| Vendredi
7 août 2003
C'est à
10h que nous retrouvons sur le tarmac de Maré - La Roche notre Mooney
qui a passé une nuit bien fraîche sous sa bâche. Je
monte à la tour demander un tampon sur mon carnet de vol, et le
sympathique AFIS me parle... de Lolo ("il est où, il n'était
pas avec vous hier soir ?")! La vache, mais existe t-il une personne en
Calédonie qui ne connaisse pas Lolo !
Celui-ci est
en fait en pleine discussion avec ses collègues pilotes d'un ATR
d'Air Calédonie tout juste posé, et qui font là une
escale de 30mn avant de rentrer sur Magenta.
Le Mooney est
chargé, et cette fois c'est moi qui ait l'honneur de l'arracher
à la piste pour un vol d'un peu plus de 200 NM qui s'annonce grandiose.
Le ciel est
superbe encore aujourd'hui ; il y a bien quelques petits cumulus au dessus
de Maré, mais partout ailleurs il est d'une limpidité parfaite.
Nous allons
à Koné, sur la côte Ouest de la Grande Terre où
nous déjeunerons, mais avant cela, nous comptons bien en prendre
plein les yeux avec le paysage et profiter pleinement de cette magnifique
météo.
Décollage
et montée à 4500 ft, au dessus d'un Pacifique d'huile, cap
sur le VOR de Lifou qui nous tend les bras, à 62 NM de là.
Quelques petits cumulus sont devant nous et nous cachent partiellement
la vue de l'île Tiga sur la droite, alors que sur la gauche défilent
les îlots inhabités Dudun et Nié, tout en longueur.
Alors que
nous les longeons, le contrôle de Tontouta qui gère cette
région semble ne pas trouver trace de notre plan de vol. Pas de
souci cependant ; comme vous l'aurez deviné, il reconnaît
Lolo au micro qui est un de ses amis et lui demande si nous en avons effectivement
déposé un. Bien sûr, mais visiblement l'agent Afis
de Maré était pressé de rentrer chez lui dès
l'ATR régulier envolé, et il a sans doute oublié d'activer
notre plan de vol...
Lolo règle
l'affaire entre "amis" et nous continuons sereinement notre navigation.
Nous abordons
la côte nord de Lifou qui abrite la baie de Chateaubriand. Lifou
comme sa jumelle Maré, n'est en fait qu'un plateau calcaire, couvert
d'une végétation tropicale, aux falaises abruptes qui tombent
dans un étroit lagon aux couleurs sublimes.
La piste de
Lifou est bien en vue, celle là même où je suis venu
de nuit, 30 minutes en escale avec Lolo trois jours plus tôt. Je
repère le VOR posé sur un côté de la piste,
et il bascule alors même qu'Ouvéa est maintenant bien en vue
devant nous, à environ 35 NM.
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| LIFOU la magnifique
baie de CHATEAUBRIANT. |
Lifou |
La piste de
Lifou |
Ouvéa.
Qui ne connaît pas ce nom tristement célèbre, d'une
île pourtant paradisiaque. C'est ici que ce sont déroulés
quelqu'un des évènements les plus sanglants de l'histoire
de la Nouvelle Calédonie.
En avril 1988,
entre les deux tours des élections présidentielles, le personnel
de l'ordinairement paisible brigade de gendarmerie de Fayaoué est
pris en otage et séquestré dans une grotte, près de
Goosana, dans le nord de l'île. 4 gendarmes sont tués. L'île
est décrétée zone militaire, et 300 militaires y débarquent.
A trois jours du scrutin du deuxième tour de l'élection présidentielle,
le GIGN donne l'assaut et tue l'ensemble des preneurs d'otages, libérant
les gendarmes rescapés. L'affaire fera grand bruit, et marque à
jamais l'histoire du territoire, d'autant plus qu'un an jour pour jour
après l'assaut, Jean Marie Tjibaou et Yéwéné
Yéwéné venus célébrer l'anniversaire
de cet évènement douloureux, sont assassinés à
leur tour à Ouvéa par l'un des leurs, qui ne leur a pas pardonné
la signature des accords de Matignon.
C'est d'ailleurs
par la région des grottes du nord et le village de Goosana que nous
abordons Ouvéa, où je suis descendu à 500 ft. Le décor
est magnifique. D'un côté, l'océan Pacifique, calme,
bleu nuit, aux eaux à peine ridées. De l'autre le lagon,
bleu turquoise, et entre les deux, une languette de corail de près
de 50 km, recouverte de cocotiers, bordée d'un sable à la
blancheur éclatante. Cela dit, comme souvent ici paraît-il,
les cocoteraies engendrent quelques ascendances turbulentes dans les basses
couches, et pour éviter d'être secoués, c'est légèrement
décalés côté lagon que nous nous offrons plus
de 20 NM de survol aux 500ft réglementaires.
C'est tout
simplement le très grand pied !
Le spectacle
est à tomber par terre et dans ces moments là, on ne regrette
pas d'avoir appris à piloter afin d'avoir le privilège de
vivre des instants pareils.
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| OUVEA arrivée
par le nord St JOSEPH, en bas à gauche GOSSHANNA. |
OUVEA coupant
l'axe 13. |
OUVEA le warf
a bâteaux. |
Après
avoir passé la zone nord de l'île, plus large, et le village
de St Joseph, nous poursuivons sur Fayaoué en logeant l'étroite
languette de 400m où se situe le col du Casse cou, le point le plus
étroit de cette île tout en longueur. La piste d'aviation
d'Ouvéa - Hulup passe sur notre travers gauche, ligne blanche bien
visible au milieu d'une immense cocoteraie très verte. Lolo m'explique
que les turbulences en finale y sont parfois impressionnantes.
Sur notre
droite, dans ce qui constitue un lagon au plateau corallien effondré
et donc très largement ouvert sur l'océan, nous devinons
les récifs et les petits îles des Pléiades du nord
et du sud.
Le spectacle
prend fin en apothéose au niveau du pont de Mouly, petite construction
qui relie deux îles entre elles au dessus d'un spectacle typique
de la vision de l'Eden tropical.
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| Ouvéa,
à droite le lagon, à gauche l'océan, pdt 40 km |
Ouvéa,
le pont de Mouly |
Finale à
Touho |
C'est déjà
fini, et je remets Alpha Tango en montée, pour franchir sereinement
les 75 NM d'océan qui nous séparent de la côte Est
de la Grande Terre et de la piste de Touho où nous ferons un passage.
Comme convenu Lolo informe le contrôle : "Finies les belles
photos on met le cap sur Touho et on remonte à 4500 ft".
Le contrôleur
est vert de rage coincé dans sa tour par une météo
fantastique et alors qu'il nous sait en train de vivre des minutes inoubliables.
" - Arrrgghhh,
rappelez Touho" !
La Grande Terre
est là, devant nous, étirant ses 400 km de long sans le moindre
cumulus. Le transit maritime est paisible, l'air calme, et notre Mooney
tient ses 140kt.
La vie est
belle.
Très
vite, trop vite, le village de Touho et sa piste porte-avion construite
au bord de l'eau se distingue. Je descends à 1000 ft, et je confie
les commandes à Lolo qui fait l'approche pendant que je prends les
photos. Le décor est là encore magnifique, et le terrain
est de ceux qui méritent qu'on vienne s'y poser. Cela dit notre
timing est serré et si l'on veut arriver à temps au restaurant,
il convient de se hâter un peu. C'est pourquoi Lolo nous gratifie
d'un passage au dessus de la piste juste pour le plaisir des yeux, suivi
d'une remise de gaz et mise de cap sur Koné.
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| TOUHO
vent arrière 13. |
Photographe
photographié en 172 quelque part sur le récif. |
LA FOA OUATOM
fief des paras 13 31 de 800m. |
Nous nous offrons
pour finir un magnifique survol de la région montagneuse du centre
de la Nouvelle Calédonie, en partant donc de la côte est,
verte et sauvage, le décor s'asséchant brusquement une fois
passés les reliefs pour retrouver une côte ouest aride et
aux couleurs "paille".
Koné,
sur la côte Ouest, se situe en plein dans la province nord, et c'est
là que devrait voir le jour la fameuse "usine de nickel du nord",
destiné à compenser le déséquilibre économique
entre les provinces sud et nord. Jacques Chirac s'y est d'ailleurs rendu
deux semaines auparavant lors de sa visite en Nouvelle Calédonie
qui a précédée celle qu'il a faite en Polynésie
française. L'accueil qu'il a reçu à Koné n'étant
d'ailleurs pas le clou de son séjour dans le Pacifique.
En ce qui
nous concerne, c'est beaucoup plus incognito que nous nous posons en 27
et que nous débarquons sur le tarmac où il n'y a pas âme
qui vive.
Le terrain
est sympathique, propre, net, mais si nous sommes venus jusque là,
c'est que mes guides y connaissent une bonne table, juste de l'autre côté
de la route qui longe le terrain.
Ayant piloté,
je me revigore avec une Number One (la bière locale), pendant que
Lolo et Daniel qui sera en fonction pour nous ramener à Nouméa,
s'accommodent d'un jus d'orange. Sérieux les mecs, hein ?
La peau du
ventre bien tendue, nous regagnons notre monture sous un soleil de plomb,
et nous embarquons pour le vol de 120 NM qui nous ramènera à
Magenta en survolant la côte Ouest.
Daniel décolle
en 27, monte à 2000 ft et suit la côte. Rapidement, nous passons
verticale de "la plaine des Gaïacs", où deux pistes désaffectées
mais encore nettement visibles témoignent de l'intense activité
aérienne militaire américaine qui a marqué l'histoire
de la Nouvelle Calédonie lors de la deuxième guerre mondiale.
Puis nous passons Népoui et sa mine avant de filer sur les fantastiques
bleus du lagon de Poé près de Bourail. A Bourail, Daniel
me montre la piste en herbe qui longe la magnifique plage où je
m'étais baigné en 1998. Peu après, je repère
le célèbre "bonhomme de Bourail", concrétion calcaire
façonnée par l'érosion qui tire son nom de sa forme
caractéristique en bibendum Michelin.
La lumière
excellente de cette mi-journée, et la météo exceptionnelle
accentuent encore la beauté des paysages, qui pourtant n'ont pas
besoin d'artifice pour régaler les yeux du pilote le plus blasé.
C'est ensuite
à la baie de St Vincent, face à la zone où j'ai "plané"
2h la veille, de passer sous nos ailes. Je retrouve un paysage devenu familier
: Tontouta, le col des Pirogues, et Nouméa au loin. Alors que sur
notre droite, le lagon étire sa barrière de récif
sans fin. Ca et là dans le lagon, des tas d'îlots, paradis
désertés ; Mba et Mbo, Golfie, Signal, Larégnère,
Maître, etc. ; nul doute, et j'en aurai confirmation le lendemain,
que si la Calédonie est le paradis des aviateurs, c'est aussi celui
des possesseurs de bateau, amoureux du farniente et du pique nique loin
de la foule azuréenne.
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| Terrain militaire
désaffecté de la plaine des Gaïacs |
Retour sur
Nouméa |
L'écoute
de l'Atis de Magenta nous fait sourire ; il est annoncé FEW à
2600 ft. A croire que le contrôleur ne regarde que vers la cheminée
de la SLN ou qu'il y a plein de fumeurs dans la tour, parce que franchement,
aujourd'hui, pour trouver un nuage, même petit, il fallait avoir
la vue qui porte loin !. Mais bon,...
Le contrôle
de Magenta, décidément très sympa nous attribue une
"piste au choix". Grand conciliabule à bord ; laquelle va t-on prendre
? Pour ma part et dans le but d'essayer de faire une belle photo de la
finale 35 que je n'ai pas encore, je penche pour cette dernière.
Étant l'invité, mes hôtes obtempèrent gentiment,
et c'est après avoir contourné la petite colline du Ouen
Toro qui marque la pointe sud de Nouméa que Daniel se présente
en finale. Le vent est calme et il nous gratifie d'un atterrissage tout
en douceur avec cet avion pourtant un peu délicat.
Voilà.
C'est fini.
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| NOUMEA on
coupe l'axe d'approche de la 35 la piste est à mi-hauteur sur la
droite. |
NOUMEA le
golf de TINA au second plan MAGENTA et sa 17 35. |
Lolo et Daniel
avant de repartir pour Nouméa |
Au parking,
c'est l'ambiance classique de ces fins de journées à la météo
exceptionnelle. Chaque pilote, le regard brillant, raconte aux autres où
il est allé, ce qu'il a vu et combien c'était beau par cette
visibilité exceptionnelle et cet air pur.
Je réalise
alors vraiment, s'il en était besoin, que j'ai quand même
dû avoir de la chance. Car certes, il a fait beau, mais même
extraordinairement beau puisque chacun s'accorde à dire que des
journées comme celles-ci, il n'y en a pas 10 par an.
La soirée
se poursuivra par le désormais rituel "rascol terrasse" chez Mam,
d'où l'on ne ressort pas avec la faim, et où c'est l'occasion
de parler aéronautique avec d'autres passionnés, dans une
ambiance des plus conviviales.
Et puisque
je parlais de chance, je sais qu'effectivement j'en ai eu, un jour, au
hasard d'un surf incertain sur des sites consacrés à l'aéronautique,
de tomber sur www.pilotlist.org et sa fameuse Liste de diffusion.
Car c'est
bien sûr grâce à cette liste que j'ai pu rencontrer
Mam, Lolo et Daniel, à la gentillesse remarquable, qui se sont rendus
disponibles, m'ont accueilli et guidé magnifiquement sur leur "Caillou"
tout en me permettant de découvrir le maximum de choses lors de
cette courte semaine.
Chers voisins
du Pacifique Sud, milles mercis, et à une prochaine fois, à
Tahiti ou sur votre magnifique pays, car je reviendrais un jour, c'était
trop beau, et puis, ces histoires de navigation au Vanuatu, ça me
tente bien...
Stéphan
TESSEDE
Papeete

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