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"Bon, on arrête" dit l'instructeur au bout d'un quart d'heure, juste quand je commence à m'amuser. Quécekis'passe ? Encore un que j'ai rendu malade ?
On s'annonce en fin d'évolution voltige, on bascule sur 130.00 la fréquence montagne et on file au cap 300. On joue à saute-mouton par-dessus les crêtes, on se fait turbuler au passage des cols, on cherche les maisons isolées dans les vallées reculées. C'est le grand soleil de midi, une brume légère voile les massifs. J'oublie que j'ai faim.
"Regarde,
devant toi, c'est Faucon". Un terrain, ce champ de 300m avec 18% de pente
? Ah oui, tiens, voilà une manche à air... Très tentant,
mais il y a trop de cailloux pour les carénages hypersensibles du
CR100.
Un peu plus loin, La Motte Chalancon, l'un des sept altiports de France. A peine mieux pavé. Une reconnaissance au ras des sapins pour le calage altimétrique et le vent en entrée de piste. On grimpe de 300ft, on s'annonce en vent arrière. Ici c'est la montagne qui décide de la longueur des branches, le circuit en est tout biscornu. La croix en haut de la colline sert de repère pour la hauteur de la finale.
Même pas de dégueulante à l'entrée de piste pour mon premier atterrissage en montagne. Ca monte, ça monte, j'arrondis au pif et ça se pose. On ne réduit surtout pas trop les gaz, il faut encore grimper la côte (250ft sur une longueur de 500m, ça vous fait vite une pente à 13%). Tout coupé, on s'extrait des sangles et on arrive au paradis.
L'air
est doux en cette fin d'hiver. Le soleil, léger et caressant, est
une incitation à la débauche. Vue d'en haut, la piste dévale
vers le vide. Dans le lointain, un tracteur laboure son champ. Un petit
lac au vert profond invite à la baignade. Silence, paix, sérénité.
"Viens voir !" Ici on paye la taxe d'atterrissage en glissant une pièce de dix francs dans un tronc. Le téléphone n'a que quatre boutons, pour appeler la gendarmerie, la météo, le taxi ou le restaurant.
J'ai soudain une folle envie de passer l'après-midi couchée dans l'herbe à regarder les nuages défiler dans le ciel en écoutant le vent s'amuser dans les sapins.
Mais je visualise déjà les autres stagiaires, seconds cycles avertis, l'oeil vissé sur le ciel, l'oreille aux aguets, tournant en rond comme des fauves autour de la pompe à essence...
Tant pis, on se rebrêle,
un coup de démarreur, attention aux volets avec le dévers.
Face à la pente, debout
sur les freins, on vérifie que personne n'arrive en face et lâchez
tout !
L'avion dévale, cavale,
s'envole, ça vole.
Virage à 90° d'inclinaison
à droite, la pente nous porte, on rentre.
| Anne-Céline
Mars 1998 |
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