Vacances aéronautiques en Nouvelle Calédonie
 
Stéphan est arrivé en "voisin" de Tahiti pour découvrir la Nouvelle Calédonie avec deux colibris, Daniel Cros et Lolo. 
Récit de Stéphan,photos Stéphan & Daniel.
Page 1 - Page 2 - Page 3 - Page 4
Vendredi 7 août 2003

C'est à 10h que nous retrouvons sur le tarmac de Maré - La Roche notre Mooney qui a passé une nuit bien fraîche sous sa bâche. Je monte à la tour demander un tampon sur mon carnet de vol, et le sympathique AFIS me parle... de Lolo ("il est où, il n'était pas avec vous hier soir ?")! La vache, mais existe t-il une personne en Calédonie qui ne connaisse pas Lolo !
Celui-ci est en fait en pleine discussion avec ses collègues pilotes d'un ATR d'Air Calédonie tout juste posé, et qui font là une escale de 30mn avant de rentrer sur Magenta.

Le Mooney est chargé, et cette fois c'est moi qui ait l'honneur de l'arracher à la piste pour un vol d'un peu plus de 200 NM qui s'annonce grandiose.
Le ciel est superbe encore aujourd'hui ; il y a bien quelques petits cumulus au dessus de Maré, mais partout ailleurs il est d'une limpidité parfaite.
Nous allons à Koné, sur la côte Ouest de la Grande Terre où nous déjeunerons, mais avant cela, nous comptons bien en prendre plein les yeux avec le paysage et profiter pleinement de cette magnifique météo.

Décollage et montée à 4500 ft, au dessus d'un Pacifique d'huile, cap sur le VOR de Lifou qui nous tend les bras, à 62 NM de là. Quelques petits cumulus sont devant nous et nous cachent partiellement la vue de l'île Tiga sur la droite, alors que sur la gauche défilent les îlots inhabités Dudun et Nié, tout en longueur.
Alors que nous les longeons, le contrôle de Tontouta qui gère cette région semble ne pas trouver trace de notre plan de vol. Pas de souci cependant ; comme vous l'aurez deviné, il reconnaît Lolo au micro qui est un de ses amis et lui demande si nous en avons effectivement déposé un. Bien sûr, mais visiblement l'agent Afis de Maré était pressé de rentrer chez lui dès l'ATR régulier envolé, et il a sans doute oublié d'activer notre plan de vol...
Lolo règle l'affaire entre "amis" et nous continuons sereinement notre navigation.
Nous abordons la côte nord de Lifou qui abrite la baie de Chateaubriand. Lifou comme sa jumelle Maré, n'est en fait qu'un plateau calcaire, couvert d'une végétation tropicale, aux falaises abruptes qui tombent dans un étroit lagon aux couleurs sublimes.
La piste de Lifou est bien en vue, celle là même où je suis venu de nuit, 30 minutes en escale avec Lolo trois jours plus tôt. Je repère le VOR posé sur un côté de la piste, et il bascule alors même qu'Ouvéa est maintenant bien en vue devant nous, à environ 35 NM.
 

caillou11.jpg caillou11.jpg caillou11.jpg
LIFOU la magnifique baie de CHATEAUBRIANT. Lifou La piste de Lifou

Ouvéa. Qui ne connaît pas ce nom tristement célèbre, d'une île pourtant paradisiaque. C'est ici que ce sont déroulés quelqu'un des évènements les plus sanglants de l'histoire de la Nouvelle Calédonie.
En avril 1988, entre les deux tours des élections présidentielles, le personnel de l'ordinairement paisible brigade de gendarmerie de Fayaoué est pris en otage et séquestré dans une grotte, près de Goosana, dans le nord de l'île. 4 gendarmes sont tués. L'île est décrétée zone militaire, et 300 militaires y débarquent. A trois jours du scrutin du deuxième tour de l'élection présidentielle, le GIGN donne l'assaut et tue l'ensemble des preneurs d'otages, libérant les gendarmes rescapés. L'affaire fera grand bruit, et marque à jamais l'histoire du territoire, d'autant plus qu'un an jour pour jour après l'assaut, Jean Marie Tjibaou et Yéwéné Yéwéné venus célébrer l'anniversaire de cet évènement douloureux, sont assassinés à leur tour à Ouvéa par l'un des leurs, qui ne leur a pas pardonné la signature des accords de Matignon.

C'est d'ailleurs par la région des grottes du nord et le village de Goosana que nous abordons Ouvéa, où je suis descendu à 500 ft. Le décor est magnifique. D'un côté, l'océan Pacifique, calme, bleu nuit, aux eaux à peine ridées. De l'autre le lagon, bleu turquoise, et entre les deux, une languette de corail de près de 50 km, recouverte de cocotiers, bordée d'un sable à la blancheur éclatante. Cela dit, comme souvent ici paraît-il, les cocoteraies engendrent quelques ascendances turbulentes dans les basses couches, et pour éviter d'être secoués, c'est légèrement décalés côté lagon que nous nous offrons plus de 20 NM de survol aux 500ft réglementaires. 
C'est tout simplement le très grand pied !
Le spectacle est à tomber par terre et dans ces moments là, on ne regrette pas d'avoir appris à piloter afin d'avoir le privilège de vivre des instants pareils.
 

caillou11.jpg caillou11.jpg caillou11.jpg
OUVEA arrivée par le nord St JOSEPH, en bas à gauche GOSSHANNA. OUVEA coupant l'axe 13. OUVEA le warf a bâteaux.

Après avoir passé la zone nord de l'île, plus large, et le village de St Joseph, nous poursuivons sur Fayaoué en logeant l'étroite languette de 400m où se situe le col du Casse cou, le point le plus étroit de  cette île tout en longueur. La piste d'aviation d'Ouvéa - Hulup passe sur notre travers gauche, ligne blanche bien visible au milieu d'une immense cocoteraie très verte. Lolo m'explique que les turbulences en finale y sont parfois impressionnantes.
Sur notre droite, dans ce qui constitue un lagon au plateau corallien effondré et donc très largement ouvert sur l'océan, nous devinons les récifs et les petits îles des Pléiades du nord et du sud.
Le spectacle prend fin en apothéose au niveau du pont de Mouly, petite construction qui relie deux îles entre elles au dessus d'un spectacle typique de la vision de l'Eden tropical.
 

caillou11.jpg caillou11.jpg caillou11.jpg
Ouvéa, à droite le lagon, à gauche l'océan, pdt 40 km Ouvéa, le pont de Mouly Finale à Touho

C'est déjà fini, et je remets Alpha Tango en montée, pour franchir sereinement les 75 NM d'océan qui nous séparent de la côte Est de la Grande Terre et de la piste de Touho où nous ferons un passage. Comme convenu Lolo informe le contrôle  : "Finies les belles photos on met le cap sur Touho et on remonte à 4500 ft".
Le contrôleur est vert de rage coincé dans sa tour par une météo fantastique et alors qu'il nous sait en train de vivre des minutes inoubliables.
" - Arrrgghhh, rappelez Touho" !

La Grande Terre est là, devant nous, étirant ses 400 km de long sans le moindre cumulus. Le transit maritime est paisible, l'air calme, et notre Mooney tient ses 140kt.
La vie est belle.

Très vite, trop vite, le village de Touho et sa piste porte-avion construite au bord de l'eau se distingue. Je descends à 1000 ft, et je confie les commandes à Lolo qui fait l'approche pendant que je prends les photos. Le décor est là encore magnifique, et le terrain est de ceux qui méritent qu'on vienne s'y poser. Cela dit notre timing est serré et si l'on veut arriver à temps au restaurant, il convient de se hâter un peu. C'est pourquoi Lolo nous gratifie d'un passage au dessus de la piste juste pour le plaisir des yeux, suivi d'une remise de gaz et mise de cap sur Koné.
 

caillou11.jpg caillou11.jpg caillou11.jpg
 TOUHO vent arrière 13. Photographe photographié en 172 quelque part sur le récif. LA FOA OUATOM fief des paras 13 31 de 800m.

Nous nous offrons pour finir un magnifique survol de la région montagneuse du centre de la Nouvelle Calédonie, en partant donc de la côte est, verte et sauvage, le décor s'asséchant brusquement une fois passés les reliefs pour retrouver une côte ouest aride et aux couleurs "paille". 
Koné, sur la côte Ouest, se situe en plein dans la province nord, et c'est là que devrait voir le jour la fameuse "usine de nickel du nord", destiné à compenser le déséquilibre économique entre les provinces sud et nord. Jacques Chirac s'y est d'ailleurs rendu deux semaines auparavant lors de sa visite en Nouvelle Calédonie qui a précédée celle qu'il a faite en Polynésie française. L'accueil qu'il a reçu à Koné n'étant d'ailleurs pas le clou de son séjour dans le Pacifique.
En ce qui nous concerne, c'est beaucoup plus incognito que nous nous posons en 27 et que nous débarquons sur le tarmac où il n'y a pas âme qui vive.
Le terrain est sympathique, propre, net, mais si nous sommes venus jusque là, c'est que mes guides y connaissent une bonne table, juste de l'autre côté de la route qui longe le terrain.
Ayant piloté, je me revigore avec une Number One (la bière locale), pendant que Lolo et Daniel qui sera en fonction pour nous ramener à Nouméa, s'accommodent d'un jus d'orange. Sérieux les mecs, hein ?

La peau du ventre bien tendue, nous regagnons notre monture sous un soleil de plomb, et nous embarquons pour le vol de 120 NM qui nous ramènera à Magenta en survolant la côte Ouest.
Daniel décolle en 27, monte à 2000 ft et suit la côte. Rapidement, nous passons verticale de "la plaine des Gaïacs", où deux pistes désaffectées mais encore nettement visibles témoignent de l'intense activité aérienne militaire américaine qui a marqué l'histoire de la Nouvelle Calédonie lors de la deuxième guerre mondiale. Puis nous passons Népoui et sa mine avant de filer sur les fantastiques bleus du lagon de Poé près de Bourail. A Bourail, Daniel me montre la piste en herbe qui longe la magnifique plage où je m'étais baigné en 1998. Peu après, je repère le célèbre "bonhomme de Bourail", concrétion calcaire façonnée par l'érosion qui tire son nom de sa forme caractéristique en bibendum Michelin.
La lumière excellente de cette mi-journée, et la météo exceptionnelle accentuent encore la beauté des paysages, qui pourtant n'ont pas besoin d'artifice pour régaler les yeux du pilote le plus blasé.
C'est ensuite à la baie de St Vincent, face à la zone où j'ai "plané" 2h la veille, de passer sous nos ailes. Je retrouve un paysage devenu familier : Tontouta, le col des Pirogues, et Nouméa au loin. Alors que sur notre droite, le lagon étire sa barrière de récif sans fin. Ca et là dans le lagon, des tas d'îlots, paradis désertés ; Mba et Mbo, Golfie, Signal, Larégnère, Maître, etc. ; nul doute, et j'en aurai confirmation le lendemain, que si la Calédonie est le paradis des aviateurs, c'est aussi celui des possesseurs de bateau, amoureux du farniente et du pique nique loin de la foule azuréenne.
 

caillou11.jpg caillou11.jpg
Terrain militaire désaffecté de la plaine des Gaïacs Retour sur Nouméa

L'écoute de l'Atis de Magenta nous fait sourire ; il est annoncé FEW à 2600 ft. A croire que le contrôleur ne regarde que vers la cheminée de la SLN ou qu'il y a plein de fumeurs dans la tour, parce que franchement, aujourd'hui, pour trouver un nuage, même petit, il fallait avoir la vue qui porte loin !. Mais bon,...
Le contrôle de Magenta, décidément très sympa nous attribue une "piste au choix". Grand conciliabule à bord ; laquelle va t-on prendre ? Pour ma part et dans le but d'essayer de faire une belle photo de la finale 35 que je n'ai pas encore, je penche pour cette dernière. Étant l'invité, mes hôtes obtempèrent gentiment, et c'est après avoir contourné la petite colline du Ouen Toro qui marque la pointe sud de Nouméa que Daniel se présente en finale. Le vent est calme et il nous gratifie d'un atterrissage tout en douceur avec cet avion pourtant un peu délicat.

Voilà. C'est fini.
 
 

caillou11.jpg caillou11.jpg caillou11.jpg
NOUMEA on coupe l'axe d'approche de la 35 la piste est à mi-hauteur sur la droite. NOUMEA le golf de TINA au second plan MAGENTA et sa 17 35. Lolo et Daniel avant de repartir pour Nouméa

Au parking, c'est l'ambiance classique de ces fins de journées à la météo exceptionnelle. Chaque pilote, le regard brillant, raconte aux autres où il est allé, ce qu'il a vu et combien c'était beau par cette visibilité exceptionnelle et cet air pur.

Je réalise alors vraiment, s'il en était besoin, que j'ai quand même dû avoir de la chance. Car certes, il a fait beau, mais même extraordinairement beau puisque chacun s'accorde à dire que des journées comme celles-ci, il n'y en a pas 10 par an.

La soirée se poursuivra par le désormais rituel "rascol terrasse" chez Mam, d'où l'on ne ressort pas avec la faim, et où c'est l'occasion de parler aéronautique avec d'autres passionnés, dans une ambiance des plus conviviales.

Et puisque je parlais de chance, je sais qu'effectivement j'en ai eu, un jour, au hasard d'un surf incertain sur des sites consacrés à l'aéronautique, de tomber sur www.pilotlist.org et sa fameuse Liste de diffusion.
Car c'est bien sûr grâce à cette liste que j'ai pu rencontrer Mam, Lolo et Daniel, à la gentillesse remarquable, qui se sont rendus disponibles, m'ont accueilli et guidé magnifiquement sur leur "Caillou" tout en me permettant de découvrir le maximum de choses lors de cette courte semaine.

Chers voisins du Pacifique Sud, milles mercis, et à une prochaine fois, à Tahiti ou sur votre magnifique pays, car je reviendrais un jour, c'était trop beau, et puis, ces histoires de navigation au Vanuatu, ça me tente bien...
 

Stéphan TESSEDE
Papeete


Page 1 - Page 2 - Page 3 - Page 4
Retour aux balades