3h18 de bonheur aux Iles sous le vent
Stéphan Tessede - Août 2001

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Seuil 29 Bref, nos plans de vol déposés (pour aller à Maupiti, et pour en revenir demain matin), nous regagnons notre C172. L'autonomie est vérifiée manuellement et se révèle conforme à nos calculs. Quelques minutes plus tard, nous décollons de la piste 11. 
Nous virons à gauche, cap au 321 sur l'atoll (anneau corallien enfermant un lagon) de Tupaï. Tupaï n'est distant que de 13 NM et nous le voyons très distinctement droit devant dès le décollage.

Cette île a été achetée depuis peu par le Territoire (donc par le contribuable) pour le bonheur des autorités locales et de leurs hôtes de marque (Toubon, Perben, Christophe Lambert pour ceux dont je me souviens) . Il a été décrété que le bas peuple n'avait pas droit de cité sur cette terre qu'il a pourtant payée... Et même si beaucoup de gens prennent les pilotes privés pour des nantis, ils ne sont pas encore jugés assez chics pour avoir accès à Tupaï et malheureusement, la piste n'est pas ouverte à la circulation aérienne publique.
 
Installations de NTTB Tupai Piste de Tupai Tupai et Bora au loin

Je me console cependant en regardant depuis 1000 ft ce magnifique endroit. Les cocotiers y sont superbement entretenus, une route en soupe de corail bien propre mais trop rectiligne à mon goût s'étend du nord au sud du motu principal.

Le tour de Tupaï effectué, nous mettons le cap au 235, pour parcourir les 26 petits NM qui nous séparent de Maupiti (NTTP), nettement visible par cette superbe journée.

Je monte jusqu'à 3000 ft au milieu des quelques rares cumulus présents. Et dire qu'hier la météo annonçait un temps médiocre !
 
Maupiti depuis Tupai Avant la descente sur Maupiti Village de Maupiti Pointe ouest de Maupiti

Maupiti est une petite île splendide, qui séduit tous ses visiteurs. A l'écart de Bora, plus connue, elle ne bénéficie pas de la renommée de sa voisine, mais pourtant, sa visite s'impose à tous ceux qui souhaitent découvrir une île authentique, polynésienne, et sacrément belle. J'ai pour ma part surnommé Maupiti la "Bora Bora des Schtroumpfs". Il est vrai qu'elle lui ressemble beaucoup, le lagon est magnifique, entièrement ceint par de larges motus. Le tour de l'île principale ne fait que 9km, et le petit village sympathique est surmonté par une falaise abrupte qui lui apporte une ombre bienfaisante passé 14h.
 
Vers la pension Maupiti Loisirs Base main droite 08 Entrée du village Village et passe de Maupiti

Maupiti fait partie de ces petites îles possédant une piste qui n'est visitée qu'une à deux fois par semaine par les ATR d'Air Tahiti. L'île se situe en dehors de la CTR de Bora Bora, mais n'est accessible aux VFR que lorsque la tour de Bora est active (c'est à dire presque toujours). Maupiti possède une fréquence propre très calme d'ordinaire, qui ne s'active que lorsque les ATR viennent, et sur laquelle l'agent Afis donne les paramètres. Un ATR arrivera dans deux heures d'ailleurs, mais je ne pense pas que l'agent est là. Libéré par Bora, je fais de l'auto-info consciencieusement en annonçant ma verticale à 1500 ft dans deux minutes, et quelle n'est pas ma surprise d'entendre 1 minute après mon message : "Novembre X-Ray Iaorana ! La 08 en service,  dernier vent du 040 pour 8kt, QNH 1012, tu rappelles en base." Alors là je suis épaté ! Hé bien c'est bien sympa tout ça, même l'Afis est là pour nous accueillir. Avant de nous poser, nous faisons à nouveau un tour de cette petite merveille. J'avais prévenu par téléphone la propriétaire de la pension qui nous hébergera que nous ferions un tour avant de nous poser afin de nous signaler. En effet, à Maupiti aussi, la piste est sur un motu isolé (elle déborde même sur l'eau), et lorsqu'on arrive, il faut gagner l'île principale en bateau... ou à la nage !
Arrivé en base, je rappelle l'Afis, et je lui annonce que nous refaisons un tour, car le paysage est trop beau. Il se marre, nous dit de bien en profiter et de rappeler en base.

C'est la première fois que je reviens sur Maupiti depuis le terrible cyclone qui l'avait frappée en novembre 97. Les photos aériennes d'alors prises par un Gardian de l'Aéronavale étaient stupéfiantes pour ceux qui connaissaient l'île auparavant. Il n'y avait pas eu de mort, mais l'île avait été complètement dévastée. Depuis la nature exubérante des tropiques a repris ses droits, mais les maisons anticycloniques (et électorales...) qui ont fleuri un peu partout sont moins pittoresques que les "fare" traditionnels.
 
Lagon au sud-ouest de Maupiti La finale en 08 à Maupiti est splendide. On survole le lagon, l'île sur la droite, des motus sur la gauche, et on vise le seuil de piste situé sur un remblais édifié sur le lagon. Les bleus défilent sous nos ailes, et il n'est vraiment pas évident de rester concentré sur le triptyque plan-axe-vitesse tant le spectacle alentour est fascinant.  Sud de Maupiti

Malgré tout, je fais un arrondi plus qu'honorable. J'en suis tout heureux car il n'y a pas si longtemps, je n'arrivais pas à poser autrement que violemment ces foutus Cessna à ailes hautes et sans effet de sol alors que je n'ai jamais eu de gros problèmes avec les DR400.

Nous regagnons le parking, là encore en prenant soin de nous ranger de façon à ne pas gêner l'arrivée de l'ATR42 qui va arriver dans une heure. Nous trouvons notre sympathique agent Afis, assis à l'arrière d'une camionnette bâchée avec ses deux neveux. Il était à la pêche en bout de piste lorsque tout surpris il a entendu notre message sur la fréquence. Il nous présente son matériel ; il est Afis, pompier, chef d'aérodrome, et simple pêcheur le reste du temps !
 
 
En quittant le motu de l'aéroport Pendant que nous discutons, notre hôte, alerté par le bruit de notre moteur, accoste sur le débarcadère de l'aéroport. Nous embraquons pour regagner la terre ferme et notre pension. En chemin ; panne moteur du bateau ! Heureusement que c'est arrivé en bateau et non pas en avion… Nous profitons de cette fin d'après midi pour effectuer un tour de l'île en vélo avant de rentrer dîner dans notre sympathique mais rustiquissime pension de famille.

 
Cela fait très chic de discuter le soir à table avec deux autres couples de métropolitains en vacances, qui ouvrent de grands yeux quand ils apprennent que nous sommes arrivés avec "l'avion qu'ils ont entendu tout à l'heure" Inévitablement au bout d'un moment la question fuse, "et c'est cher de louer un avion comme ça ?". J'annonce dans les 16 000 xpf de l'heure (880 FF) à la dame qui me l'a demandé. Et quelques instants après je la corrige, car elle n'en revenait pas ; elle croyait tout simplement que j'avais loué l'avion 880FF x 24h ! Elle comprend alors que je ne suis pas un émir et se rassure lorsque je lui dis qu'on ne paye que les heures volées, à la minute près ! Crépuscule depuis le col de Maupiti

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