"Fox Novembre X-Ray, autorisé au décollage 07, le vent
est calme, tu rappelleras stable à 2000 ft avec une estimée
Huahiné... "
En plus, j'ai de la chance car ce rêve, je vais le réaliser accompagné de mon père, alors élève PPL en fin de formation (terminée depuis !) et une météo sensationnelle s'offre à nous.
Pour en arriver là, je veux dire la main sur la manette des gaz du Cessna 172 de l'aéroclub de Raiatéa avec 4h d'autonomie et les Iles Sous le Vent tout autour, cela ne s'est pas fait tout seul !
Il faut d'abord, en cette période de vacances scolaires, trouver
une place dans un ATR pour rallier Tahiti à Raiatéa. Nous
sommes en liste d'attente, pour les vols du matin (les seuls à nous
convenir), mais comme souvent, on nous trouve de la place, suite à...
une bonne dizaine de défections !
Avant de monter dans l'ATR, dès l'enregistrement des bagages
terminé, nous allons dans les bureaux voisins de Météo
France, afin de nous renseigner sur la météo. En effet, alors
qu'il a fait un temps superbe depuis le début du séjour de
mon père (ce qui nous a permis de faire de magnifiques vols locaux
autour de Tahiti, Mooréa et Tétiaroa), hier ça s'est
sérieusement dégradé. J'ai appelé une prévisionniste
au téléphone, qui m'a dit en gros "demain ce sera un peu
moins bien qu'aujourd'hui...". Le soir à la télé,
pareil ; ça va s'aggraver qu'ils disaient...
Mais ce matin, à 6h, nous avons enfin trouvé un prévisionniste
sympa qui nous rassure un peu. Il parle de nette amélioration, et
dit que malgré quelques pluies passagères cela sera tout
à fait volable. Ouf !
Bref, il est 6h15, et on appelle les passagers pour Raiatéa. Nous embarquons dans un ATR 42, et de suite, j'attaque le steward pour une place en poste pour mon père. Cela ne marche pas pour le trajet entier en poste, mais c'est bon pour une visite en croisière ; toujours ça de pris.
Mon père revient du poste avec au moins une bonne nouvelle, le CDB est optimiste pour la météo dans les Iles Sous le Vent (ISLV), et il lui a dit que nous devrions même avoir du beau temps. En effet, ce que nous voyons du hublot est réconfortant, de bonnes masses de cumulus, mais plein de ciel bleu tout autour. Nous sommes comme deux fous. Pendant ce vol d'une trentaine de minutes, nous vérifions notre caméscope, ainsi que l'appareil numérique et l'appareil classique. Yann Arthus Bertrand n'a qu'à bien se tenir, car nous ne sommes pas là pour rigoler !!
Le copi de l'ATR est en formation (ce n'était pas Yann Saluden, malheureusement !) et c'est à mon avis pour cette raison qu'on effectue une approche NDB sur Raiatéa, alors que pourtant le temps est de plus en plus clair, et qu'une approche à vue aurait très bien pu se faire. Lors du virage de procédure, tous les touristes présents avec nous se tordent le cou pour apercevoir Bora, Tahaa, et certains plus perspicaces reconnaissent même Maupiti au loin. Avec mon père, nous échangeons un sourire complice : hé oui, tordez-vous le cou, nous, dans quelques heures on aura tout ce beau décor pour nous tout seuls, et pas par un hublot de 15 cm de rayon !
Arrivés à Raiatéa, c'est à pied que nous
rejoignons l'aéroclub, distant de 200 m environ. Il n'y a encore
personne, mais le principal est là : le F-ODNX. C'est un Cessna
172, un peu âgé, mais bien entretenu et qui sort d'ailleurs
de visite.
Alors que nous regardons "notre" avion, le temps s'arrange encore et
c'est une véritable tempête de ciel bleu qui nous attend !
L'ATR qui nous a amené repart sous nos yeux, alors qu'un Casa militaire
arrive ; vous ne vous imaginez pas le nombre de manœuvres militaires qu'il
peut y avoir dans les Iles Sous le Vent...
Le président de l'aéroclub des ISLV arrive peu après,
bientôt suivi de l'unique instructeur. Dans les jours précédents,
je les ai saoulés avec une quantité non négligeable
de coups de téléphone pour arriver à organiser cette
virée. Présentations, explications du fonctionnement du club,
etc. Tout ceci est bien amical, et l'accueil est impeccable. Nous apprenons
que la veille, il a fait un temps très médiocre et que les
vols du club ont été annulés. Et dire qu'initialement
nous devions ce jour là...
Nous partons donc à trois, mon père à l'arrière, Jean, l'instructeur, et moi-même devant pour des tours de pistes à Raiatéa (NTTR). Mine de rien, je ne suis pas trop fier, car je n'ai pas envie de piloter comme un nul et de me faire refuser le lâcher. Le séjour prendrait une autre allure !
Nous faisons 4 tours de pistes avec différentes positions des volets. Le premier toucher est très correct, le deuxième moyen, le troisième médiocre, et... le dernier pas fameux. Mais bon, apparemment l'instructeur (commissaire de police en retraite) est solide et il ne redoute pas les arrondis virils. Tant mieux !
Nous regagnons le club pour de dernières explications. Le plein
est complété, et nous effectuons une petite préparation
simple pour la première nav. Les nav dans les ISLV, de toutes façons,
comme c'est au-dessus de l'eau, c'est forcément simple. Là
bas on dit "si tu vois l'île t'y vas, si tu la vois pas t'y vas pas
!"... Et c'est à peu près ça le plus souvent !
Certes il y a des NDB sur chaque île et un VOR à Huahiné,
mais avec 29 NM comme plus grande distance entre deux îles (Maupiti
Bora), partir au-dessus de l'eau sans ne serait-ce que deviner au loin
l'île de destination, cela n'est pas d'une grande prudence.
La seule question à régler lorsqu'il fait beau, c'est le carburant. Tout en sachant qu'on ne peut s'approvisionner en avgas qu'à l'aéroclub de Raiatéa. C'est d'ailleurs l'un des points noirs de l'aviation légère en Polynésie Française ; excepté à Tahiti et à Raiatéa, il n'y a pas d'avgas dans les îles, à moins de la faire expédier par fûts en bateau, ce qui ne s'improvise pas.
Bon, avec toutes ces émotions il est 10h50 lorsque je téléphone à la Tour de Raiatéa pour déposer mon plan de vol (hé oui, tout est en survol maritime ici, alors PLN tout le temps excepté en local lorsqu'on ne change pas de CTR). Cela ne répond pas. Les notam annoncent pourtant que c'est ouvert jusqu'à 11h, mais comme il n'y a plus d'ATR avant l'après midi, j'ai bien peur que tout soit fermé et d'être coincé ici pour une connerie comme ça. L'instructeur nous conseille alors de partir en auto-info, de monter au-dessus du terrain, et d'appeler Tahiti Contrôle ou la tour de Huahiné qui est encore ouverte pour leur déposer le plan de vol en l'air.
Nous finissons par monter à bord, mon père et moi, et
le grand bonheur commence. Installation minutieuse. Nous faisons la check
list à deux comme des pros !
Nous contrôlons tout l'un et l'autre, ce qui nous rassure d'ailleurs
un peu tous les deux. En effet, à deux, nous n'avons qu'une centaine
d'heures de vol, ce qui n'est pas une expérience suffisante pour
se permettre de jouer aux seigneurs du ciel alors autant se rassurer mutuellement.
Surtout quand nos femmes nous laissent partir avec des phrases aussi réconfortantes
que "surtout ne soyez pas imprudents, n'allez pas vous mettre par terre,
etc."
Je commence alors mon auto-info ; j'ai dû réveiller la contrôleuse de Raiatéa qui à ma grande surprise répond. J'ai dû téléphoner lors de la pause café... Tout ceci est parfait, car du coup le plan de vol est déposé dans les règles. Et c'est parti.
Nous mettons le cap droit devant sur Huahiné (NTTH) qui nous
tend les bras. Il n'y a que 25NM à parcourir et nous sommes rapidement
transférés avec la tour de Huahiné.
Nous abordons l'île par la pointe nord-ouest, là où
sont d'ailleurs situées les installations de l'aéroport.
Le week end précédent, nous étions venus trois jours
en famille et... en ATR à Huahiné. Zinédine Zidane,
en vacances à Tahiti était d'ailleurs dans le même
avion !
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Nous décidons de ne pas faire de toucher à Huahiné,
après tout, les touchers et les TDP, y'en a marre ! Cette fois,
nous sommes là pour profiter du spectacle et s'en mettre plein la
vue et faire autre chose que ce que l'on fait sans arrêt avec un
instructeur ! Alors nous descendons à 1500 ft pour faire un
tour de l'île dans le sens horaire. C'est sympa de s'amuser à
reconnaître les différents endroits où nous étions
allés en voiture la semaine précédente. Peu après
l'aéroport, nous survolons le Sofitel, puis nous entrons dans la
baie de Maroe, là où justement nous logions.
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Nous faisons un 360° dans cette large et magnifique baie où
chaque semaine viennent mouiller les bateaux de croisière, à
la mode en ce moment en Polynésie.
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Nous ressortons de la baie et continuons de descendre plein sud, dans
la partie de l'île où les bleus du lagon sont les plus beaux.
Bientôt, nous sommes à Parea (la pointe sud de l'île)
où notre fameux "président" local possède une "petite
propriété" selon ses propres paroles lors d'une sulfureuse
émission de Capital diffusée l'année dernière.
Tellement petite, qu'en cas de panne moteur ce serait un bon endroit pour
se poser s'il n'y avait pas tous ces cocotiers soigneusement alignés
et entretenus...
Nous remontons tranquillement notre tour en remontant par la côte
ouest. Nous passons travers le site de tournage du film "Le Prince
du Pacifique", et plus loin l'hôtel Te Tiare, avec ses bungalows
sur pilotis où j'ai eu la chance de passer un week-end.
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Peu après, en passant le long de la passe de Fare, je contacte le contrôle pour lui signaler comme convenu que nous mettons le cap sur Tahaa.
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