Rasez les Alpes, qu’on voie la mer !
(vieux slogan lausannois soixante-huitard)

A force d’en rêver, certaines destinations, pourtant pas si lointaines, deviennent mythiques. Parfois c’est la météo qui nous empêche d’y aller, parfois c’est le manque de temps, parfois c’est un problème mécanique.

Venise San Nicolo était jusqu’il y a peu une de ces destinations : on y avait souvent pensé, on avait essayé une fois récemment, mais la barrière de nuages sur les Alpes nous avait fait rebrousser chemin.

Je n’étais allée qu’une seule fois à Venise, en plein mois de décembre il ya quelques années, avec un vol de ligne. Et je gardais un souvenir ébloui de la lagune en fin d’après-midi, depuis le hublot de l’avion. Je m’étais promis d’y retourner une fois avec la KAFetière.

Lundi en fin de journée, les conditions étaient parfaites : un anticyclone sur les Alpes, exactement ce qu’il faut.

- H-AF, vol VFR pour Samedan, demande montée dans la TMA.
- H-AF, quelle altitude désirez-vous ?
- H-AF, FL 115.
- Ah… eh bien on va commencer par 6000 ft QNH, H-AF.

Cela ira, d’autant que la KAFetière ne grimpe pas vite (on s’en apercevra encore plus le lendemain matin à Samedan).
 
 

Roulage 05 Gnèèève White Mountain
Roulage 05 Genève : le truc blanc qui pointe son nez derrière le terminal, c’est le Mont –Blanc On est bien à Genève : le jet  d’eau et au fond, le Salève, terrain de jeu des pilotes de chiffons Le Mont-Blanc, en entier cette fois

Superbe premier vol d’Alpes : à droite le Mont-Blanc, devant nous les Dents du Midi, puis le glacier des Diablerets, le glacier d’Aletsch avec le Mönch, la Jungfrau et l’Eiger, puis le glacier du Rhône. Les glaciers sont assez grisâtres en été : la fonte des neiges révèle la couche de poussière due souvent à la pollution. Le massif du Gothard apparaît bientôt, suivi par le San Bernardino. Là, on est vraiment au coeur des Alpes, aux confins de la Suisse, de l’Italie et de l’Autriche : le massif du Gothard, toit de l’Europe, source du Rhin, de l’Aar, du Rhône, de l’Inn et du Tessin, pour ne citer que les plus importants. Ciel bleu, magnifiquement dégagé.

Arrivée au col de l’Albula, à 11000 ft : on se fait un peu secouer. Samedan-Saint-Moritz est juste derrière ce col. Prenez une carte, vous verrez que la vallée de l’Engadine est bien cachée dans ces montagnes. Ici, on parle la quatrième langue nationale, le romanche, un mélange de latin, d’allemand et de je ne sais quoi encore. 100’000 personnes chérissent leur langue. Elle n’est pas langue officielle – donc les documents officiels n’ont pas à être traduits dans cette langue – mais son statut de langue nationale lui permet d’être enseignée dans les écoles, d’être acceptée dans la correspondance officielle et de bénéficier de subventions.

Samedan, 5600 ft. Le plus haut aéroport d’Europe, une piste de 1800 mètres. L’hiver, c’est le paradis des petits jets qui amènent le vendredi soir les heureux et aisés skieurs blêmes de la vie citadine stressante et les réembarquent le dimanche soir vers Paris, Rome, Genève, Zurich, Amsterdam, Londres. L’été, c’est le paradis des planeurs. Aujourdhui lundi 31 juillet, c’est le nôtre.

On s’annonce à la tour et on atterrit après un 360 dans la vallée pour perdre de l’altitude. L’aéroport fermant à 19h00, on s’active pour faire les pleins pour le lendemain et pour payer la taxe d’atterrissage. Puis on range soigneusement l’avion avant de s’occuper de notre ravitaillement et hébergement. Nuit sans histoire.
 

Aletsch Engadine Samedan Samedan
Comment ça, il n’est pas propre, mon glacier ?
(glacier d’Aletsch, au fond Jungfrau et Eiger)
La vallée de l’Engadine, à mi-hauteur la piste de Samedan La piste, vue sur l’est. La piste vue sur l’ouest. Il y a partout des montagnes.

Le lendemain matin, réveil évidemment plus tardif que prévu. On retrouve l’avion et on se prépare pour 120 NM jusqu’à Venise. Encore un vol d’Alpes. A 120 kt, il nous faut normalement une heure. En fait, entre la montée à Samedan, les divers détours dans les vallées et la route standard à Venise, on mettra 108 minutes. La météo est bonne. Par contre le décryptage de l’arrivée à Venise s’avère laborieux. Entre la carte Jeppesen et la carte VAC, on finit par comprendre qu’il y a une route standard de Vicenza à Venise San Nicolo. On savait déjà vaguement qu’il était difficile de négocier des altitudes dans le nord de l’Italie. On décide donc de faire un maximum de trajet dans les Alpes, là où la TMA de Milan n’impose pas d’espace A – interdit VFR - ou D, dans lequel le contrôle ne laisse pas les VFR, même équipés d’un transpondeur, dévier des routes standards à 1000 ou 2000 ft.

A 11h00, décollage de Samedan. A cette altitude, avec les bagages et les réservoirs pleins à ras-bord, moteur bien mixturé, la distance de décollage est presque de 1 km… On ne s’énerve pas ! Après le décollage, il va falloir rejoindre le vent arrière pour faire quelques tours dans la vallée pour monter, avant de prétendre passer le moindre col. On ne s’énerve toujours pas, on tourne bien à plat, on exploite le moindre thermique et après trois tours, on a gagné 4000 ft. De quoi passer le col de la Bernina. En descendant sur Tirano, on voit distinctement l’endroit où le train fait des boucles le long de la montagne ; apparemment, c’est un parcours célèbre dans le monde du chemin de fer. Un peu plus bas, Tirano. La mer de nuages qui s’étend au sur de Tirano nous oblige à partir un peu vers l’est, puis à descendre une vallée. Finalement, on passe Trente où on est pris en charge par la zone de Padoue. L’itinéraire sera VOR de VIC, puis NDB de Padoue, puis Piove di Saccho, puis Chioggia. Ensuite, contact avec la tour de Venise Tessera (le grand) et enfin en information sur la fréquence de Venise Lido San Nicolo. Ça, c’est le côté technique.

Au niveau paysage, c’est à couper le souffle dès qu’on approche de Chioggia – petite ville au sud de Venise. En fait on contourne Venise et on arrive sur le Lido par les bandes d’iles qui ferment la lagune au sud. Magnifique : on découvre le Lido, puis Venise elle-même, avec la Giudecca et l’ile de San Giorgio, au loin Murano, Torcello, Burano, etc… Mestre – si laid – est noyé dans la brume au fond. On ne survole pas Venise directement mais on la voit bien, notamment la place Saint-Marc et surtout le Grand Canal et l’immense bassin de l’Arsenal.  Vraiment la lagune vaut le coup d’oeil. Et nous avons eu de la chance, le temps n’était pas trop brumeux.
 
 

Venise La lagune San Nicolo
Venise et la lagune Encore Venise, la Giudecca. Au fond Murano et Burano. Devant en long, le Lido Aérodrome de San Nicolo, bucolique-terreux

Atterro sans histoire au Lido – enfin, il faut quand même freiner un peu parce que la mer est au bout ! Paiement de la taxe, passage de la douane, clôture du plan de vol. Puis un petit quart d’heure à pied pour aller prendre le bateau-bus pour Saint-Marc. Cet aérodrome est tout à fait charmant. Il a dû connaître ses heures de gloire et paraît un peu vieillot et déserté maintenant.

Le bateau-bus nous amène à Saint-Marc en dix minutes. Vous imaginez bien que Venise au mois d’août, il y a un monde fou. Comme nous n’avions de toute façon pas prévu de nous attarder à Venise – nous savions qu’il y aurait la foule – nous avons repris un vaporetto sur lequel nous avons dégusté nos glaces, confortablement installés à l’avant. Il a remonté le Grand Canal tranquillement, nous laissant ainsi le temps d’admirer les palais – certains un peu déglingués – puis a longé la Giudecca.

Nous sommes rentrés à Genève en fin d’après-midi, par Vicenza, lac de Garde, lac de Côme, Lugano, Simplon, Dents du Midi, sans histoire, en volant à 12000 ft sur le versant italien des Alpes (si on passe par Bergame et Verone, il faut rester entre 1000 et 2000 ft). Encore un autre vol d’Alpes, tout aussi magnifique.

Arrivée à Genève à 20h00, on était parti depuis 17h00 la veille, on avait volé 6 heures au total et le soir je tanguais encore dans mon lit. On a bien remercié l’avion, on l’a nettoyé-rangé et on est rentré se coucher.

J’ai mis 48 heures pour atterrir, on s’en est mis plein les yeux et on y retournera.

Maïté
 
 

Col du Simplon Le caillou noirâtre au milieu, c’est le Cervin


Samedan pratique :
- www.samedan.ch avec un lien sur l’aéroport
- taxe d’atterrissage 25 CHF, parking pour la nuit CHF 23
- hôtels sur le site Web, prix et confort suisses
- aéroport à 10 minutes à pied du village. Pas de frais de taxi
- café-restaurant – sans prétention – sur l’aéroport
- essence plus chère qu’à Genève (mais il est vrai que c’est au bout du monde et que ce n’est pas le moment de tomber en panne)
- le monsieur du follow-me est souvent juché sur un vélo, duquel il guide les tagazous
- gare à 10 minutes de l’aéroport à pied. Trains réguliers pour Saint-Moritz et Pontresina et le Parc National Suisse

Venise pratique :
- aérodrome douanier sur demande. Téléphoner une heure avant au + 39 041 260 67 08. Sauf erreur, les Italiens appliquent Schengen. Mais nous venions de Suisse…
- taxe d’atterrissage, environ 32 CHF
- vaporetto jusqu’à Venise et retour, 10 000 LIT. Carte journalière 18 000 LIT.