D'Autun au Maroc - Une belle aventure (2005)



1 - Autun (LFQF) - Perpignan (LFMP)

"St Yan du F-GFGN bonjour."
Après deux journées passées à préparer cette grande "aventure", ce coup ci c'est parti.
Deux jours à tirer des plans sur les cartes (et sur la comète...), cartes en partie récupérées grâce à la Liste, quelques VAC glanées ci et là sur le web, plusieurs coups de téléphone échangés avec des vieux routiers du ciel ; plusieurs mails remplis de bon plans et de conseils ont été également échangés. Une bonne cinquantaine de points ont été rentrés à la main dans le GPS, pour parer à tous les caprices des contrôleurs, contrôleurs étrangers en plus, avec qui il va falloir parler en anglais, tâche qui m'incombera et m'impressionne un peu.
Mais là, on a décollé et gaillardement on trace plein sud.

J'affiche le premier code transpondeur d'une longue série et notre PA28 monte dans la TMA de St-Yan, qu'il connaît par cœur puisqu'elle débute 2000ft seulement au dessus d'Autun où il est basé.
Il est un plus de 9h00 et la France baigne dans un CAVOK fantastique en ce dimanche matin. Par contre ça souffle et il paraît que là où nous allons, ça risque d'être sportif. Le GPS nous précise que nous avalons les nautiques à plus de 150 kt, ce qui est appréciable, car justement aujourd'hui, on va devoir en parcourir quelques uns.

On quitte bien vite St-Yan pour le contrôle de Clermont puis ce sera Montpellier. Immanquable, le viaduc de Millau se présente face à nous ; pour l'instant nous ne sommes donc pas perdus. Pas mal d'avions sont en l'air par ce beau temps et l'un d'eux demande justement au contrôle s'il peut lui passer la dernière de Perpignan, qui précisément nous intéresse au plus haut point.
"...bla, bla, vent du 320 pour 30kt, rafales à 45kt".
Devant ces bonnes nouvelles, l'autre avion se déroute sur Montpellier et refuelera là puisque seuls 10 petits nœuds balaient la piste.

On se regarde un peu dans le cockpit avec mon père et on commence à se poser des questions... On étudie les déroutements possibles, mais on décide de poursuivre sur Perpignan car finalement le vent y est dans l'axe. Je décide d'y aller, de faire une présentation et, si je ne le sens pas, ce sera remise de gaz et cap sur Montpellier.

Bon, le GPS confirme ce que nous voyons, Narbonne arrive, la Méditerranée est en vue depuis bien longtemps et il va falloir quitter le confortable niveau 65 pour aller se faire tabasser plus bas.
Et nous ne sommes pas déçus.
L'ATIS de Perpignan n'est pas plus rassurant que la météo reçue en vol. L'écume sur la mer confirme que si la visibilité est d'enfer, ce n'est pas pour rien.
Plein riche, ceintures et fesses serrées, briefing arrivée effectué, on y va.
Passés 3000ft, ça tabasse grave comme on dit maintenant. Mais finalement guère plus qu'à Moorea ou Raiatéa quand le mara'amu joue avec le relief de l'île. En base, je vise le seuil 33 et le vent nous éloigne suffisamment pour avoir une vraie finale à faire.
Numéro 1 (tu m'étonnes, pas grand monde en baptême de l'air aujourd'hui), autorisé, dernier vent 330 pour 35kt, rafales 42kt. Bon, c'est fort mais c'est dans l'axe, alors on va bien y arriver, hein.
Ce n'est pas triste en tout cas ; je joue à fond du manche et du pied et c'est à environ 30kt sol que l'on s'approche de cette piste qui semble s'éloigner lorsqu'on avance. Inutile de dire que l'appareil photo était rangé sur ce coup là, dommage car la lumière était pure...

Bon, finalement, le tout c'est d'arriver sur l'axe à peu près aligné, l'arrondi ne posant pas de problème particuliers dans le cas présent. Après un posé, pas cassé ; je roule fièrement jusqu'au pied de la tour du pays "où il faut avoir les semelles en plomb", comme me dira le contrôleur.

Fin de la première étape ; l'Espagne nous attend derrière les montagnes que nous voyons toutes proches.
2 - Perpignan (LFMP) - Castellon de la Plana (LECN)
Bon, ben on a bien cru devoir dormir à Perpignan, ce qui aurait été un peu frustrant vu nos grandes ambitions du moment...
En effet, notre avion ne voulait rien savoir et ne voulait pas démarrer. Un bon moment pour être en panne. Tarmac de Perpignan, balayé par une petite quarantaine de nœuds, aéro-club fermé, la tour qui nous conseille de retourner dans l'aérogare voir ce que l'on peut trouver.
Puis dans un sursaut d'orgueil, se disant sans doute que des virées comme ça, ça faisait longtemps qu'il n'en avait pas fait et que c'était trop bête de rester planté là, GN fini par faire rugir ses 180cv...

Avec ce vent, mon père décolle en quelques mètres, de la 31 cette fois.
Là, c'est moi qui gère la nav, les cartes, le GPS et tout le toutim. Puis surtout la radio, qu'il va d'ailleurs falloir faire dans la langue de Shakespeare dans pas longtemps ; vais je me débrouiller ou va t-on devoir faire demi tour sitôt la frontière franchie ?...

"GN bien reçu, rappelez passant la frontière."
Glups... L'instant de mon premier contact radio en anglais se rapproche.

Collioure et Port Vendres, magnifiques, passent sous nos ailes. Le littoral est superbe. Mais ça turbule sec, surtout sous le relief.

"GN avec Girona sur 120,9 au revoir."

Bon, ben là, c'est à moi de jouer.
"Girona from Fox Golf Fox Golf November, good afternoon."
"F-GFGN good afternoon, go ahead."
Une bonne inspiration et, prenant ma voix la plus assurée, genre PNT d'Air France habitué aux approches encombrées de JFK qui fait du PA28 en Espagne pendant ses vacances, je lui balance mon message répété mentalement pas mal de fois la veille...
"F-GN a Piper 28 from Perpignan to Castellon de la Plana, just passing the border, 3000 feet along the coastline, heading to BGR VOR, and sqwaking 7000."
Alors, qu'est ce qui va me dire de ça, el senor controlador ?
"F-GN, roger, sqwak 3321, report BGR VOR."

Hé bien voilà, pff, trop facile finalement. Et puis un Espagnol on dira ce que l'on veut, mais il parle quand même mieux l'anglais qu'un Américain.
Ben merde, à l'instant, là, c'est bête et en plus il n'y a pas de quoi, mais je l'avoue, je suis vraiment content, et pas peu fier...
On est parti ce matin de chez nous par un petit 10°C et là on survole l'Espagne en petit avion de club, en route pour les côtes du Maroc (qui sont quand même en Afrique, hein !), il fait un temps magnifique même si ça remue pas mal, on se comprend avec les contrôleurs, le paysage est magnifique, que demander de plus ?

On se "report" BGR VOR, puis Sierra Point, et changement de fréquence pour le fameux transit de Barcelone où nous ne sommes pas tout seuls. L'utilisation (sans complexe n'en déplaise à ses détracteurs qui trouvent qu'une boussole et une montre ça marche mieux) du GPS et des points rentrés la veille facilite grandement la navigation et permet de se concentrer sur la phraséo tout en gardant les yeux dehors.
Le contrôle nous signale quelques trafics que nous repérons assez facilement par ce beau temps, puis bien vite, presque trop vite tant le spectacle est dense et intéressant, nous passons Sabadell (salut Jojo), Martorell et Villafranca.

Comme lu dans de nombreux récits de pilotes ayant descendus l'Espagne, le contrôle nous fait conserver le même code transpondeur, malgré les changements de fréquences ; en l'occurrence après Sabadell : Reus puis Barcelone.

Approchant le parc naturel du delta de l'Èbre, je range la carte Jeppesen LE-1 et sors la 2, qui nous servira pendant un bon moment. Le paysage devient de plus en plus aride. La Méditerranée est d'un bleu somptueux. Sa côte est un long ruban de logement où cela sent les vacances. Tout n'est que résidences, hôtels, golfs et piscines à perte de vue.

Puis vient l'heure de descendre. La ville de Castellon de la Plana est en vue et le GPS confirme que le terrain n'est plus très loin. Nous quittons Barcelona pour l'auto-info sur 123,5. Le terrain se cache, mais son repérage la veille sur Google Earth et Nav 2000 nous aide bien. Nous ne voyons pas la biroute (qui pourtant existe), mais une petite fumée vue dans un pré voisin nous fait opter, à juste titre, pour la 18. Vent arrière au dessus de la mer, puis virage en base et finale le tout dans une superbe luminosité.
Mon père atterrit sans histoire et roule pour l'aérogare qui semble déserte.
Dès l'ouverture de la porte, ça sent l'Espagne ; la végétation, la chaleur, la lumière, tout nous confirme que mine de rien, on a fait déjà pas mal de chemin depuis ce matin et le décollage d'Autun.

Bon, c'est pas tout ça, mais on a de l'essence à trouver, un plan de vol à clôturer par téléphone et encore au moins 2h de vol avant d'arriver à Almeria.


3 - Castellon de la plana (LECN) - Almeria (LEAM)


Nous avions choisi Castellon, car cela avait l'air d'être un petit terrain tranquille, bien plus sympa que les gros terrains espagnols plus souvent fréquentés par des 737 low cost britanniques que par des VFR.
Pour être sympa, c'est en effet un terrain sympa. Et pour être tranquille, c'est tranquille ! Pas un chat, la pompe est là, ouverte, mais de pompiste, point. Je m'aventure hors de l'enceinte ou un sympathique ibère se détend sous les platanes qui jouxte les structures de l'aéro-club déserté.
Je me lance alors dans un dialogue avec mon espagnol scolaire peu utilisé depuis le bac. Mêlant gestes et mot bricolés, nous parvenons à nous comprendre.
Là dessus arrive un jeune pilote, qui tel un messie nous débrouille la situation et en français en plus ! Il nous décale le plan de vol déposé depuis Perpignan de 30 minutes et nous promet l'arrivée du pompiste pour 16h.
Et en effet, peu après, tout s'arrange ; le pompiste arrive, le plein est fait, et plus vite que nous le pensions, nous voilà en l'air, les réservoirs pleins, tentant de contacter Valencia et son transit sinueux.

S'ensuit un superbe survol de Valencia et de son terrain, à 6500 ft comme préconisé sur la carte. On atteint ensuite le point S1 de la CTR, terme du zig-zag, puis de là, nous prenons cap sud ouest jusqu'à Alméria où il sera temps de stopper pour la nuit.

La route est longue, il reste encore une grosse heure et demie de vol et la fatigue se fait sentir. Cela dit, depuis le niveau 65, nous sommes un peu moins secoués, encore que, et les nautiques défilent tranquillement.
Nous passons bien au large d'Alicante, puis de Murcie, sans écorner leurs CTR et restons en fréquence avec Valencia.

L'arrivée sur Alméria se profile en même temps que les seuls nuages de la journée depuis le départ d'Autun. Le plafond baisse franchement et nous avec, alors que le paysage survolé devient vraiment mal pavé. Le contrôleur nous demande de rappeler Echo, que le GPS nous indique comme étant situé en plein dans la crasse. Bon, la visibilité horizontale est bonne, mais c'est en radada que nous approchons péniblement d'Alméria. Le point en question est enfin atteint, à l'altitude préconisée ou presque ; c'est un village idéalement niché au pied des collines ; une riche idée que de mettre un point de report là et de demander de l'atteindre à 1500 ft !
Bref, le ciel se dégage en même temps que réapparaît la côte sud de l'Espagne et que l'on devine enfin la longue piste d'Alméria où nous intégrons la finale presque directement.
Je collationne fièrement mon premier "F-GN cleared to land runway two six" et au sol, je suis le "marshaller", charmante petite dame d'ailleurs, qui nous guide jusqu'à notre point de stationnement.

La verrière s'ouvre là encore sur une atmosphère chaude et humide, teintée d'iode, où se mêlent des senteurs de l'Afrique voisine, plus très éloignée maintenant et que nous attendrons sans doute demain.
Inch Allah...
4 - Alméria (LEAM) - Tanger (GMTT)
L'aventure continue.
Après une nuit bienvenue au Grand Hotel, plein centre ville d'Alméria et un petit déjeuner fort revigorant sans abuser des liquides diurétiques, nous voici de retour à l'aéroport baigné dans un CAVOK fabuleux.
Les plans de vols ont été posés la veille pour se conformer au préavis demandé par les autorités marocaines, mais reste à prendre la météo et à accomplir quelques formalités douanières simples et assez rapides, mais inusuelles en PA28 pour nous !
Vers 10h locales, mon père décolle pour la branche qui doit nous mener au Maroc, Rabat si tout va bien. Le décollage en 26 est magnifique et fait longer la ville où nous reconnaissons sans peine notre hôtel, bien agréable par ailleurs.
Nous suivons la côte tranquillement, à 3000 ft. La radio en anglais ne m'impressionne plus, et j'y prends même goût !
Sous nos ailes défilent de nombreux signes d'un pays qui se développe ; grues, travaux, pas de doute, l'économie de l'Espagne est en marche.

Alméria nous transfère avec Séville, puis Malaga, qui nous demandera de monter à 4000 ft. Alors que nous croisons l'axe du terrain assez actif de Malaga justement, un 737 décolle et nous passe dessous ; sans aucun doute, le motif de la demande du contrôle.
Nous suivons la côte, là encore parsemée de complexe résidentiel et de parcours de golfs, jusqu'à Marbella.
De là, nous tangentons la fameuse zone interdite de Gibraltar sans trop nous éloigner de la côte, dans le but de voir au mieux le rocher de ce lieu mythique.
Malaga me transfère de nouveau avec Séville que je n'arrive pas à avoir, malgré le sympathique relais d'un Air France ayant entendu les appels désespérés d'un compatriote. Je n'en suis pas tout à fait sûr, mais je me demande dans quelle mesure Séville ne fait pas exprès de nous laisser sans réponse dans ce coin là, sans prendre la peine de donner la fréquence de leurs "copains" anglais de Gibraltar, chose que font les Marocains dans l'autre sens...
Bref, c'est sans contact radio que nous longeons Gibraltar, sa piste et son célèbre rocher, surmonté d'un étrange nuage.
La petite couche de BKN 4000 prévue par la météo d'Alméria est bien présente sur le détroit et l'enclave de Ceuta, mais ne parvient pas à gâcher le plaisir de survoler ces lieux aux noms évocateurs pour qui s'intéresse un tant soit peu à la géographie.

Parvenus au point Victor du détroit, je tente de contacter Tanger. C'est tout de même soulagés que nous les entendons très distinctement nous répondre, en français bien sûr, teinté du sympathique accent nord-africain qui témoigne que si l'on parle en français, on a quand même fait pas mal de chemin depuis le départ...
Tanger la blanche est en vue, son terrain ne doit pas être loin derrière. Le contrôleur nous informe toutefois que l'axe Rabat - Meknes est interdit aux VFR depuis 9h UTC et jusqu'à ce soir, par conséquent nous ne sommes pas autorisés à aller nous poser à Rabat.
Bon, qu'à cela ne tienne, nous nous poserons à Tanger et nous aviserons sur place.

L'arrivée à Tanger, outre le fait d'être émouvante puisque l'on arrive quand même en Afrique, est très belle. Nous contournons la ville par l'est et le sud pour intégrer la vent arrière 10. L'étape de base et la finale sont au-dessus de l'eau, mais cette fois ce sont les eaux de l'océan Atlantique et non de la Méditerranée.

Mon père atterrit sans histoire sur cette longue piste et commence alors un assez long roulage jusqu'au parking attribué à l'aviation générale où nous accueillent deux pompistes. Ceux ci, comme tous les musulmans, portent leur main droite au coeur après la poignée de main échangée. Pas de doute, nous sommes bien au Maroc.

5 - Tanger (GMTT) - Marrakech (GMMX)
Tiens, au parking à Tanger, deux superbes Cap 232 sont stationnés juste devant nous. Quelques instants après, arrivent leurs pilotes, deux militaires marocains membre de la célèbre patrouille de la Marche Verte, dont le colonel Bouzraïne, commandant de la formation, par ailleurs instructeur à l'aéro-club de Marrakech.
Nous engageons une discussion bien sympathique et échangeons nos impressions sur les chemins parcourus. Eux, viennent de Marrakech et remontent à Dijon Darois pour l'entretien de leurs belles machines, frappées depuis peu d'une interdiction de voltige (cf crash de St-Yan). Ils sont très amicaux et nous échangeons quelques adresses sur Marrakech, ville où ils sont basés.

Après un plein un peu laborieux (nous passons après les jets d'affaire) et pas mal d'aller retour avec le bureau de piste plutôt éloigné, je finis par déposer un plan de vol valable pour Marrakech. Le roi Mohammed VI est en visite à Meknès, d'où le NOTAM interdisant l'axe Rabat - Meknes. Heureusement, il nous reste l'option de descendre à Marrakech en passant à l'est de Meknes, via la verticale de Fès. Ce n'est pas le plus court, mais au moins on dormira à Marrakech ce soir comme espéré.
Je reprépare toute la nav, rentre dans le GPS tous les points nécessaires à ce trajet imprévu. Pendant ce temps, mon père se débat avec le bureau de change et le paiement de l'Avgas.
Les formalités de douane et de police sont assez vite accomplies et très courtoises, ornant nos passeports d'un beau tampon tout neuf.

Enfin, c'est la mise en route pour le centre du Maroc et sa ville sans doute la plus emblématique, Marrakech. La journée est longue mais, heureusement, par le jeu du décalage horaire, nous avons gagné 2 h et notre journée fera 26 h. Et puis au Maroc, on ne se fait pas de noeud au cerveau ; l'heure légale = l'heure UTC.

Je décolle en 28 puis vire à gauche pour prendre un cap sud est sur Fès. La visibilité est fantastique, le ciel sans nuage ; décidément, une météo de rêve nous accompagne depuis le départ.

Les paysages s'assèchent peu à peu. Ci et là quelques points d'eau, mais peu nombreux. Les points VFR se succèdent, certains très visibles comme des barrages sans doute récents puisque ne figurant pas sur notre vieille Michelin emportée au cas où, d'autres presque non identifiables avec certitudes sans GPS. La contrôleuse de Fès est sympathique. Je me la joue vieux baroudeur du ciel africain en la saluant avec un salam aleikoum du meilleur effet.
La fréquence est calme, on suit toutefois amusés, les palabres d'un VFR suisse qui se pose à Fès et qui finalement me rassure sur mon anglais aéro...
Nous approchons de la ville de Fàs, que la contrôleuse nous demande instamment de survoler côté est. Visiblement, les déplacements du roi sont pris très au sérieux et cette dame ne semble pas avoir envie d'être mutée agent AFIS à Zagora...

Le vol est agréable, calme en altitude, mais un petit vent de face nous fait voler à un poussif 105 kt au lieu des 120 habituellement atteint par notre monture. Nous passons Fes, Ifrane et son terrain militaire puis Azrou et continuons sur Beni Mellal. Je n'en perds pas une miette.
Nous sommes montés au 105 pour mixturer au mieux et bien capter les moyens de radionavigations. La fatigue se fait un peu ressentir maintenant, car il faut dire que ce ne sont pas des journées reposantes. On passe son temps à régler des petits problèmes ; poser les plans de vols, obtenir la météo, changer de l'argent, préparer les nav, accomplir les formalités, puis piloter, chercher un hôtel, un taxi, etc. et à force, ça use un peu, mais quel pied.

Peu à peu le VOR de Marrakech s'active, puis son DME. Nous nous laissons guider par le top of descent du GPS et nous nous offrons une véritable descente de liner depuis le niveau 105. La visibilité est un peu moins bonne malgré l'absence totale de nuage. L'Atlas se devine plus qu'il ne se voit. Nul doute que ces paysages sont plus limpides en hiver, lorsque cette brume de chaleur est moins épaisse.

Peu à peu on devine la ville de Marrakech, terme de notre modeste épopée. Nous sommes numéro deux à l'approche derrière un 737 de la Royal Air Maroc. Peu importe, nous ne sommes pas pressés. Nous voyons maintenant distinctement la ville, ses remparts et des dizaines de minarets. Plusieurs parcours de golf jalonnent les environs et leur vert éclatant contraste avec l'ocre des habitations et du sol.
OK, la piste est en vue. Mon père, venu là en 1990 en avion de ligne, jubile de retrouver ces mêmes lieux avec un avion de tourisme.
Vers 2000 ft sol, on recommence à se faire secouer un peu. Certaines photos en souffriront. Devant nous, un 737 d'Atlas Blue ne semble pas pressé de décoller. En courte finale pour la 28, le contrôleur nous demande de remettre les gaz et de virer à droite. Tiens ? A droite, c'est la ville, je ne demande que ça, mais je lui fais confirmer. Heu, en effet c'est par la gauche. Et c'est parti pour un tour. On ne s'en lasse pas. Si du niveau 105 on n'avait pas véritablement l'impression d'être au Maroc, là, à faire un 360° de retardement à 1000ft sol au dessus de la banlieue sud de Marrakech, on voit bien qu'on a dû faire du chemin depuis hier, et que nous ne sommes pas au dessus de Montceau-les-Mines...
Le 737 a enfin décollé, et Marrakech Menara nous présente ses 3500m de piste rien que pour nous. Je tente de faire un atterrissage correct tout en ayant du mal à ne pas regarder la ville à droite où j'ai déjà repéré la fameuse Ménara, ainsi que la célèbre Koutoubia.

Posé au seuil, j'enfile la première à gauche et roule cérémonieusement et sans complexe jusqu'au (lointain) parking attribué, au milieu des Citation et autre Learjet.

Le plein est fait dix minutes après, au tarif jet-set toutefois, puis nous préparons GN pour trois nuits sur le tarmac. Deux jours off sont prévus ici, sans voler ce qui fera du bien quand même, car ces deux dernières journées ont été chargées.

Et à cet instant, franchissant le hall de l'aérogare où est écrit "entrée" en français et en arabe, rejoignant une cinquantaine de passagers venus là vulgairement en 737, j'avoue que nous n'étions pas peu fiers...

- Epilogue -

Bon, je vous épargne le récit détaillé du retour Marrakech - Autun.
Pour faire vite, nous avons eu une météo à nouveau fabuleuse ayant permis de voler là où nous voulions. Nous avons refait un Marrakech Tanger, via la route directe cette fois. Nos idées de passer par Fès puis le survol de l'île d'Alboran en route pour Alméria ont dû être abandonnées, encore à cause du roi, qui cette fois interdisait le survol et le posé à Meknès et Fès.
Ensuite, ce fut à nouveau Tanger Alméraia, via une superbe vue du rocher de Gibraltar, et en contact avec eux cette fois.
Nuit à nouveau à Alméria, où nous avions nos habitudes, hôtel, resto chinois, taxi, etc. Visite sommaire de cette ville pas désagréable du tout.
Le lendemain, deux longues étapes nous ont conduit à Réus, puis j'ai eu le privilège d'inaugurer un vol de Réus à Autun, peu habitué aux liaisons internationales !

Au total cela représente 23 h 26 mn de vol en tout, partagées entre mon père et moi. Nous alternions à chaque étape PF/PNF.
Si nous avons eu un peu de stress quand à nos capacités à faire cette virée, tout ceci s'est estompé au fil et à mesure de la navigation. L'anglais aéro ne pose pas de gros problème si on révise un peu et si on sait à quoi s'attendre. Les contrôleurs espagnols semblent habitués aux VFR franchouillards et évitent de nous compliquer la tâche. Ils sont d'ailleurs assez sympas.
Nous avions tout deux environ 220 heures de vol chacun avant de partir, dont pas mal d'heures en navigation en France, mais c'est dire si nous ne sommes pas non plus des cadors du ciel !

La météo a été fantastique tout le long. Là, c'est une chance. Car j'avoue qu'en Espagne, on vole parfois longtemps entre deux terrains, et par météo dégradée, se dérouter, en anglais, au dessus d'un sol plutôt montagneux à moins de ne suivre que la côte, cela peut vite devenir très désagréable... et long ! Si en France on est toujours à moins de dix minutes de vol d'un terrain, c'est loin d'être le cas en Espagne.

Je n'envisagerai même pas de faire ça sans GPS, surtout au Maroc où les cheminements VFR ne sont pas si simples que cela compte tenu de la faible qualité de leurs cartes VFR. Mais ça, chacun fait comme il veut et est libre de se compliquer la vie avec une boussole qui ne tombe jamais en panne...
Les moyens de radio nav marchent plus ou moins bien, cela dit, on doit parfois voler pas trop haut en Espagne et, vus les reliefs, tout ne passe pas idéalement.

L'essence a été payéee :
- 1,59 à LFMP (payable en Amex, pour ceux qui comme moi marquent des miles Flying Blue avec)
- 1,59 à Castellon (petit terrain, mais où la CB est acceptée)
- 1,53 à Alméria (gros terrain, mais cash only !)
- 1,54 à Tanger (payée en Euros ou possible en Dirham, plus simple d'ailleurs)
- 1,78 à Marrakech (€ ou dirhams)
- 1,35 à Tanger au retour, car vol international qui permet une petite détaxe
- 1,54 à Alméraia au retour
- 1,55 à Réus.

Les taxes. En gros 8,32 € en Espagne pour un toucher redécollage dans la journée. 3€ de plus (Alméria) pour la nuit. Vus les infrastructures, la météo, etc, rien d'excessif. Rien payé à Castellon, très recommandable et bien sympathique.
A Tanger, environ 2,5 € pour l'escale (contre 60 € pour le pilote du Falcon d'Yves St Laurent F-GYSL à mes côtés à cet instant).
Marrakech, calcul compliqué, mais on s'en est tiré pour une dizaine d'Euros, pour une arrivée un lundi et un départ la jeudi matin.

La météo ; en Espagne, c'est du sérieux, avec image satellite, dossier, etc.

Au Maroc, c'est parfois pas triste. Pas trop mal à Tanger. Mais à Marrakech, le bureau est de l'autre côté de la piste, et du coup, on est parti avce un mini bout de papier portant... le TAF de Tanger. Par une tempête de ciel bleu OK (encore qu'on avait 2h30 à faire...), mais par ciel couvert, que faire ? Mieux vaut étudier ça en cyber café (plein en ville) avant de partir.

Pour conclure, je ne serai pas original en disant que c'est LA grande virée à entreprendre avec nos avions de clubs, dans des pays qui pour beaucoup de raisons s'y prêtent bien. Et il faut partir bien plus longtemps que nous pour en profiter au mieux !
Et si vous hésitez, ne savez pas si vous êtes assez forts, etc. dites vous bien que si les Tessede l'ont fait, c'est que vous pouvez le faire aussi !

Une petite dernière photo pour la route, qui d'ailleurs depuis la reprise du travail orne nostalgiquement le fond d'écran du PC qui me sert à prendre mes radiographies dentaires... Notre bel avion, au parking de Marrakech avant le vol retour.
Et même que là, oui monsieur, c'est NOUS qui l'avons amené là, et ramené en plus ! Hé ouais. Pas peu fiers je vous dis !

Bons vols à tous,

Stéphan Tessede