpool en VFR, et c’est un peu épuisés après 3 heures de vol à faible visibilité que nous posons les roues de Charlie Mike.

Coup de fil à Oban, notre destination de ce jour, à 600 NM dans le nord-ouest de Toussus : le soleil nous attend et il a un fort accent écossais.

Redécollage pour 2h30 de vol en conditions encore un peu éprouvantes. Nous traversons le Solvay Firth, large bras de mer qui marque la limite avec les Lowlands écossaises, à 1200ft sous les barbules, puis décidons de suivre les détours de la côte faute de pouvoir couper à travers le relief qui ondule entre 1.500 et 3.000ft. Travers Prestwick et l’île d’Arran que nous ne verrons pas, le soleil apparaît à travers les nuages et c’est comme une renaissance. L’espoir revient avec le plafond qui monte et les rayons qui allument d’un clin d’œil la rondeur bleutée d’un lac ou la blancheur soudain éclatante d’une ferme. Plus de déroutement à prévoir sur un terrain improbable comme West Freugh où personne ne nous attend, ni aujourd’hui, ni demain... sauf les moutons, qui parsèment le paysage tels des grains de sel échappés d’une salière en folie et disséminés au gré du vent.

Nous pouvons enfin profiter du paysage extraordinaire de la côte nord-ouest de l’Ecosse, entre lochs aux doigts crochus et îles sauvages qui surgissent de la brume comme des icebergs mordorés. Des hameaux isolés s’accrochent à la côte, à peine reliés au monde par un filet de route.

Nos yeux s’habituent maintenant à reconnaître ce dédale d’eau gris bleu glacé et de terres rugueuses, ici le Loch Fyne, là le Sound of Jura, puis le Firth of Lorn où se cache le terrain d’Oban.

Message à Oban, une voix chaleureuse nous recommande de rester haut pour éviter les jets militaires qui font du radada. Cherchons un aplat, le terrain est là ! Circuit raccourci en 20 pour éviter la colline en base, et nous voilà posés en Ecosse, au pays de Nessie.

L’accueil de Paul Keegan, manager du terrain, est aussi sympathique que ce que nous en ont dit les colibris anglais bloqués là en attente de Barra. Un thé, des cookies, même une place de hangar puisque Paul a convoyé la veille son Mousquetaire G-OBAN à Perth pour une visite… Nous savourons la vie, le soleil délicieusement tiède en discutant d’avions et d’hommes, contemplant le Firth of Lorn et l’île voisine de Mull dont la quiétude est à peine troublée par le passage des Tornados à 500 noeuds et 50 mètres/sol.

Jeudi 9 mai

Nuit tranquille dans un bed & breakfast d’Oban, et au réveil notre hôtesse nous montre le journal local : Paul Keegan souriant devant son Mousquetaire. Le magazine Flyer vient d’élire Oban meilleur terrain d’aviation générale de Grande Bretagne en 2002, une reconnaissance méritée du travail accompli par ce passionné qui décuplé le nombre de mouvements annuels à Oban en l’espace de quatre ans, avec des cookies, de l’essence et un grand sourire écossais.

Nous apprenons vite qu’en Ecosse septentrionale prendre une météo pour prévoir le temps qu’il fera est plutôt vain. Seuls les METAR ont une quelconque utilité, tant il est vrai qu’en l’espace d’une heure vent, nuages et précipitations peuvent changer du tout au tout et que la localisation des centres de hausse et basse pression varient de façon significative d’un modèle de prévision à l’autre. En un mot, par ici c’est le grand bouillon, aussi comme nous avons 4000ft de plafond et plus de 10km de visi, il est temps de partir à Barra pour profiter de la marée basse !

La consultation de la carte du terrain qui commence à se corner tant nous l’avons tripotée par anticipation ne nous apporte que des questions supplémentaires… Les trois pistes sont identifiables sur le sable mouillé par des marqueurs situés à chacun des seuils. Peter Brown, organisateur du malheureux fly in d’avril, nous a prévenus : « Ne vous inquiétez pas, de toute façon vous ne verrez pas les marqueurs, posez-vous face au vent, c’est tout ! »

A moitié rassurés, nous décollons d’Oban, saluons Paul sur la fréquence et mettons le cap sur Barra. D’abord le Sound of Mull, puis le survol du terrain en herbe de Glenforsa, sur l’île de Mull, avant de tirer sur l’île et le terrain de Tiree pour limiter le survol maritime. Scottish Information s’inquiète pour nous. Sur son écran le contrôleur voit un petit point lent, Charlie Mike, et tout autour six spots en folie : ce sont des Tornados en balade en dehors de toute zone militaire. « Staying above 2000ft and looking for traffic, Charlie Mike ». Tu parles ! Une mouette géante fait une montée verticale des vagues vers 6000ft avant un break élégant en direction des nuages… mais l’abordage ne sera pas pour aujourd’hui. L’île plate de Tiree, l’un des coins les plus ensoleillés d’Ecosse mais aussi des plus venteux, est le paradis des wind surfers. Et enfin, là bas sur le capot, un ramassis de cailloux avec un liseré beige clair : Cockleshell Beach, la plage, heu non, la piste de Barra !

Nous survolons la piste d’une aile dubitative à 1.000ft pendant que Barra Radio nous informe que « Runway is wet and damp ». La plage est vaste, un vrai champ d’aviation, mais elle est encore revêtue d’une nappe d’eau qui reflète l’humeur maussade des nuages. Nous nous questionnions d’un coup d’œil : allons-nous vraiment poser les roues sur cette surface liquide ? Oui, nous sommes venus de loin rien que pour ça ! Reste encore à trouver les marqueurs fluo qui matérialisent les « pistes »… Trituration oculaire, ça y est, j’en vois un, deux, trois, c’est bon, la « 07 » en service se termine face au goulet entre deux îles, pratique pour s’axer. Vent arrière sur la plage aux eaux turquoises festonnées de blanc, étape de base sur la colline, arriver bas au ras du marqueur, le nez haut, attention,… ça ne fait ni schplouf ni schboeing, nous rebondissons légèrement sur les vaguelettes de sable que la marée descendante a tracées, mais rien de plus, Charlie Mike a fait son premier atterrissage sur plage !

Bonjour aux demoiselles de la tour, aux nombreux pompiers très bien équipés. Toutes ces installations semblent disproportionnées pour une plage de sable et de coques qui accueille deux fois par jour un Twin Otter en rotation Glasgow-Barra-Benbecula-Stornoway et retour.

Autour d’un thé et d’un excellent cake à la noix de pécan, nous faisons la connaissance de Peter Brown, organisateur du fly in d’avril et promoteur de l’aviation légère à Barra, même si cela n’enchante pas la Highland & Islands Airport Limited qui gère la majorité des terrains du coin.
Peter est un homme fin et cultivé qui connaît très bien son île et nous convainc de rester pour la découvrir. Aussi nous allons parquer l’avion au sec, là où la marée n’atteindra pas la plage, à côté d’un Piper Cub malheureusement accidenté au roulage lors du fly in par une rafale de 45kt. Cela nous permet de constater qu’un avion c’est comme une voiture, ça s’ensable facilement. Au moins, Charlie Mike ne bougera pas de la nuit !

Peter nous loue une petite voiture et nous partons explorer Barra (Eilean Barraigh en gaélique) sous un soleil insolent. Les routes de Barra sont étroites, à passage unique, et monopolisées par les moutons et les vaches. Les rares véhicules se croisent sur des « passing places », dans un ballet surprenant dont nous apprenons vite à déchiffrer le rituel.

L’île est un petit paradis exquis, avec de langoureuses plages aux eaux turquoises, des agneaux au museau noir et mutin, des ruines et pierres dressées témoignant d’un habitat celtique très ancien, des nappes d’iris sauvages pas encore fleuris coulant vers la mer… Au dîner dans le village de Bagh A Chaisteil, face au château médiéval de Kisimul planté sur son caillou dans la baie, nous ne pouvons faire autrement que de goûter aux cockles (coques) ramassées ce jour sur la plage de l’aéroport avant de nous enfouir sous la couette du bed & breakfast le plus proche.

Vendredi 10 mai

Le ciel est franchement écossais ce matin, il prend toutes les lueurs et les intensités de la palette céleste, de l’antillais au ouessantin… Bonjour à la tour, où les gentilles demoiselles un peu dépassées par  nos demandes nous abandonnent leur connexion Internet pour une prise de météo locale. BKN à 3.500ft, SCT 500ft, averses… rien qui ne nous empêche de décoller pour Stornoway, tout au nord des Hébrides, dernier avant-poste avant la traversée de l’Atlantique (pas au programme pour nous cette fois !)

Charlie Mike accepte de quitter son parking de sable et nous roulons vers le point théorique du seuil de piste « 25 »en laissant atterrir le Twin Otter.  Nous ne sommes sans doute pas au bon endroit, car les 1500m de piste annoncés semblent plutôt réduits à 600m. Pieds sur les freins, roulage à rebonds sur les vaguelettes de sable, Charlie Mike s’arrache avant la butée, merci le pas variable et les 180cv… Dernier coup d’œil à Barra, cap au nord pour un survol de South Uist, joliment agrémenté de nuages bas. Nous passons à la verticale de Benbecula, terrain où certains des Pirates anglais passèrent des heures lugubres à regarder la pluie tomber à l’horizontale sans pouvoir décoller pour Barra. North Uist (l’île du nord) puis nous longeons l’île de Harris et celle de Lewis jusqu’aux installations conséquentes de Stornoway (Steornabhaigh), où notre arrivée réveille un terrain que seules les mouettes survolent aujourd’hui.

Deux parqueurs jaunes fluo nous guident jusqu’au parking où nous ravitaillons en essence. Nous indiquons à l’essencier que nous avons demandé un tuyau pour laver l’avion du sel de Barra. Pas de problème, nous dit-il, les pompiers arrivent ! Effectivement deux énormes camions armés de six pompiers tout équipés débarquent pour… laver Charlie Mike ! Moment d’hilarité intense, apparemment ici tout le monde s’ennuie et nous sommes la diversion de la journée.

Cela se confirme à la tour où les deux contrôleurs expliquent carte météo en main à la femme de ménage qu’elle pourra aller à la pêche ce week-end car il fera beau. J’en profite pour lire les TAF et METAR du coin. Inutile de chercher à aller aux îles Orkney, le nord-est de l’Ecosse est sévèrement bâché et seul le coin où nous sommes est à peu près épargné.

Nous redécollons vers le sud-est et l’île de Mull (Eileanan Mhuile en gaélique), célèbre pour la beauté et la variété de ses paysages. Le plafond est à 1500ft, des nuages hostiles étouffent les sommets de l’île de Lewis pendant que Scottish Info nous suit d’une oreille distraite. Des bancs de stratus s’accrochent aux falaises comme des écharpes délétères. Island hopping, nous sautons de Canna à Rum, de Muck à Eigg et revoici le Sound of Mull. La piste en herbe de Glenforsa est grasse et Charlie Mike se bat avec les pâquerettes. Après la mer, la campagne…

Le manager du terrain sort de sa caravane pour nous annoncer le grand événement de demain, un tournoi de rugby qui mobilise toutes les capacités hôtelières de cette partie de l’île. Aussi nous enfuyons-nous en voiture vers Fionnphort, à l’opposé du stade de rugby.

Un voyage en Ecosse ne pouvant s’envisager sans la visite d’un château, nous allons chasser le fantôme à Duart Castle, du clan Maclean, dont les pierres millénaires règnent lugubrement sur le Sound of Mull. Un thé chaud et un banana cake sont indispensables pour nous remettre de cette ambiance de cachot humide.

La route toujours étroite nous mène pendant 50 miles à travers un paysage de collines désolées où l’on compte cinquante moutons pour une habitation croisée. Le ciel tourmenté laisse parfois échapper un rai de soleil qui illumine tel une apparition céleste l’eau glacée des lochs. Arrivés à la pointe sud-ouest de l’île, à Fionnphort, le vent souffle violemment et nous donne une bonne excuse pour faire comme le reste de la population, nous réfugier au pub et goûter le whisky de Mull !

Samedi 11 mai

Réveil sous un extravagant ciel de traîne où les cumulus défilent sur un paysage éclatant ; le vert de l’herbe, le bleu de la mer, le rose des falaises de granit et le blanc du sable se répondent en une symphonie claironnante qui réveille toutes les couleurs du monde.

Nous abandonnons tout de suite l’idée de prendre le ferry pour visiter Iona, l’île d’en face, et son abbaye, pour retourner au terrain et, vite, voler. La « scenic route to Salen » est superbe, parcs à saumons dans le loch, moutons évitant soigneusement de brouter les iris trop amers… Charlie Mike est aussi impatient que  nous de quitter ses pâquerettes pour aller goûter les plaisirs de ce ciel endiablé.

Nous improvisons une destination, Inverness, prétexte à traverser les Highlands écossaises d’abord d’ouest en est, en longeant la côte jusqu’à Ullapool, puis d’est en ouest, le long du Great Glen.

Le ciel est agité de noires humeurs sous notre aile droite, au-dessus du relief, et hésite entre averses de pleurs et rayons de joie sous notre aile gauche, sur le Sound of Sleat. Nous n’avons pas assez d’yeux pour absorber la splendeur démesurée des paysages sauvages qui nous entourent, ondulations de brun et d’ocre mêlés, lacs bleu glacial, plages lumineuses, sommets empoudrés de neige, tiens un sous-marin pas très furtif qui émerge de l’eau… voilà pourquoi la zone était interdite en dessous de 1500ft.

Vers le nord le relief s’abaisse et irrite moins le ciel, aussi nous suivons une rivière qui serpente dans une vallée verdoyante jusqu’à Inverness, dont les champs de colza exultent d’un jaune jubilatoire. Posés en 30 pour une pause déjeuner avant de repartir vers Oban via… le Loch Ness !

Ce fameux loch marque le début du Great Glen, la faille qui sépare les Highlands en deux entre Inverness et Oban, formée de trois lochs reliés entre eux par le Caledonian Canal que les bateaux remontent grâce à une succession d’écluses pour passer de la mer du Nord à l’océan Atlantique.

L’air est turbulent, avec 25 à 30 noeuds de vent de face, et nous remontons lentement le Loch Ness à la recherche de son célèbre locataire. A défaut de Nessie, nous trouvons le château d’Urquhart sur la rive droite du loch. Les écluses se suivent, nous emmenant de loch en loch dans un enchaînement de sommets farouches dominé par Ben Nevis, 4.400ft, le point le plus haut point de toute la Grande-Bretagne. Seule sa barbe blanchie de neige apparaît sous sa couronne de nuages menaçants.

Le dernier loch s’ouvre enfin sur la mer libre. Nous passons sur la fréquence d’Oban, très animée, où hélicos et avions se battent pour la vent arrière. Paul Keegan nous salue d’un « Emmanuel and Anne, welcome home » qui nous réchaufferait le cœur si  nous en avions besoin.

Aujourd’hui Paul aborde un bonnet rouge à grelots et bondit partout pour répondre à la radio, servir le café, encaisser la taxe et l’essence, répondre aux multiples questions de la quinzaine de pilotes en transit pendant que cinq avions remontent la 20 à la queue leu leu et que trois R44 se posent pour ravitailler.

Nous cherchons un dernier terrain où poser nos roues cette nuit, mais les aérodromes gérés par Highland & Island Airport Limited sont fermés le samedi après-midi et le dimanche. Une combinaison hasardeuse du Pooley’s, du Lonely Planet Scotland et d’une compilation personnelle des terrains sympas en provenance de la liste anglaise nous amène à choisir Gigha île minuscule de 6 miles de long sur 1 mile de large, qui possède un terrain en herbe presque aussi grand que l’île. Gigha (prononcer gui-ha) appartient à la communauté formée par ses habitants depuis la mort du landlord propriétaire.

En route donc, derniers adieux à Paul et à Oban (nous reviendrons !) et décollage vers Gigha. Le ciel dégagé décore les reliefs des îles de cumulus bienveillants, et seules les trois bosses caractéristiques des « Paps of Jura », chères aux randonneurs, nous rappellent que nous ne sommes pas aux Antilles, mais dans les Hébrides. Scottish Information nous demande si le week-end se passe bien… après avoir vu un truc bizarre (un Whisky Alpha 54 immatriculé en F !) sauter d’île en île pendant ces quelques jours. La ligne droite ne nous inspire toujours pas et nous tournons en rond sur l’île de Colonsay pour trouver la piste en herbe (si si, c’est le terrain, je vois les marques blanches – ah non la marque blanche a bougé, c’était un mouton !), sur Islay pour trouver le terrain (facile, trois pistes en dur, fermées et sans manche à air…) avant de tirer presque à regret sur notre destination finale.

Scottish Information nous demande s’il y a une party ce soir à Gigha ; en effet nous sommes le deuxième avion à nous y poser en cette fin d’après-midi.

Pas de party à notre connaissance, aussi nous quittons Scottish pour atterrir sur l’herbe touffue de Gigha et nous garer à côté d’un Cessna 172. Le terrain est encadré de trois côtés par la mer et du quatrième par des moutons paissant tranquillement dans la lumière encore haute du soir. Cap sur le bed & breakfast, puis petite balade à vélo avant de rencontrer par « hasard » au seul pub de l’île Gary, le pilote du 172.

21h30, pendant le dîner, le vrombissement sauvage d’un O320 en passage bas au-dessus de l’hôtel nous surprend entre haggis et crabe. C’est le contrôleur de Scottish Info à qui nous avons parlé tout à l’heure qui vient de Glasgow se poser 5 minutes avant la nuit aéronautique pour la « Gigha Party ».
Inutile de dire que quand nous découvrons qu’Hamish était à Minden Tahoe quelques semaines après nous et qu’il a loué le même Cessna 9RY que celui qui nous a promenés au Lac Tahoe et à Death Valley en janvier, la Guinness et le scotch se mettent à couler de plus belle et la Gigha party prend un certain allant jusqu’à minuit, heure à laquelle on arrête de servir les pilotes… et les autres.

Dimanche 13 mai

Un tout petit cumulus rose signale que le soleil se lève sur Gigha. Je saute du lit (à 5h30 !) pour aller profiter de la splendeur de l’aube qui réveille doucement l’île. Sur mon petit vélo je croise un campeur enfoui dans son sac de couchage blanchi par le gel : c’est Hamish qui n’a pas eu le courage de monter sa tente hier soir.
Balade paisible dans l’île, je profite du calme matinal avant le débarquement des touristes du ferry pour visiter seule avec les petits zoziaux les jardins d’Achamore où fleurissent éclatantes azalées et rhododendrons en boutons.

Petit déjeuner consistant pour les pilotes qui décident d’une marche réparatrice jusqu’au terrain afin de dissiper les derniers relents de party. Séance photo, puis le PA28 d’Hamish décolle pour Glasgow, Charlie Mike le suit pour Compton Abbas pendant que Gary met en route le Cessna 172 qui rentre aussi sur Glasgow.

C’est la fin d’un fabuleux voyage, et nous quittons à regret l’Ecosse aux humeurs changeantes et fascinantes. La traversée du Solvay Firth par grand CAVOK manquerait presque de charme même si cette fois nous voyons clairement l’île de Man. Scottish Information nous laisse partir vers l’Angleterre avec un « au revoir » en français dans le texte.

Trois heures plus tard, atterrissage(s) à rebond à Compton Abbas pour refueler et déposer le plan de vol. Pas de Yak aujourd’hui, ils sont en meeting, mais l’Extra 300 anime le ciel du Dorset en répétant le programme connu avancé de voltige.

Charlie Mike se repose à Toussus quelques 22 heures de vol et 2800 nautiques plus tard, après un dernier gag – NATS, l’organisme de contrôle aérien anglais, récemment privatisé, a rentré notre plan de vol pour LFPV, Villacoublay (terrain militaire, interdit, non douanier), en IFR, au lieu de LFPN, Toussus, en VFR… Tout s’arrange et nous rentrons avec des centaines de photos, de nouveaux amis…et une furieuse envie de retourner là-bas, au pays des cieux changeants et des brumes enchanteresses, au pays de Nessie.

Anne-Céline
Mai 2002

Les photos
Le côté pratique
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