OUESSANT
Je veux aller à Ouessant ! Je veux aller à Ouessant !
A force de bassiner mon chef-pilote préféré (que l'auréole lui pousse) nous voilà partis de Saintes dans la couche avec le PA28-200 sur lequel - on va en profiter - je vais travailler un peu le pas rentrant et le train variable (zut, encore loupé).
C'est vrai qu'après Oléron, Yeu, Belle-Ile, il me manque une belle atlantique, magique parce qu'au-delà d'Ouessant, il n'y a plus rien, sauf l'Amérique. Ouessant n'a pas la douceur d'une île vendéenne ; c'est une violente, une naufrageuse, qui ne connaît pas le repos de la furie des vents et des flots.
Aujourd'hui nous cheminons sereinement en VFR on top. Une mer de nuages mousseux nous cache hermétiquement la côte.
"Tu crois qu'on va pouvoir percer ?"
"Bof"
Aussi hermétique que la couche, ce chef pilote. Bleu dit le ciel, blanc répondent les nuages, verticale La Baule annonce le VOR, ce que confirme, bienveillant, le GPS du passager. Les stratocumulus se déroulent en un immense tapis doux et trompeur dans lequel on voudrait jouer et se rouler jusqu'à l'infini.
A Brest les nuages s'ouvrent au-dessus de la rade.
"Tu vois le Clemenceau ?"
"Non..."
"Si, là, couleur minium !" J'enroule quelques virages à 60° pour la photo pendant que le chef pilote plonge dans ses souvenirs de chasseur de l'aéronavale. Il connaît chaque caillou de cette rade de Brest.
Bon c'est pas tout, ça, on voit Molène par intermittence, on va pouvoir y aller. Allo Armor, ici c'est le F-NQ, si si, on est en VMC, on descend. On quitte le confort du FL85 pour piquer en spirale et passer sous la couche. Le PA28 se met à couiner, notre descente pourtant contrôlée s'accompagne d'un sinistre bruit d'alarme. Apparemment il n'apprécie pas que le train soit rentré avec un régime moteur si peu élevé. 
On abandonne doucement le grand bleu pour chatouiller les nuages effilochés avant de se décider, enfin, à descendre sous le couvercle des stratus bas, très bas. On passe en-dessous des 800 pieds, soudain écrasés entre la mer grise, hostile, et les stratus qui cherchent à nous attraper avec leurs barbules. Ouessant nous fait la gueule des mauvais jours.
- Bordel je vois pas le sémaphore, grommelle le chef pilote pendant que quatre paires d'yeux inquiets cherchent le plus haut point de l'île, la tour radar de Créac'h.
Trop tard, on est déjà travers la piste.
Je m'annonce en vent arrière 500ft - y'a pas vraiment moyen de faire plus -, j'expédie ma check, frein train mixture pas volets hélice, schtong c'est bizarre les passagers ont décollé à l'atterro, enfin c'est posé.
Je ralentis en quête du taxiway quand j'ai soudain visuel sur un trafic qui me croise à midi de droite à gauche. Je pile sur les freins pendant que mon passager, serein, lit la carte VAC.
"De septembre à février, présence de moutons sur la piste". Comme quoi, hein, j'aurais pu la regarder avant...
Bienvenue à Ouessant !

On scrute le plafond bas, vraiment bas, si on ne redécolle pas avant le retour du contrôleur, on va rester là...
L'aéro-club est fermé, mais quelqu'un a eu la bonne idée d'afficher les numéros de téléphone des taxis, de la gendarmerie et les horaires des avions qui font la liaison avec le continent.
Une vieille femme traverse la piste, courbée sur son vélo, harcelée par le vent. A son bras un panier, dans son panier une poule.

Ouessant est une île dont on fait facilement le tour à pied, à condition que les éléments vous y autorisent. On y rencontre presque autant de phares que de moutons sur la piste, car cette île entretient une relation ambigue avec les bateaux qui croisent au près ou au large de ses éperons rocheux.
Certains jours Ouessant se veut sentinelle, parce qu'elle veille l'un des axes maritimes les plus fréquentés du monde, au croisement de l'Atlantique et de la Manche. Dans le passé les bateaux venant de l'Atlantique devaient trouver Ouessant avant de s'engager dans la Manche, afin d'être sûrs de leur position (c'était bien avant le GPS...). Aujourd'hui les navires de gros tonnage sont canalisés par des rails (montant vers le nord, descendant vers l'océan) veillés en permanence par les sémaphoristes du haut du phare du Stiff.
Mais des générations de marins et de navigateurs ont pu vérifier l'adage "Qui voit Ouessant voit son sang". Les jours gris Ouessant retrouve ses fantômes et ses tourments.  Ses côtes abruptes et  ses ilôts trompeurs gardent le souvenir de multiples naufrages, aidés en cela par les tempêtes, le brouillard et les courants.

A Ouessant il y a aussi des moutons, autant que d'habitants. Les moutons gambadent en liberté de la Saint-Michel - le 29 septembre - au premier mercredi de février. On les rassemble alors et chacun récupère les siens. Les moutons sans maître sont vendus aux enchères et les bénéfices vont aux oeuvres sociales. On ne sait pas ce qui arrive aux moutons hachés par les hélices des avions...

Pendant que nous déjeunons le ciel se déchire enfin, par grands pans de nuages. Ouessant nous verra partir en souriant. Et redescendre, dans une tempête de ciel bleu, l'immense panorama de la côte atlantique. Revoir le Clemenceau se dorant la pilule au soleil bien planqué dans sa rade. Survoler la Pointe du Raz en radada (n'en déplaise à ceux qui n'aiment pas ça, ni le vol en patrouille, ni le reste). L'anse de Bénodet et les nombreux fleuves côtiers. Le grand port industriel de Lorient. Les alignements de Carnac, la découpe si particulière de la presqu'île de Quiberon, l'immense reflet bleu du golfe du Morbihan, la grande plage de la Baule, l'estuaire de la Loire, l'île de Noirmoutier, les tours de La Rochelle...
C'est quand on voit la côte atlantique se dérouler sous ses ailes qu'on se souvient combien la France est belle, et pourquoi on s'obstine à vouloir la connaître d'en haut.
 
 
Anne-Céline 
Juillet 1998

 
Le PA28 content de bronzer au soleil d'Ouessant
 
 
Bien vu l'article sur Ouessant, j'ai apprécié en connaisseur.
Lorsque je m'y étais posé, j'avais pris la même photo - le panneau indicateur : OUESSANT (ENEZ EUSSA pour les intimes !!!)
Ce lieu est magique.
C'est ce genre d'endroit qui, lorsqu'on les découvre ou redécouvre au bout de nos ailes, nous font prendre pleinement conscience du privilège que l'on a de pouvoir voler.
Souhaitons que les dieux de la météo (et les autres aussi s'ils existent !) continuent de nous permettre de "caresser" de temps à autre, avec nos trains classiques (ou moins classiques - là je ne parle plus des trains mais des atterrissages !), l'asphalte de cette piste perdue au bout du bout de la France.
Souhaitons enfin que des lieux tels que Ouessant demeurent à jamais des havres de sérénité pour les passionnés (ou les fous ?! - mais où est la folie ?) de tous ordres et de tous horizons.
 
Pierre 
Matricule 808 à l'ACCM 
Août 1998 
 
 
 

Quelques questions existentielles (et quelques éléments de réponse)
 
Où louer des vélos ? Locacyles Savina 02.98.48.80.44      
Ouessancycles 02.98.48.83.44  
Bicyclette Location 02.98.48.81.34 
Cycles Evasion 02.98.48.85.15
Appeler un taxi (feignants !) Taxi Lucas 06.07.90.06.62/02.98.48.81.47 
Mr Etienne 06.07.90.07.43/02.98.48.84.90 
Mr Quantin 06.07.90.07.36/02.98.48.85.95
Où s'abreuver ? Bar de l'Arrivée - Le Stiff 02.98.48.84.99     
Bar Ty Corn - Bourg de Lampaul 02.98.48.87.33 
Où dormir ?  Camping Municipal - Bourg de Lampaul 02.98.48.84.65   
Chambres d'hôte (environ 200F la chambre)  
Mme Avril 02 98 48 85 65   
Mme Gaillard 02 98 48 84 19  
Mme Thomas 02.98.48.82.64
Dominique Moigne 02 98 48 84 77 
Autres possibilités chez l'habitant + auberge de jeunesse : Office de Tourisme 02.98.48.85.83
Où manger ? L'Océan Bourg de Lampaul 02.98.48.80.03 
Crêperie Ty a Dreuz - 02.98.48.83.01 
Crêperie du Stang - Stang ar Glan 02.98.48.80.94
Où manger ET dormir ? Hôtel Duchesse Anne - Bourg de Lampaul 02.98.48.80.25     
Hôtel du Fromveur - Route du Fromveur 02.98.48.81.30     
Hôtel Restaurant de l'Océan - Bourg de Lampaul 02.98.48.80.03  
Hôtel Roch ar Mor - Bourg de Lampaul 02.98.48.80.19
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