Lire l'histoire
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| Aucun doute sur l'immatriculation de la bête. | Ombre de verrière de Sirocco. | Marais salants toujours. | L'île de Ré, longue et étranglée. | Aile de Poil. |
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| Résultat des courses Willy fait la tronche | Et Candy le snobe | Laissons Saintes pour un décollage à destination des Sables d'Olonne. | Survol... d'Oléron (le même pertuis de Maumusson) | ... Ré |
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| Vauban a imprimé sa marque polygonale à l'île de Ré. | Nuage sur marais salants. | Arrivée sur les Sables. | La piste des Sables. | Sirocco aux Sables. Qui a dit que le coffre était tout petit ? |
Le Sirocco (biplace en tandem dessiné par Marcel Jurca) est un très joli navion, mais pour moi, il a un gros défaut : il n'est pilotable qu'en place avant (sur le F-POIL, toutes les pendules + mixture + contacts + commandes de train sont devant, il reste vario, compas, badin derrière).
Ce qui veut dire que je suis réduite, en
tant que non-propriétaire-non-constructeur-non-assurée dudit
navion à jouer les
potiches en place arrière. Pour qui me connaît
d'un peu près, ça ne correspond pas tout à fait à
l'idée que je me fais de l'aviation légère.
Néanmoins, c'est un bel avion (bis), rare (20 ex en France), qui va passablement vite (220 km/h pour 150cv) avec une verrière façon planeur idéale pour voir la France panoramique sous 360° et attraper des coups de soleil.
Et en plus, comme il appartient à son constructeur, il s'affranchit des contraintes d'un avion d'aéro-club (indisponible les week-ends d'été, avec des minima d'heures à faire, etc.)
Il ne reste donc plus, après un week-end
à Epinal plus que sympathique (voir http://www.pilotlist.org/photos/rencontres/epinal00/rsa2000.htm)
qu'à convaincre son propriétaire-constructeur
que de disposer d'une telle machine lors d'un week-end de chassés
croisés
juilletistes-aoûtiens cher à Bison
Futé est un véritable privilège.
Ores donc, où allons-nous ?
C'te question !
A la plage !
Il faut bien que j'entretienne l'imaginaire de
Rodolphe B. sur la prétendue rougeur de mes cuisses lors d'un rascoll
à l'île d'Yeu.
Et voilà comment, au lieu de se taper 1.300km par la route et les bouchons, on peut prétendre lors d'un simple week-end pris à la cool à aller... à la plage.
Inutile de se stresser, avec une bête comme le Sirocco, deux heures suffisent pour rejoindre les terrains privilégiés tels que Granville et Quiberon (où la plage est littéralement en bout de piste) ou l'île d'Yeu (faut pédaler un peu, mais ça vaut le coup !). Propriano par contre est un peu court pour deux jours.
Mais bon, si on en profitait pour changer ? J'ai
ouïe dire à Fontenay-le-Comte que le terrain de la Tranche-sur-Mer,
au sud des
Sables d'Olonne et au nord de La Rochelle, était
une étape plaisante, une fois contournés les obstacles administratifs
(le terrain est
restreint).
Le contournement prend deux coups de fil (merci
la liste !) un à Jeff (A/C Fontenay), en vacances en Espagne, l'autre
à Pascal Rougier, vice-président de l'A/C la Tranche sur
Mer, et copilote des colibris Philippe Doguin et Alain Le Maréchal
lors du dernier Raid Aéro Atlantique.
(re pub : http://www.pilotlist.org/photos/balades/raidaero/raidaero.htm)
Donc vers onze heures (hé ho c'est le week-end) on se retrouve aux Mureaux, terrain charmant, bien situé et curieusement endormi dans l'ouest de la région parisienne. Le temps de charger les bagages (même réduits au minimum, la taille du coffre du Sirocco impose des arbitrages et des sacrifices douloureux) et de faire le plein (3 h d'autonomie), on décolle pour La Tranche.
Vol sans histoire, la météo est bonne,
juste assez de nuages à 3.000ft pour surfer dessus, dessous et entre
(irrésistible pour quiconque a un passé de vélivole).
Le fun commence après Mauléon (qui
est encore répertorié dans le GPS). Après... L''après
GPS" s'avère facile, puisque la butée évidente (la
mer) et la qualité de la navigation (bibi) nous amènent directement
sur La Tranche. Pourvue d'informations privilégiées (insider
trading), je sais que la piste est perpendiculaire à la côte,
parallèle à la route, et pas loin d'un château d'eau.
Mais comme les casques refusent obstinément de communiquer entre
eux, j'en suis réduite à soit couiner soit gueuler dans le
micro, et de toute façon les gestes valent mieux que les mots. J'ai
la piste en vue !
La Tranche est un joli terrain essentiellement ULM
et qui a l'immense avantage d'être à 2km de la plage. A l'aller,
un taxi (30 balles), au retour, nos pieds ont suffi. Quelques heures de
glande totale vautrés au soleil, trempés dans l'eau salée,
au milieu de familles qui s'apprêtent à répéter
les mêmes faits et gestes pendant trois ou quatre semaines.
Alors que nous...
On dort où ?
Le choix est vaste, le Sud-Ouest est accueillant. Mais j'ai une grosse préférence pour Saintes, où j'ai appris à voler et où je sais que l'été est particulièrement actif entre les stages planeur et les stages avion BIA. Et en plus, y'a encore deux places dans les dortoirs...
Bavette avec les membres très sympathiques
de l'A/C La Tranche sur Mer et d'un pilote d'Emeraude venu de St-Pierre
d'Oléron malgré le vent systématiquement de travers
à La Tranche (une 18/36 au bord de l'océan, on n'a pas idée...).
Décollage entre ULM immatriculés aux Pays-Bas qui reviennent
de balade et qui sont manifestement ravis d'être ici. Survol des
marais salants de l'île de Ré, du phare des Baleines, puis
de celui de Chassiron à Oléron... Est-ce le fait d'être
"née" aéronautiquement à Saintes, mais je trouve une
immense sérénité à survoler l'océan
bleu, à peine strié de bateaux voilés, je savoure
la découpe des côtes des îles,
Ré, Madame, Aix, ou Oléron, le point
fixe de Fort Boyard. Du Sirocco, avec ses ailes courtes et sa verrière
panoramique, je dévore des yeux ce merveilleux paysage des îles
atlantiques dont je sais que je ne me lasserai jamais.
La fin de journée prête une lumière
exceptionnellement douce à la plage sauvage de St-Trojan, aux remous
mortels du Pertuis de Maumusson, aux parcs à huître de Marennes,
resplendissants sous le soleil déclinant.
Et puis, déjà, ce sont les "trois boules" de Saintes, ces silos dont la forme de demi-melon caractéristique m'ont déjà sauvée de plus d'une météo scabreuse. Les planeurs civils tournent encore à vingt heures, les stagiaires Igesa viennent sans doute juste d'être lâchés.
Atterrissage en 24, avec léger vent de travers,
mais le remorqueur stationné en 24 fera foi.
A l'aéro-club, on aura déjà
compris que dans le Jurca jamais officiellement vu à Saintes se
trouve un(e) local(e). La maîtrise des taxiways de Saintes (une 06/24,
une 12/30 en herbe enchevêtrées) nécessite en effet
un long apprentissage que la lecture des cartes VAC ne permet pas de combler.
Même si les arbres qui ombrageaient l'aéro-club ont disparu lors de la terrible tempête de cet hiver, je descends toujours de l'avion qui m'a emmenée à Saintes avec un sentiment particulier. C'est le club qui m'a donné envie, qui m'a appris ce que voler voulait dire. C'est là où j'ai passé des heures fabuleuses ou douloureuses à essayer de maîtriser Kiki Novembre (le 112 qui sert à l'école) ou l'Astir (dont la verrière se souvient encore de ma première heure solo). Saintes est l'un de ces clubs heureux où que je tombe d'un DR400 au premier de l'an, d'un Mousquetaire en mai ou d'un Sirocco en juillet, je suis sûre de retrouver l'ambiance amicale et chaleureuse des jours merveilleux où j'apprenais à voler.
Et ce soir-là, ça ne loupe pas...
Le Sirocco F-POIL se parque à côté du D117 de Saintes, le DQ qui fit tant de frayeurs à Laetitia et déjà les joyeux parqueurs de RSA Epinal 1999 l'ont reconnu : Alex Daranlot, Candy, Willy, tous sont à Saintes pour l'été. Jérôme Garcia, colibri momentanément privé d'accès internet, fête son départ à Toulouse et nous sommes reçus coupe de champagne en main. Comment résister ?
Le temps de déguster le champagne, de dire bonjour à tout le monde, d'étaler les sacs de couchage sur les lits du dortoir, les derniers planeurs sont rentrés et les hangars sont fermés.
Julie Marandon, apprentie pilote et vélivole, nouvellement arrivée sur la liste, fait une razzia sur les provisions présentes dans la cuisine de l'aéro-club et chez sa grand-mère pour improviser un dîner couscous / pâtes / ananas / champagne pour 15 autour des matériaux disponibles. Joëlle, vélivole et remorqueuse (qui ne l'a pas vue du haut de son mètre cinquante debout sur les palonniers remorquer dans le DR400 F-VV a encore des choses à apprendre sur le vol à voile) coordonne le tout. Comment vous dire quelle chaleur ça fait au coeur de se retrouver autour d'une table à discuter de ce qui vole entre passionnés ? M'enfin, vous savez tout cela...
Vaincue par la fatigue (et le grand âge) je m'écroule à minuit dans mon petit lit de pensionnaire (dortoir des filles, partagé avec Joëlle et un instructeur vol à voile ex-militaire qui sonne du clairon la nuit). Les cernes sous les yeux des "jeunes" nous laisseront entendre demain matin qu'ils se sont couchés soit très tard, soit encore tôt...
Même si le partage d'un dortoir avec des vélivoles impose certains sacrifices (l'abruti qui sert d'instructeur tampon temporaire pour le vol à voile insiste pour réveiller tout le monde à 7h30), c'est une douce félicité que de jeter un oeil à travers les carreaux du dortoir, de constater qu'il fait scandaleusement beau, et de se rendormir.
Vers 10h néanmoins je m'extrais de mon sac de couchage direction la douche (les sanitaires ont été superbement refaits depuis ma dernière visite). J'astique le Sirocco, histoire de lui enlever le drap qui lui sert de protection et les quelques moustiques qui ont osé souiller ses bords d'attaque.
Le ciel cumulifie en un millier de nuages délicieux (cumulus humilis, ceux qui annoncent le beau temps). Les planeurs se mettent mollement en piste. A Saintes, même s'il y a un 300 ou 500km en jeu, on met rarement en l'air avant midi. Que sera, sera...
Le temps de faire (doucement) le plein, de savourer
les dernières cagouilles (ces escargots locaux magnifiquement accomodés
au beurre et à l'ail par Jeannot) et la bonne humeur de Saintes,
c'est l'heure de repartir pour notre prochaine destination : la plage !
Hé oui, on n'a pas encore assez de coups
de soleil, on en veut d'autres !
Les Sables d'Olonne paraissent une destination idéale,
pas trop loin et plus ou moins sur le chemin du retour. Une piste en herbe,
une piste en dur au choix. Après c'est le taxi (100 F) ou le bus
(7 F) pour la plage.
Le seul élément imprévu, c'est
la marée...
Essayez d'aller aux Sables fin juillet à
l'heure de la marée haute, et vous allez rigoler (ou pleurer). L'espace
sableux réservé aux fanatiques du bronzage se réduit
considérablement, à tel point que certains innovent avec
la position verticale, pendant que l'océan vachard vient leur lécher
les pieds... et que les maîtres-nageurs sifflent pour interdire toute
baignade en-dehors des espaces autorisés et surpeuplés.
Bref, mieux vaut se replier chez un marchand de
glace en retrait de la plage, après une furtive trempette dans les
eaux interdites parce qu'animées de courants dangereux.
Ensuite il ne reste plus qu'à se débarrasser du sable et à remonter dans l'avion sous les yeux d'une panoplie de papis éblouis et ravis (c'est vrai que compte tenu de leur âge et de la rareté de la bête, revoir un Sirocco à train rentrant aux Sables est une occurrence assez improbable). Le chemin du retour passe verticale Angers mais manifestement les Stampe ne sont pas là, aussi continuons-nous notre chemin vers les Mureaux, avec une visibilité de plus de 100km sur tous les côtés.
Le terrain est toujours aussi calme, à l'exception d'un DR400 qui nous donne la 10 en service. Longue finale tarabiscotée sur la Seine qui serpente entre les maisons bien planquées dans la verdure. (Parenthèse bien intentionnée : comment un tel terrain peut-il survivre, en plein milieu des habitations et d'un site presque somptueux pour la chic banlieue ouest parisienne ?)
20h et quelques, nous voilà posés
au soleil rasant des Mureaux. Quelques 1.300km, 5h30 de vol, 4 colibris
et moultes coups de soleil plus tard. Et tout ça en l'espace d'un
week-end improvisé.
C'est-y pas beau l'aviation ?
Anne-Céline
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