Le retour du Super Constellation en Europe
Avril-Mai 2004

Après quelques jours de balade en Californie je suis arrivé à Camarillo point de départ du vol retour du Super Constellation vers l'Europe lundi prochain. Il y a encore quelques "bricoles" à faire avant que l'avion soit opérationnel mais TVB.

Dans quatre jours c’est le grand départ pour ce vol retour du Super Constellation vers l’Europe que j’attends depuis un peu plus de 3 ans. Il est donc prévu cet après-midi un vol de contrôle qui a une double nécessité, d’une part valider le bon fonctionnement du moteur n°3 qui vient d’être remplacé et le renouvellement de la licence d’un pilote.

8h00 du matin nous sommes dans les starting blocks avec mon épouse au pied de la passerelle avec un autre membre de l’association. Il fait beau, tempête de ciel bleu, pas un poil de vent (il se lève en général vers 10/11h). Et personne ! Nous avons travaillé tard hier soir donc patientons et premier coffee break de la journée. Il n’y a personne autour du B17 et du B24 de la Collings Foundation qui font escale à Camarillo pendant 3 jours. C’est leur tournée en Californie pour récupérer des dons et offrir 30 minutes de vol aux nostalgiques pour 400$. Je profite de ces instants de tranquillité pour prendre des photos de ces deux magnifiques machines. Après cet intermède nous enfilons nos combinaisons de travail et rejoignons nos collègues américains pour finir de préparer l’avion. Nous gonflons les pneus qui viennent d’être changés avant de vider l’avion de mille petites choses qui traînent, enlever les escabeaux et de refermer un dernier capot moteur.

13h l’heure du casse-croûte. Le restaurant de l’aéroport est complet nous filons un peu plus loin manger un hamburger en vitesse. Et nous attendons le testeur. Comme le décollage est prévu au plus tard à 14h nous sommes dans les temps. En définitive le décollage n’aura pas lieu avant 16h10.

Le démarrage des moteurs est toujours un moment exceptionnel pour moi cela me replonge 50 ans en arrière lorsque j’étais gosse et que j’accompagnais « au terrain » mon père chef d’escale à Air France en Turquie.

Décollage en 26 et montée tranquille jusqu’au Pacifique. Les deux officiers mécaniciens ont l’air satisfait du fonctionnement du nouveau moteur (et des autres !) car au bout d’un quart d’heure et comme nous sommes au large des côtes le test pilote débute. Les virages à forte inclinaison s’enchaînent puis arrive le moment que je déteste : le décrochage, sonnerie, buffering qui se sent bien comme je suis installé au niveau de l’emplanture des ailes et ensuite une petite abatée de rien du tout et remise des gaz. C’est moins impressionnant que dans une bétaillère. Ensuite le test se poursuit en VSV avant de se terminer par une approche sur Santa Barbara et retour à Camarillo.

Pour l’anecdote lors du roulage vers notre parking nous serons suivi par le B17 qui part en vol avec ses « clients » et avant de remonter partiellement la piste pour nous garer nous laisserons le B24 se poser. Les affaires marchent bien pour la Collings Foundation.

Retour au parking après un vol d’une heure trente, arrêt des moteurs commentaire de mon épouse, enthousiasmé par son vol : « C’est surtout moins bruyant que le DR400 ! ». Avec le collègue suisse pour notre part nous filons voir les nacelles moteurs pour constater les dégâts car demain nous allons devoir nettoyer toute l’huile qui s’est répanduz dessus. Il n’y a pas que les portes de hangar à ouvrir et à fermer pour mériter un vol !

Nous voyons descendre le pilote qui vient d’être testé il a vraiment mouillé le tee-shirt au propre comme au figuré ! Et dire que lundi…

A mon arrivée le B17 et le B24 de la "Collings Foundation" se sont posés pour un séjour de 2 jours ici. Sympa comme accueil.

Approche sur Santa Barabara La photo traditionnelle Le reflet de l'avion dans la nacelle du 3
       
 

Mon épouse participe également à la préparation. Sans être matcho elle aime bien le nettoyage des vitres

Poursuivi par un autre avion mythique, le B17 Dernière image de la journée. Il temps d'aller au lit! Il est bientôt 1h et demain il y a du nettoyage à faire.  
       

Malgré les derniers préparatifs avant le départ j'ai pu passer quelques instants au musée installé sur l'aéroport de Camarillo.

Dans ce musée qui dépend de la CAF se trouve un "Broussard" de l'ALAT en état de vol avec un nom "ARAMIS" en partie effacé à gauche derrière le moteur.

Le musée renferme aussi l'un des deux zéro en état de vol. C'est une version navalisée et l'avion rentre d'un tournage.
   

Première étape : De Camarillo(Californie) à Omaha (Nebraska)

       

26 avril 2004 Paso Omaha

Enfin le jour J. Réveil à 5h, impossible de continuer à rester au lit de toute façon le réveil va sonner dans une demi-heure !

06h00 la douche est prise, le petit déjeuner avalé, futur repas ce soir à Omaha mais en on reparlera ! Départ pour l’aéroport. Le jour se lève et comme les jours précédents il fait beau !

08h00 On termine les derniers préparatifs, dernier complément de plein. Il est maintenant temps de rendre la voiture de location.

Dernier briefing avant le vol :nous allons donc suivre l’itinéraire suivant nord de Los Angeles, Tucson (où se trouve les 2 autres Connies de l’association), El Paso, Wichita et enfin Omaha. Ce n’est pas le chemin le plus court mais notre avion n’est pas pressurisé et nous allons devoir voler « pas trop haut » ! Dernier interview de la télévision suisse (une équipe de la TSR va nous accompagner). Chargement des bagages après passage au « comptoir d’enregistrement » un simple pèse-personne de salle de bain pour compléter le manifeste. Signature de la feuille de vol puisque nous sommes des invités de l’association et que nous leur déclinons toutes responsabilités.
Au revoir aux amis membres de l’association qui ont passés plusieurs semaines à préparer le vol et qui vont rentrer en Europe par la voie traditionnelle !
Embarquement des invités l’installation des sièges fait que tout le monde pourra profiter du spectacle pendant le vol. Je m’installe dans le tiers arrière droit de l’avion où je vais disposer de 2 sièges pour moi.

09h30 Mise en route des moteurs : c’est l’effervescence à bord et des bouffées de souvenirs de jeunesse qui me reviennent.

09h52 Début du roulage notre parking est situé dans l’axe de la piste nous défilons devant l’autre EC121 (Super Constellation militaire version électronique). Des dizaines de spectateurs sont venus assister à notre départ car l’avion était sur ce terrain depuis de très nombreuses années et il va laisser un sacré vide !

L’équipage est composé du captain Francisco Paso (initiateur du projet en 2000), de Pat Farrel OPL mais aussi CDB de l’avion depuis 1994 lorsqu’il volait à Paso et Jerry Steele OMN ancien OMN de la Navy avec 8000h de vol sur Super Constellation. Il y deux autres OPL et un OMN en plus sur le vol qui vont se relayer aux commandes.

09h56 DECOLLAGE sous les vivats avec beaucoup d’émotion en ce qui me concerne.

10h01 Passage basse hauteur au dessus de la piste de Camarillo pour un dernier au revoir et montée en direction du Pacifique car l’avion va mettre un certain temps pour atteindre le FL 75 qui va être notre niveau pour le début du vol. Il va nous falloir deux tours au-dessus du Pacifique avant de prendre notre cap.

10h19 C’est fait nous pouvons prendre notre cap vers Tucson.

10h23 Dernier survol de Camarillo puis vient le survol des banlieues de Los Angeles.

11h25 Nous survolons Palm Spring ses immenses étendues d’éoliennes, sa centaine de golfs mais surtout l’aéroport sur lequel se trouve un superbe musée qui renferme une vingtaine de wardbirds en état de vol de la seconde guerre dont un B25 et un B17 magnifiques.

La routine du vol s’installe, avec mon siège incliné je rêvasse en regardant le désert défiléer sous nos ailes. L’aile monte et descend gentiment je vais presque m’endormir… Pour l’instant nous maintenons une vitesse sol de 190 kt.

11h30 Juste après Paso nous franchissons une rivière qui matérialise la frontière entre la Californie et l’Arizona. Il est temps que j’aille voir mes copains au poste.

11h45 Pat a céd sa place à Patrick Danalet autre OPL sur ce vol (dans le civil CDB de 757). Nous infléchissons notre route pour aller direct sur Tucson ce qui nous permet d’atteindre 230kt et avec une ETE de 48’.

12h30 Nous survolons Pimal Air Park qui est un terrain de stockage d’avions de ligne provisoirement inutilisés (ou parfois définitivement). Quatre minutes plus tard c’est le survol du Marana airport à Avra Valley où nous saluons dignement l’autre Super Constellation de l’association dont il a fallu arrêter la restauration pour diverses raisons en septembre 2002.

Concentration inhabituelle de 4 Constellation puisque au sol se trouvent 2 Constellation L749, un du Mats Connie et un autre en provenance du Nouveau Mexique en entretien plus notre super constellation N105CF et nous au FL75 !

Dernier battement d’ailes et bientôt nous survolons Tucson avec à gauche l’aéroport international et à gauche Davis Mountain et le Pima Museum.

Et tout cela depuis le jump seat il y a un plus beau cockpiston ?

Nous grimpons au FL95 avec un cap au 080, le désert défile toujours sous nos ailes cela devient même franchement désertique.

Il est l’heure de quitter mes copains pour aller me restaurer. Ce midi ce sera des nouilles au bœuf dans un gobelet à remplir d’eau chaude ! Gourmets passez votre chemin !

Après ces agapes une petite sieste me fait du bien. Nous avons passé El Paso et infléchis notre route vers le nord est. Progressivement le sol devient moins désertique avant de voir apparaître les grands cercles qui matérialisent les zones irrigués.

Des champs, des champs à perte de vue que coupent des routes à angle droit. Nous dépassons Dodge City et son célèbre Kit Carson (paraît-il !). Niveau 95 cap au 049 et des champs et encore des champs.

Une opération intéressante au bout de quelques heures de vol en l’occurrence satisfaire un besoin naturel. L’avion est un ancien EC121 militaire donc a priori spartiate ! Nous avons donc à l’arrière 2 toilettes et dont l’une comporte une sorte de grand entonnoir je vous laisse deviner la suite surtout lorsque l’on entre dans une zone de turbulences.

17h40 (19h40 locale) nous atterrissons à Omaha (Nebraska) et 10 minutes plus tard arrêt des moteurs au parking soit un vol de presque 8h dont plus de 2h sur le jump seat.

Hôtel superbe chambre, restaurant italien rapide en ville car nous partons de l’hôtel demain à 7h pour un vol presque aussi long.

Retour à l’hôtel. Bonne ou mauvaise nouvelle l’intercom pilote est à changer, il n’y a que la place gauche qui a la radio et la pièce arrivera vers 9h demain matin donc le départ est retardé de plusieurs heures.

Fin de la journée préparation du vol de demain avec mes copains Francisco et Patrick, tracé du vol qui court sur 4 cartes presque en ligne droite soit pas loin de 5 mètres de tracé.

Bon, il est pas loin de 1h du matin il est temps de dormir.

 

Vu aujourd'hui au musée du Strategic Air Command à Omaha (Nebraska) ce Mc Donnell XF85 "Goblin" qui était suspendu par un système de trapèze et de crochet dans la soute à bombe de B29 et B36 pour servir le cas échéant de chasseur d'escorte lorsque les bombardier se seraient trouvés trop loin des bases des chasseurs d'escorte traditionnels. Le larguage devait être pas mal mais la récupération devait être "sportive". Vous avez dit loufdingue?    

     

28 avril 2004 Deuxième étape: Omaha Manchester

Lever à 6h00 pour cette étape qui doit nous emmener d’Omaha à Manchester via le sud de Chicago, Cleveland et un détour par Niagara Falls.

Départ de l’hôtel à 7h 30, les « aventuriers » n’ont pas droit à la grasse matinée !

09h00 Démarrage des moteurs dans l’ordre 3, 4, 2 et 1. Arrêt du #4 pour purger un excès d’huile accumulé dans le bas des cylindres. Le moteur est rapidement redémarré. A bord moins d’effervescence que deux jours avant, le bruit des moteurs est toujours majestueux !

Le long de la clôture qui nous sépare de la route les voitures s’arrêtent sur les bas côtés pour admirer l’avion et une partie du personnel de l’aéroport nous mitraille, très contre productif tout ça !

Essai plein régime puis les volets puis……..

09h25 début du roulage. Un 737 de la Southwest puis un Airbus de Fedex décollent devant nous. J’ai eu l’impression que l’Airbus ne roulait pas trop vite pour nous regarder.

09h35 Rotation 120kt v1, 140 décollage et 150 en montée.

Une boucle pour saluer notre terrain et nous entamons notre périple vers l’est.

Toujours de champs à perte de vue avec des routes qui se coupent à angle droit. Le temps est beau et chaud (célèbre contrepèterie belge) avec des nuages épars en altitude et une légère brume en avant. Nous sommes à 7500 feet et l’Amérique défile sous nos yeux, c’est formidable de voir ces bus jaunes devant les écoles, les voitures et les maisons presque comme en avion léger.

10h45 Nous entrons dans une zone nuageuse avec des turbulences nous montons donc à 9500fts et tout se calme.

Aujourd’hui nous avons droit à des sandwichs, corbeille de crudités et de fruits livré par un traiteur les « bolinos » du vol précédent n’ont pas été apprécié à leur juste valeur !

11h20 nous passons au sud de Chicago.

La consommation d’huile est importante (entre 60 et 80 litres à l’heure pour les 4 moteurs). Nous avons donc des fûts de 200L dans la cabine (aujourd’hui 2) ce qui nous permet de faire un complément via une pompe installé dans la soute.

12h05 nous atteignons Toledo et le lac Erié et quelques minutes plus tard nous survolons l’aéroport de Cleveland. Nous entamons bientôt le détour qui va nous amener aux chutes du Niagara que nous sommes autorisés à survoler à 2500 feet sol et à faire un 360° autour.

13h10 Nous survolons ces fameuses chutes. Nous reprenons notre route vers Manchester pour voir sur le Garmin 530 du tableau de bord que nous sommes à 252kt record battu ?

Je passe une bonne partie du vol dans le cockpit avec le quatrième casque pour converser avec mes amis Francisco et Patrick. Francisco le CDB contacte Rochester APP après les chutes et le contrôleur tellement surpris nous demande de confirmer le type de l’avion. Il conclura stoïquement « qu’il pense qu’il ne doit en y avoir beaucoup dans le coin ! ». Il n’y a plus que 3 Super Constellation en état de vol au monde !

Nous faisons un passage bas au-dessus d’un petit aérodrome de campagne pour remercier un américain membre de l’association et qui a beaucoup œuvréà la réussite du projet avant d’atterrir à Manchester à 15h20. Il semble que tout l’aéroport côté aviation générale soit sur le tarmac à prendre des photos tellement il y a du monde !

5h45 d’un deuxième vol inoubliable.

 
Les chutes du Niagara Atterrissage à Manchester Vue de côté  

29 avril 2004 Manchester - Stephenville

L’étape d’aujourd’hui est courte ce qui nous permet de faire la grasse matinée jusqu’à 7h.

11h35 : Mise en route des moteurs et décollage. 20 minutes plus tard nous gratifions nos hôtes d’un soir d’un passage bas et en route pour le Canada et Terre-Neuve en longeant l’Atlantique à notre droite.

13h10 Nous franchissons la frontière canadienne après avoir survolé Auburn-Lewiston airport dans le Maine et son repaire de starliners. Une demi-heure plus tard nous survolons un des plus longs ponts au monde qui relie l’Ile Edward au continent. Nous volons à 5500 feets.

Avant-goût du vol maritime avec la traversée de la baie du Saint Laurent pendant une petite heure. Nous faisons un 360° autour cette petite merveille qu’est l’île de La Madeleine, contraste entre la terre rouge, le blanc de la neige résiduelle et le bleu de la mer.

15h00 Nous arrivons à Terre Neuve et un quart d’heure plus tard l’équipage nous gratifie d’un kiss landing. Nous avons volé pendant 3h25.

Pont qui relie l'île Edward au continent Iles de la Madeleine Nettoyage de printemps Les pompiers de l'aéroport sont venus visiter l'avion avec une partie de leur matériel et derrière 5 Jaguar en courte escale

Débarquement avec un vent du nord qui nous fait grelotter malgré nos gros anoraks ! Les 30° de la Californie sont bien loin. Un passage en douane sympathique où le douanier appose son tampon sur nos passeports accroupis devant une table basse entre un superbe napperon et un pot de fleur. J’ai enfin la curiosité de regarder le détail de la liste des occupants de l’avion nous sommes 22 Suisses, 4 Américains (une partie de l’équipage et un mécanicien), 3 Français (cocorico), 2 Allemands et enfin 1 autrichien.

L’accueil du personnel de l’aéroport est très chaleureux et pendant tout le séjour ils seront aux petits soins pour nous.
L’avion repart pour une séance vidéo pour l’équipe de télé suisse et nous en profitons pour faire des centaines de photos sous toutes les coutures.


 
Polissage de l'hélice à Stephenville Aligné Atterrissage Kesaco facile

2 mai 2004 Stephenville Prestwick

   
Démarrage à l'aube Sortie échappement Lever de soleil Réserve de glaçons

Réveil à 3h du matin après une courte nuit car nous avons profité de cette escale pour nettoyer les moteurs et la cellule souillés par l’huile non brûlée. En outre une vérification du bon fonctionnement du train avant s’est avérée nécessaire. Opération rendue possible par la fabrication d’un bâti ad hoc monté sur un chariot élévateur supportant 20 tonnes. Après un breakfast à l’aéroport nous embarquons à 5h. Le personnel de ce petit aéroport se sera mis en quatre pour nous accueillir que ce soit pour nous fournir en café, pizza ou nous transporter à l’hôtel.

5h30: mise en route des moteurs il fait encore nuit et la combustion de huile donne de grandes flammes pendant un instant, au point fixe les échappements sont portés à un rouge très spectaculaire me rappelant beaucoup de souvenirs.

Décollage en 09 à 6h00 pour 9h de vol. Progressivement nous nous élevons et voyons le soleil se lever entre deux moteurs.

Le froid s’installe et là il est temps de revêtir la tenue de ski, heureusement progressivement avec le soleil la cabine se réchauffe. Nous quittons la terre ferme en survolant une ville au doux nom de Fleur de Lys.

8H00 nous passons le point 53N 50W nous quittons Gander radio pour passer sur 123,450. Nous entrons en contact avec un instructeur ULM de Bellegarde qui fait route vers Keyflavik avec un Cessna 172. Le monde de l’aviation est petit !

Nous volons à 4500 feet et sous nos ailes défilent des blocs de glace qui se transforment en petits icebergs avant de voir progressivement les blocs se souder mais malheureusement aussi les nuages qui vont nous accompagner jusqu’en Ecosse.

Notre prochain point 56N 40West devant nous à 1h40 nous progressons à 235 kt au 78° température extérieure 5°. De temps en temps l’équipage discute avec les autres avions qui croisent largement au-dessus.

La température extérieure descend à zéro degré ce qui est très supportable. Comme au départ de Camarillo il était prévu de faire escale en Islande nous avions prévu une température largement inférieure et nous étions équipés en conséquence.

Nous passons au large de l’Irlande quelque part sous la couche. D’un seul coup par une trouée nous voyons la côte et un terrain militaire désaffecté avec ses pistes en triangle. J’éprouve un mélange de sentiments où se mêle le soulagement d’être arrivé en Europe après plus de 3 ans de rêve mais aussi cette impression qu’une page se tourne et que les choses ne seront plus tout à fait pareilles maintenant. J’ai déjà la nostalgie de ces heures passées à contempler la terre ou la mer défilant sous les ailes.

Un petit quart d’heure plus tard nous faisons un premier passage au-dessus de l’aéroport où nous voyons très bien les curieux agglutinés au bord des pistes et les spotters en planque à l’entrée de piste.

Au bout 8h45 de vol nous nous posons. C’est fait il y a maintenant un Super Constellation en Europe !

 
Equipage à trois Un peu de repos Il a vraiment l'air heureux d'être en Europe
     
   
Atterrissage à Prestwick. Un spotter écossais nous a donne cette superbe photo de notre atterrissage. Décollage d'un 747 Air France Cargo F-GCBD devant le Super Constellation. Journée très agréable qui a commencé sous la pluie pour se terminer sous le soleil ce qui a permis un lavage complet de la cellule.    

Jeudi 6 mai 2004 Prestwick Le Bourget

7h00 Je descends voir si l’accès Internet de l’hôtel est libre car notre décollage est prévu vers 11h j’ai donc largement le temps. Surprise l’équipage part à l’avion et Patrick Danalet a juste le temps de m’apprendre que la météo prévoit un créneau favorable à notre retour vers Paris plus tôt que prévu. Donc nous allons nous passer de petit déjeuner ce n’est pas grave, il y a des réserves à bord et boucler rapidement nos bagages.

9h45 Nous décollons dans une atmosphère humide et des nuages bas et rapidement nous sommes au-dessus de la couche, dommage !
A l’arrivée sur la côte anglaise d’un seul coup les nuages s’effacent nous permettant de voir Douvres et de longer un moment ses falaises (je ne suis pas un familier du coin mais cela ressemble bien). Nous mettons bientôt le cap vers la France que nous atteignons au nord du cap Gris-Nez que je pense distinguer au loin mais la couche se reforme rapidement.
Le péage sur la A1 et Creil sont mes premiers points de repère avant l’arrivée au Bourget car il est impossible de distinguer quoique se soit dehors et l’accès au poste est impossible avec trois équipes de télé à bord qui se partagent la place. Nous sommes loin de la tranquillité des premières étapes où je squattais le quatrième siège pendant des heures !
Nous arrivons, CDG défile à notre droite puis je distingue l’endroit où la fille d’un ami très proche a trouvé la mort le 25 juillet 2000 !

La piste arrive enfin ça y est « il » est en France nous avons terminé un vol de 2h30 mais notre départ matinal a bouleversé l’horaire « protocolaire » donc nous allons patienter jusqu’à 15h sur le parking de « Privatair », un de nos sponsors. Pour la première fois nous prenons conscience de l’impact de notre avion sur les passionnés par l’aviation ou tout simplement les curieux car nous sommes rapidement encerclés par des dizaines de personnes. Tous les métiers de l’aéroport semblent s’être réunis sur place. Les pompiers, les essenciers, les administratifs, les gendarmes, les…….

14h55 nous reprenons le chemin du Musée de l’Air où nous attend une arche d’eau réalisée par les pompiers de l’aéroport. Pour la petite histoire l’eau au contact des moteurs surchauffés génère un nuage de vapeur d’eau qui nous bouche la vue pendant quelques secondes.

Arrêt des moteurs. Malgré le fait qu’il reste encore une étape jusqu’à Bâle j’ai l’impression que la fête est finie, les sponsors, les journalistes nous volent nos amis de l’équipage (et c’est normal).

Je quitte ma place (12C) qui m’a accueillis pendant une trentaine d’heures et je rejoins mon épouse et ma famille au bas de l’échelle.

Côtes anglaises Enfin à Paris Dorine et ses équipiers Mer de nuages On top

Samedi 8 mai 2004 Le Bourget Bâle

J’ai pu constater combien l’engouement pour l’avion était grand toute l’après-midi d’hier avec les divers visiteurs de l’aéroport qui ont franchi la porte de l’avion. Dommage que l’avion ait du être éloigné du parking du Musée de l’Air pour une sombre histoire de manque de personnel pour contrôler l’accès à ce parking !

L’avion a été nettoyé de fond en comble bénévolement par un prestataire de services de l’aéroport qui a également enlevé au Karcher l’huile déposée sur les ailes et les moteurs. Il pleut à verse et les nuages bas bouleversent notre planning qui prévoyait en particulier une séance photos vers Dijon.

Nous décollons à 10h00 pour rentrer immédiatement dans les nuages que nous quitterons peu de temps avant d’arriver à notre destination. Nous volons à 4000feets. Pour ce voyage tous les sièges libres sont occupés par les sponsors et les journalistes obligeant même notre mécanicien sol à rejoindre Bâle par ses propres moyens !
Les turbulences et l’approche de la fin du voyage font que la majorité des passagers (j’ai faillis écrire « les vrais ») ont incliné leurs sièges et se sont réfugiés dans le sommeil ou la rêverie nous sommes loin de l’exubérance du début.

11h15 Nous survolons le nouveau port d’attache de l’avion et comme nous sommes en avance nous orbitons pendant une vingtaine de minutes autour de Bâle le temps de permettre aux milliers de visiteurs de satisfaire aux contrôles de sécurité et de se masser autour du parking.

11h40 nous nous posons, nous empruntons le taxiway pour rejoindre l’aéroport. Pendant ce roulage nous sommes suivis par un hélicoptère de la télé suisse qui nous filme à une vingtaine de mètres.

Les consignes de sécurité sont oubliées et nous nous regroupons autour de Monica notre « hôtesse » pour sabler le champagne pendant que l’équipage nous conduit sereinement au parking.

Nous avons volé 31h 05 pour rejoindre Bâle depuis Camarillo. Heures merveilleuses et qui sont passées sans nous en rendre compte.

Je franchis pour la dernière fois lors de ce voyage la porte et je découvre l’ampleur du phénomène Super Constellation pour les Suisses. Je savais que des milliers de suisses nous attendaient avec impatience mais je ne pensais pas voir autant de monde massé derrière les barrières. L’ancien orchestre de « Swissair » joue des vieux airs américains des dizaines de caméras encerclent l’équipage et je réalise que là c’est définitivement fini et qu’il ne reste plus qu’à trouver le chemin de la gare pour rentre à la maison.

René Lachartre

   
Le Super Constellation s'est posé à 11h 40 local en piste 26 à LFSB.
Seul "spotter" sur cette axe, "l'émotion" m'a fait fait rater les cadrages, Mer@¤$&§ !
Enfin il est là posé pas cassé. Jacques Haertig
Arrivée à bon port La foule Les journalistes    

VOIR LES VIDEOS DE RENE

Le Constellation à Stephenville (485 Ko)...

Démarrage du moteur 1 à Stephenville (168 Ko)...

Atterrissage d'un B24 (279 Ko)...

Démarrage matinal (1466 Ko)...

Au-dessus de l'Atlantique (2113 Ko)...

Prestwick - Le Bourget (4463 Ko)...


Samedi, 10 heures : Je reçois un email m'annonçant que le Super Constellation sera à Genève avant de s'envoler pour la Ferté et qu'il sera visitable pour les membres de l'association.
Arghhhh ! Je me suis inscrit jeudi seulement et je n'ai pas encore de carte de membre... Je fais une impression de la page web de mon compte, avec le numéro d'adhérent, me disant que je pourrais toujours négocier la visite et au pire, bin je me mettrais en bout de piste pour le voir poser, ce qui en plus me donnerais l'occasion de croiser un ou deux CHolibris (Caroline ou Manu).

14h15 : Bon, c'est l'heure d'y aller. Au passage, à tout hasard, je regarde dans ma boîte aux lettres et je découvre avec ravissement ma carte de membre de la Super Constellation Flyers ! Cooooool, pas besoin de négocier, la visite est dans la poche !

15h : Dans le hall de Cointrin, une 30aines de personnes attendent avec moi. Je croise Caroline qui elle, n'est malheureusement pas membre. Je lui indique le chemin pour trouver le bout de piste et nous discutons 5 minutes.
Quelques minutes plus tard, nous nous déshabillons en groupe devant les forces de l'ordre avant de leurs présenter nos papiers et un bus nous amène vers le parc où se rangera Connie. Dommage, il y a quelques avions devant nous qui nous empêcheront de voir l'atterrissage.

15h35 Le responsable du groupe nous annonce que Connie a un peu de retard et ne passera le VOR de St-Prex qu'à 16h20 ! Avec les bourrasques du Nord qui nous refroidissent sur le tarmac, la moitié des gens présents se remettent à l'abri dans le bus. J'envoie un SMS à Caro pour lui signaler le retard.

15h50 Le temps que j'écrive sur ce &ç%**ç%& de clavier de téléphone, un ronflement quadri-motorisé retenti dans le ciel. Il arrive !!! Il est là !!! Ceux qui sont restés dehors crient à ceux qui sont dans le bus de sortir. On le cherche des yeux, à gauche, à droite, dans l'axe... Ah ! Il est là, au-dessus de la ville et croise la piste pour partir en vent arrière par la gauche le long du Jura. Je renvoie vite un SMS à Caro pour la prévenir.

15h55 Après avoir disparu quelques minutes, je le vois aux jumelles en no 2 en finale. Quelle gueule avec ses 4 moteurs dont un a l'air de fumer un peu plus que les autres ! Je ne peux m'empêcher de penser qu'au niveau de la pollution, on a fait des progrès, heureusement...
Zut, il passe derrière les avions parqués, se pose et roule au loin, je ne le vois plus. Les pompiers sont prêts, les moteurs des pompes se mettent en marche. Voilà le follow me. Tout le monde tend le cou et les appareils photos. Je constate que les trois quarts du personnel sur les pistes est dehors et tous le regard scotché dans la même direction.
Ça y est ! Connie arrive lentement, les jets des pompiers se mettent en branle et il passe fièrement sous l'eau et sous les vivats du public.
Les appareils photos crépitent, ce qui est un exploit quand on pense que tous les appareils présents sont numériques. Je suis juste dans l'axe du parc, il tourne face à moi pendant que le gars du follow me sort avec ses palettes. Génial !
En un instant je remonte le temps. Je me retrouve petit garçon d'une dizaine d'années qui venait avec ses parents le dimanche, pratiquement au même endroit. La seule différence c'est que la petite barrière en bois et les 10 mètres de gazon qui me séparaient des DC3 et autres Connies ont fait place aux barbelés et au béton.

16h07 : Moteurs arrêtés. Applaudissements. L'équipage descent l'escalier et est accueilli par les enfants du cmd de bord. Nous patientons quelques instants et on nous donne enfin l'autorisation de voir l'intérieur de la bête. En montant, je ne peux m'empêcher de caresser brièvement le fuselage, séquence frisson... Depuis toutes ces années où j'ai rêvé monter dans cet avion, il m'aura fallu attendre 40 ans pour que le rêve se réalise à moitié. L'autre moitié étant de faire un vol, bien sûr.
L'intérieur est très spartiate, une dizaine de rangées de double-sièges, pas de décorations, les toilettes au fond, 2 couchettes du côté du poste. Je m'assieds près d'une fenêtre et en fermant les yeux, je m'imagine en vol... Rhâââ... il faut vraiment que je m'offre un vol dès que possible ! Je fais quelques photos et je me dirige du côté du poste de pilotage avec la foule. Ma foi, je constate que c'est assez spartiate. Je fais (vite) 2 photos et je laisse ma place au suivant avant de ressortir faire le tour de l'avion pour faire d'autres images. Dingue ! Même pas une heure à l'arrêt et déjà de grosses flaques d'huile sous les 4 moteurs !

17h Il est l'heure de laisser Connie et de rentrer. Je me réjouis de le revoir voler à La Ferté...

Claude Tamone, LSGG

Voir les photos de Claude

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Petit souvenir de La Ferté