"Welcome abord this Seven-Seven-Seven
non-stop service to Phoenix, Arizona."
Les profonds soupirs mélancoliques
des GE90 s'élèvent doucement. Toujours un
petit régal d'observer
la faune à bord des avions de ligne : vieille anglaise échappée
de Buckingham, routards en guenilles et sac à dos, businessman pianotant
sur son portable
Financial Times à
la main, container à hotdog de 500 livres, cowgirl aux longs cheveux
blond, Stetson sur la tête...
Qui sera mon voisin ? Une
dame bien discrète, dommage...
Bon j'allume ma "moving
map", super ces petites télés individuelles !
Montée rapide au
390, l'Ecosse, la mer, puis d'immenses étendues de glace du
Gröenland jusqu'à
la Baie d'Hudson avec quelques rares marbrures d'eau çà et
là...Winnipeg est sous la neige.
![]() |
![]() |
There were plants and
birds and rocks and things,
There was sand and hills
and rings
On survole Minot, énorme
base de B52, le Mont Rushmore, (tiens ma voisine regarde "La Mort aux Trousses"
où une scène mémorable y a été tournée)
puis une étendue désertique
entrecoupée de curieuses
petites pièces d'eau bleutées, juste avant les Rockies enneigées.
Ca doit s'agiter en dessous
avec la fin de J.O...
Le 777 survole maintenant
une contrée montagneuse et désertique, le paysage est splendide.
à 25 minutes de l'arrivée les moteurs sont réduits
et l'on n’entendra plus le moindre souffle de gaz jusqu'au toucher.
Un long plané qui
se termine par un toucher d'une infinie douceur.
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
Welcome to Phoenix and the
Valley of the Sun. J'aime beaucoup Sky Harbor Airport. Il respecte l'architecture
hispanique de la région, pierre de sable sombre, vitres fumées...
Les formalités sont
expédiées en quelques secondes et avant 18 heures je décapote
la belle Chrysler vert foncé, intérieur sable qui glisse
gentiment sur la freeway parmi les énormes trucks, pick-ups, Harleys
et suburbans.
The first thing I met
was a fly with a buzz
And a sky with no clouds
The heat was hot and
the ground was dry
But the air was full
of sound
Il fait encore près
de 30° et il règne une certaine décontraction en cette
fin février.
Une délicieuse odeur
de feu de bois et de viande grillée parfume la ville, les terrasses
commencent à se remplir.
Valises vite déposées
et je file vers mon saloon préféré de Scottsdale Road,
le Lone Star, où m'attendent une bière bien fraîche,
des Poppers, et un steak digne de ce nom... Sweet home...
![]() |
![]() |
Lundi et mardi j'expédie
la partie business du voyage, présentation de mes résultats
au congrès à Tucson (200 personnes dans la salle arghhh),
contacts avec clients potentiels...
Tout se passe bien, maintenant
congés, on va pouvoir se défouler un peu !
After two days in the
desert sun
My skin began to turn
red
Sur le tarmac de Chandler
Airport il doit faire près de 35°, la roche rougeoie à
l'horizon.
J'ai rendez-vous à
16h30 avec Curt Langenhorst pour mon premier galop d'essai sur Great Lakes.
![]() |
![]() |
![]() |
Un vrai moustachu aux 4000
heures de voltige, largement surdimensionné pour moi, misérable
débutant...
| Son écurie : | Son avion | Diable pour s'installer là dedans... : |
![]() |
![]() |
![]() |
On a l'impression de descendre
dans des oubliettes. Il n'y a que les yeux qui dépassent et le haut
du tableau de bord n'est qu'à 10 cm de mon nez.
En tout et pour tout : badin
alti, pression d'huile. Câbles et tringles sont apparents partout.
Les freins sont aux talons.
"And if we have to bail
out ?"
"If you're afraid to die,
you manage to get out..."
Message reçu...
"Hey Franck let's taxi !
Make esses to see what you're going to run into..."
A basse vitesse au sol il
n'y a pas trop de problème de roulage, c'est plutôt moins
dur que le Cap.
Les palonniers sont très
durs et ça ne s'améliorera guère en vol.
"Great Lakes Four Seven
Lima, cleared to take-off runway zero four left, wind one zero degrees
ten knots..."
Gaz, pas, richesse, tout
en avant et avec 180 CV pour 400 kgs pleine charge, la
sensation d'arrachement
est phénoménale. "Stick the nose forward ! ''
Rotation à 60 mph
et on se dirige vers le box de voltige à 4 nm du terrain au-dessus
d'une zone montagneuse et désertique couleur pourpre.
![]() |
Pas rassuré du tout
j'essaie de voler à peu près droit, malgré l'absence
de tout instrument. Le vent me sèche les yeux et aspire mes lunettes
vers le haut. Pas confortable comme position...
"Hey Franck, let's have
some fun, make turns !"
J'essaie un 60° à
droite, diable ! Ca engage immédiatement, il faut se battre et l'avion
donne l'impression de tourner sur place.
"Use your bloody feet Franck
! Your feet you hear me ?" Ben il en faut un paquet et quelle dureté
!
J'essaie une barrique "Your
feet, your feet !" . Depuis quand il faut du pied dans une barrique ? En
fait il y a un lacet induit phénoménal et il faut vigoureusement
combattre toutes les traînées parasites aux pieds.
Un tonneau lent que j'arrête
au bout d'un quart de tour pour écouter les vociférations
du gars derrière (comprends rien avec ce vent dans le micro), je
ne tiens plus rien, et hop je pars en virage engagé par la gauche,
gaffe au relief !
Je rattrape ça sans
même réduire les gaz dans la panique, mais pas grave, elle
ne prend pas de vitesse cette vieille trapanelle...
Les boucles tirent-bouchonnent
pas mal (toujours ce travail au pied), mais les hammerheads passent mieux,
va savoir pourquoi !
45 minutes de ce festival
puis on rentre. J'ai mouillé la chemise...
A la réduction des
gaz, l'absence de souffle de l'hélice amène des bouffées
d'air et d'odeurs d'huile chaudes.
Curt descend, hilare. On
s'est bien marré mais le bouffon de service a une bien piètre
opinion de ses qualités de voltigeur...
After three days in the
desert fun
I was looking at a river
bed
And the story it told
of a river that flowed
Made me sad to think
it was dead.
Le lendemain on remet ça
avec Steve Smith, un gars plus calme.
Toujours le même box,
ses montagnes et ruisseaux à sec. Tout passe mieux mais avec toujours
le même concert de crachotements et d'incompréhensions à
la radio.
Les pieds travaillent mieux,
j'arrive même à passer un Immelman correct du premier coup,
bien plus facilement que
sur le Cap : moins de poids et hélice constant speed ça aide...
On termine le vol par une
superbe glissade en finale 22 droite.
Cette fois c'est fini.
Demain c'est le retour et
des heures de survol océanique avant de retrouver les frimas de
l'Europe en cette fin d'hiver.
After nine days I let
the horse run free
Cause the desert had
turned to sea...
You see I've been through
the desert on a horse with no name.
It felt good to be out
of the rain.
In the desert, you can
remember your name
Cause there ain't no
one to give you no pain...
A bientôt ?
![]() |
Way Out West lived a Coyote
named Franck...
...Et mon Mustang s'appelait
Great Lakes Four Seven Lima
Franck Rouppert
Mars 2002
Pour mettre ça en musique "A Horse with no name" (America)