Pointe-Noire, Congo. Dimanche 22 novembre 1998.
Après
être passée devant le panneau prédestiné qui
jalonne, comme par hasard, "LA" route de l'aéroport, j'arrive à
l'A/C à 11h00. Le temps est un peu couvert. Renseignements pris
auprès du chef pilote, c'est bon : "Vas-y tant que tu peux y aller
!". Je traduis : on n'est pas sûr qu'il n'y aient pas des trombes
d'eau qui nous tombent dessus d'ici 1 heure, comme la veille... ;o)
Car aujourd'hui, c'est le grand jour : je vais faire ma première vraie nav' toute seule : le tour des points d'entrée de la CTR de Pointe-Noire, Congo.
Tata Alex a préparé
consciencieusement sa nav' depuis plusieurs jours, à l'aide de la
carte ONC M-3 au 1:1 000 000, celle où
se disputent d'innombrables petits cercles bleus annotés "position
approximate", et de grandes zones indiquées "Limits of reliable
information"... Benoît, c'est la même chose en Afrique de l'Est
?... ;o)
La
prévol ayant notamment permis de vérifier qu'il y a de l'essence
(ce qui n'est pas toujours le cas, pénuries obligent...), le Rallye
MS893E de l'A/C de PNR, alias TN-AFO, est prêt à aller se
promener rien qu'avec Bibi, bien décidée à vaincre
son angoisse (ben oui, quand même un peu...)...
11h23 : alignée prête à décoller piste 17.
Et c'est parti pour le tour des points d'entrée de la CTR dans le sens Sud, Est, Nord (à l'Ouest, c'est la mer...). Durée prévue : 57', pour une autonomie de 5 heures. Ca va, j'ai de quoi me perdre... J'aurais eu tort de ne pas en profiter !... ;o)
Premier
point tournant au cap 143 au bout de quelques minutes, trop courtes pour
moi : Nzassi, un village après un lac, et juste avant le Cabinda.
Je passe le lac Cayo (le "Lac aux papyrus"), et maintiens mon cap. "Dis
donc, il est quand même TRES grand ce lac devant !". Contournement
par le Nord : je n'ai pas ni gilet de sauvetage, ni mon matériel
de plongée... Je regarde ma carte et ma montre... "Euuuhhh. Je pense
que je suis allée un peu trop loin...". D'ailleurs, ce lac, il est
au Cabinda... Il faut dire que la frontière est assez floue vue
du ciel (contrairement à la frontière entre le Botswana et
la Namibie au niveau du Kalahari : un vrai trait de crayon le long d'un
méridien, séparant deux vastes étendues bicolores
!!!! Easy !). J'aimerais bien vous y voir à repérer un village
paumé au milieu de la forêt ! C'est décidé :
il faudra faire des photos de
ces
points d'entrée et se les mettre dans la tête ! [Nzassi :
tombée pile dessus à la deuxième nav' :o) ]
Bon, je suis donc déjà perdue ! Il vaut mieux ne pas continuer dans cette direction, parce que je n'ai aucune intention de servir de cible à un lance-roquette... "Je rentre à PNR ou bien je retente le coup ?...". Allez, je retente le coup (pas Bretonne pour rien...). Je retourne rapidement sur mes pas (sur le "souffle" de mon avion, devrais-je dire), et ayant estimé me retrouver à couper le deuxième cap, je vire pour le récupérer... Bon, pas très rigoureux, mais ça marche... :o)
Cap au 038 vers le deuxième point : petites gouttes de pluie sur le pare-brise. Ca mouille, mais ça n'empêche pas de voler et de regarder bien au loin pour conserver le cap. Je reste attentive au trafic radio. Ca va, je peux continuer à me perdre sans trop risquer de rencontrer du monde...
Louis (pilote, listard... et collègue au RDC du bâtiment !) précise que, si je ne risque pas de rencontrer un jet militaire à basse ou haute altitude, il faut tout de même se méfier des avions, type Antonov, pilotés par des Russes. Il semblerait en effet qu'ils annoncent souvent des positions erronées, tant en altitude (leurs altimètres sont gradués en mètres) qu'en distance par rapport aux installations (ils s'annonceraient très souvent plus près qu'ils ne sont, afin d'avoir la priorité... Oh, voyons Louis ! Ce n'est pas possible, ce genre de choses !... ;o) Et puis, d'abord, je ne parle pas russe : NIET !). Bon, ben alors, j'ai eu de la chance cette fois-là (et les suivantes...).
"En tout cas, vraiment", je vous promets la SUPER-MEGA-PHOTO-DU-LUNDI si j'arrive à en photographier un ! Vous savez, un peu comme dans Top Gun... ;o)
Revenons à ma nav'...
Deuxième point : Manenga, un AUTRE village. "Oh ! Ben ce gros patelin avec 5 maisons, ça doit être ça". Le top, la carte. Ah ben, non, c'était bien le village d'avant, sinon, je ne serais pas obligée de retourner vers le Sud pour arriver sur un petit lac, d'où je récupère ma route en repartant vers le Nord-ouest...
Cap
au 320 vers le troisième point : régulièrement, vérification
des paramètres. Ce TN-AFO est vraiment sympa : tout est toujours
dans le vert. Et moi aussi... La nature environnante est superbe : c'est
la saison des pluies, et la "campagne" a revêtu tous les tons de
vert de la création : plantations d'eucalyptus, forêt équatoriale,
savane herbeuse, marécages, etc. Rien que des terrains vachables...
Quelques pistes de latérite
ou de sable deci-delà, histoire d'offrir quelques repères
aux pilotes en vadrouille, pour ne pas dire : en perdition... Ah ! Louis
me précise de ne pas me fier aux pistes en latérite ou aux
petits villages, leur position étant variable dans le temps... (sic
!). A bien y réfléchir, je crois qu'il a raison : cela doit
expliquer pourquoi que je me perdais ! ;o)
Troisième point : Hinda, un "gros" village. Heureusement que Louis m'avait aidé à préparer la nav', parce que sur la carte, cela s'appelle toujours Saint-Paul... (de même que Dolisie est parfois indiquée Loubomo...). Au top, survol d'un gros patelin. "Bon alors, c'est ça ? Non, ça doit pas être ça : j'aurais dû traverser une voie ferrée. Ca doit être le village que j'aperçois au loin, alors". Verticale le "village que j'apercevais au loin". Ah, ben, non : c'était le précédent... Il faudra que je repère cette voie ferrée la prochaine fois... Avec tous ces allers-retours, j'ai 15 minutes de retard sur le temps prévu au moment de la préparation de la nav'. Et pas seulement à cause de la vitesse un peu "faible" de l'appareil... Les cases "ETA" de ma feuille de nav' sont maculées d'horribles traînées grises. La prochaine fois, je prendrai une autre gomme...
Appel au contrôle PNR : "Pointe-Noire de Fox-Oscar, verticale Yinda à 1500 ft. Prends direction Tchissanga" (Oui, euh... C'est à dire que je vais un peu écourter ma nav' : le Lac Mbouda, ce sera pour la prochaine fois...). "Rappelez verticale Tchissanga, Fox-Oscar". "Pointe-Noire de Fox-Oscar. Rappellerai verticale Tchissanga".
Alors là, pas de problème. Je prends le 270, et direction : l'océan Atlantique. Ca, au moins, ici, c'est facile ! :o)
Ah,
comme c'est beau vu du ciel ! Tiens, les eucalyptus sont également
plantés en cercles concentriques ? Et moi qui pensais que ce n'était
qu'en lignes droites infinies le long desquelles j'allais faire des balades
en moto ! En effet, environ 80 000 hectares d'eucalyptus ont été
plantés et sont cultivés autour de Pointe-Noire et exportés,
notamment pour faire de la pâte à papier. Et ces gorges de
latérite ! Wahou ! Elles ne valent pas toutes celles de Diosso (que
je vais bientôt survoler le long de la mer), mais elles sont vraiment
belles quand même : des pans entiers de terre rouge orangé
dégringolant en contrebas ! Et le plus étonnant, c'est que
c'est au milieu de nulle part, avec la nature verdoyante qui tente de ne
pas céder de terrain. Mais comment voudrait-elle lutter contre le
ravinement ? La saison des pluies est ravageuse.
![]() |
![]() |
![]() |
12h30 : verticale Tchissanga. ET LA, J'EN SUIS SURE !!!! : c'est la plage... :o)
"Pointe-Noire de Fox-Oscar. Verticale Tchissanga à 1500 ft pour réintégrer le circuit". "Fox-Oscar. Autorisé à réintégrer le circuit. Rappelez en longue finale 17". OK, je rappellerai Nathalie quand je serai en vue de la 17.
Ah,
je suis en terrain connu, maintenant. Contournement d'une petite boule
de coton qui se prend pour un nuage, survol de Pointe-Indienne, où
à cette heure-ci, toutes les familles ponténégrines
sont en train de prendre l'apéro assises sous le toit de leur case
à l'abri du soleil au zénith, face à la mer troublée
par les alluvions. Moi, je préfère être là-haut.
D'ailleurs, cela fait quelques mois que je n'y suis pas allée, à
Pointe-Indienne...
Je rejoins le 170. VOR axé. Je prépare la machine... Test des freins, pompe à essence, plein petit pas, réduction pour pouvoir sortir un cran de volets, phares, train (fictif), volets. 70 kts, -300 ft/min. Tout est dans le vert. Nathalie m'a même mis le PAPI (et pourquoi, d'abord ?...).
12h36 : Atterrissage. Impec'.
Je range l'avion au parking, clôture la fréquence, et arrête tout très calmement.
Et là, je suis heureuse, même si j'ai 16 minutes de retard...
Alexandra, qui ne saura pas vous commenter le service Air France, vu que leurs liaisons sur le Congo sont annulées.
Eh oui, comme quoi il y
a des constantes en Afrique. Nous sommes principalement sous L5 et M5,
où l'on découvre :
Maximum Elevation Figures
are believed not to exceed xxxx feet
Relief Data Incomplete
Relief data unreliable
Vertical Obstructions,
including powerlines have been extracted from the most reliable sources
available; however, there is no assurance that all are shown or that their
locations or height are exact.
approximate alignement
(Ben avec ça...)
Position Approximate
Position Unknown
( :-))) )
Du coup quand on essaye de naviguer plus précis on se sert par ici d'une carte routière. Cette carte au 1: 1 000 000 est d'ailleur malheureusement introuvable car le gouvernement l'a faite retirer des libraires et autres boutiques ; raison: il y a un petit coin entre le Soudan et le Kenya qui appartient, en théorie, au Soudan mais ou, en pratique, seul le Kenya est présent. Il y a quinze ans le Kenya a donc remonté la frontiàre d'une centaine de Nautiques, ni vu ni connu, et si plus tard le Soudan demande, la réponse serait: "Ah bon ? mais non ! Regardez nos cartes ! Vous devez faire erreur ..." ... Comme ça, ca donnera l'occasion de faire une petite guerre de plus...
Benoît
HKNW Nairobi
benoit@net2000ke.com
|
|