| Jeudi
6 août 2003
Nous voici
de nouveau réunis en trio. Et cette fois, c'est au tour de Daniel
de me faire un superbe cadeau. Il m'a en effet organisé un vol d'initiation
planeur avec... son dentiste !
Mais avant
cela il va falloir se rendre à Ouenghi, la petite piste en herbe
privée déjà visitée l'avant veille, fief des
vélivoles locaux. Pour cela, on recharge le C172, et je commence
la prévol.
- "Ah, tiens
au fait Lolo, là que j'y pense enfin, il faut que je te montre cette
fixation bizarre dont je t'ai parlée".
Là,
Lolo puis Daniel se succèdent la tête enfouie au niveau des
palonniers du Cessna et tout deux ressortent blancs comme des linges...
Une tige métallique
qui faisait raccord et sertissait deux câbles en aciers verticaux
du système d'ailerons était belle et bien cassée.
Net. Et ce que je prenais pour une réparation, n'était en
fait que le bobinage d'un fil de fer de sûreté, présent
dans le seul but d'éviter le pire ; à savoir la perte de
contrôle des ailerons... Tout ceci ne tenait plus qu'à un
fil. De fer, mais à un fil... Voilà pourquoi sans doute,
les ailerons au neutre, le volant était incliné à
droite.
Grosse frayeur
rétrospective, avion immédiatement arrêté, et
aussitôt, Lolo rentre en action pour nous retrouver une monture de
rechange.
Nous jetons
notre dévolu sur le Sierra Papa, alias la Super Poubelle, méchant
surnom donné à ce vaillant et robuste Rallye (S893), plus
très jeune, mais à la câblerie intacte lui !
Le roulage
est prudent puisque la roulette avant n'est pas directionnelle, puis dans
un ciel encore plus limpide que les jours précédents, nous
nous élançons en 17 pour Ouenghi que nous rejoignons en 30mn
d'un vol agréable.
Le contrôle
de Tontouta, qui gère la zone, nous informe que deux planeurs sont
en vol à Ouenghi. Cela tombe bien, nous y allons pour ça.
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| Vertical Magenta |
La Société
Le Nickel, à Nouméa |
Ilots un peu
au nord ouest de Nouméa |
Peu après
notre arrivée, mon confrère dentiste déjà en
l'air, est prévenue de notre arrivée, et il se pose en quelque
mètres devant nous. Nous étions allés préalablement
en 4x4 chercher le câble métallique du treuil (pas si gros
que ça !) de 1400 mètres, que nous avions tiré jusqu'au
point de départ.
- "tiens,
enfile ça !"
Brrr, c'est
un parachute. Ils sont fous les planeux !
Bon, je m'exécute.
- tiens met
ça"
Un bob, parce
qu'en effet vu le ciel bleu, le soleil et la bulle du planeur, ça
doit cogner dur. Il paraît même que c'est réglementaire.
Je termine
de m'installer, on ferme la verrière, et je me rends utile à
l'avant en maniant l'intercomm et en basculant de la fréquence planeur
à celle de Tontouta.
Le câble
est tendu avec précaution et sans à coup, en communiquant
par radio avec un collègue, qui là bas, à 1400 mètres,
commande un tracteur recyclé en treuil à planeur.
"Tendu !"
Sitôt
dit, ça tire sec, très sec ! Je suis enfoncé dans
mon siège baquet et notre Bravo Alpha (un Alliance 34 si je ne dis
pas d'ânerie) décolle presque instantanément. L'assiette
est impressionnante et en quelques secondes on se retrouve à 450
mètres. Le câble est décroché, et commence alors
la lutte entre le ciel, l'homme et sa machine, afin de rester en l'air
le plus longtemps possible.
Le premier
essai ne sera pas fructueux, car un vario (l'instrument de prédilection
en vol à voile !) constamment entre -2 et - 3m/s force mon confrère
à se reposer sans tarder au bout de 5 petites minutes de vol.
Tant mieux,
ou presque, puisque cela me donne droit de regoûter à un deuxième
décollage treuillé, ce qui est vraiment riche en sensations.
A ce deuxième
essai, le vario est un peu moins pessimiste et il permet au moins d'aller
sur la petite crête en face afin d'y chercher d'hypothétiques
ascendances. Là, mon confrère va lutter comme un beau diable,
évoluant entre 400 et 500m pendant longtemps, tournant virant, enchaînant
les spirales à 45°, tout ceci dans le but de trouver LA pompe.
Après une lutte acharnée et l'arrivée d'une légère
nausée qui heureusement en restera là, on se retrouve à
900m, et on peut alors envisager d'aller sur une montagne plus haute, située
plus à l'est.
Là,
plus on monte, et plus les pompes sont nettes et franches, nous menant
finalement jusqu'aux barbules qui coiffent la dent de St Vincent. Le spectacle
est grandiose. Nous sommes en plein milieu de belles montagnes calédoniennes,
dont l'une d'elle héberge une mine de nickel, au loin on devine
les installations de l'aéroport de la Tontouta, et face à
nous, l'immense lagon calédonien nous tend les bras avec ses innombrables
îlots qui parsèment la baie. Nous sommes maintenant tellement
hauts que nous distinguons même très nettement Nouméa
60km plus au sud.
Le vol, calme,
sans autre bruit que celui du vent qui sert de véritable badin auditif,
est paisible. Pas de casque, assis dans un siège baquet confortable.
Une visibilité juste gênée par... un brin de laine.
C'est grandiose.
- "Alors,
ça te plait ?"
Que répondre
à ça ? C'est tout simplement fabuleux. Et dans ce décor...
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| OUENGHI fief
vélivole le petit trait clair en diagonale au centre de la photo,
c'est la piste. |
Finale 16
à Ouenghi, en planeur |
Baie de St
Vincent, vers Ouenghi |
Cela doit faire
maintenant deux heures que nous sommes en l'air, et autant que Daniel et
Lolo m'attendent, patiemment, au sol. Qu'ils soient encore ici remerciées
de leur patience à mon égard.
Le problème
du planeur, c'est qu'une fois en l'air, on n'arrive plus à descendre
tellement ça vole bien ! Philippe, mon pilote, me laisse le manche,
et je m'amuse comme un petit fou. 360°, prise de vitesse, décrochages,
sorties des aéro-freins, etc. tout y passe. Belle machine, fine,
sensible. Le vrai bonheur du pilotage pur.
Philippe reprend
les commande vers 1000 mètres, et nous nous reposons tranquillement
à Ouenghi où je retrouve Lolo et Daniel et notre Rallye.
Je remercie
chaleureusement mon confrère pour ce vol d'initiation que je ne
suis pas près d'oublier, puis nous prenons congé de nos hôtes
et redécollons sans trop tarder pour Magenta et la suite de nos
aventures.
En route, via
un transit nord cette fois, Lolo me montre la carcasse bien visible d'un
DC4, crashé en pleine colline près de Katiramona, à
cause d'une panne moteur lors d'un vol d'entraînement de nuit. Refroidissant..
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| MAGENTA au-dessus
du seuil 17 en haut sur l'ile le VOR DME MGA. |
MAGENTA les
pieds dans l'eau aux portes de la ville. |
Finale 17
à Magenta |
Je laisse Lolo
poser notre monture pendant que j'essaie de prendre une photo correcte
de la finale 17 de ce beau terrain de Magenta, qui baigne dans une belle
lumière de fin de jour.
Lolo pose
la "Super Poubelle" par un kiss de chez kiss comme je n'en avais encore
jamais vu (et jamais fait non plus, même sans faire exprès
!). Pas de doute, les avions, ça le connaît !
On roule au
parking, et on se hâte un petit peu, car notre journée aéronautique
ne s'arrête pas là, puisque nous avons prévu de dormir
ce soir à... Maré !
J'y ai en effet
un ami très cher, pas revu depuis 8 ans, et aller lui rendre visite
faisait partie des desiderata principaux que j'avais émis à
Daniel et Lolo.
Lolo part chercher
quelques affaires pour la nuit, pendant que je suis Daniel au bureau de
piste où nous allons poser un plan de vol et prendre la météo.
La météo
parlons en. La photo satellite semble fausse car dénuée du
moindre nuage. C'est le Cavok de l'année. Une journée comme
on en a que quelques unes par an paraît-il. Et il est prévu
que demain et après demain soient pareils. La vie est belle, et
nous retournons faire le plein de notre nouvelle monture, plus appropriée
aux longues navigations prévues. Il s'agit cette fois du Mooney
F-OIAT, classé IFR, que Daniel connaît bien, mais qu'il affectionne
bien moins que "son" TB20 préféré, l'autre avion IFR
qu'il utilise avec sa qualif IR toute neuve acquise grâce à
sa volonté sans faille.
Bof, il n'est
pas si mal ce brave Mooney, dedans cela ressemble en gros à un PA28,
avec moins de place et moins de confort. Mais bon, lui au moins il est
en état de vol, et sa magnéto gauche marche bien contrairement
au TB20 envisagé initialement.
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| Le Mont Dore |
Daniel pilote,
Lolo radiote, Maré en vue |
Cette fois
c'est Daniel qui officie, Lolo à droite s'occupe des contrôleuses,
et moi je bois tout ça des yeux, juché sur deux coussins,
et l'appareil photo bien en main.
Je soupçonne
Daniel d'avoir eu presque quelques regrets à voler en VFR, mais
là franchement, avec au moins 200 km de visi, ce serait de la pure
gourmandise que d'avoir posé un plan de vol IFR !
Décollage
en 17, et montée plus que laborieuse (400ft/mn !) en laissant sur
notre droite le Mont Dore, éclatant dans cette lumière de
fin de jour.
Le soleil
se couche lentement derrière nous, les ombres s'allongent et déjà,
le Lac de Yaté formé par le barrage du même nom est
dans l'obscurité. Au loin, à droite, une île. C'est,
mais oui, l'île des Pins, sans aucun nuage, même pas le moindre
petit cumulus, visible comme le nez au milieu de la figure alors qu'elle
est bien à plus de 100km ! Lolo, qui passe sa vie en l'air à
longueur d'année et qui donc sait ce qu'il dit à ce sujet
là, n'arrête pas de me faire remarquer la chance que j'ai
et combien une telle météo, belle, calme, et sans aucun nuage,
est exceptionnelle en Nouvelle Calédonie.
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| Aquarium naturel
de Maré |
Maré,
la baie de Pédé |
Notre Alpha
Tango stabilise enfin au niveau 75 et prend un peu de vitesse en croisière
alors que la côte Est est déjà passée sous nos
ailes depuis quelques minutes. Par cette visibilité fantastique,
Maré, distante seulement de 98 NM de Magenta est déjà
très nettement visible.
Alors que
nous passons sur la fréquence du SIV de Tontouta, nous entendons
nos fous du planeur informer le contrôle qu'ils sont tous au sol
à Ouenghi et qu'ils arrêtent pour aujourd'hui. Ils n'ont pas
arrêtés de la journée et seule la nuit les a forcer
à descendre !
La croisière
est courte, et Daniel amorce une descente à faible taux vario, qui
nous fait foncer à bonne vitesse et sans effort dans un air on ne
peut plus calme. Les côtes de l'île se dessinent plus distinctement,
face à nous le village principal de Tadin où vit justement
mon ami et sa femme. Ca et là plusieurs feux sont allumés,
un peu partout sur l'île, sans doute des petits tas d'ordures ménagères
qui brûlent. La très légère brise incline à
peine les fumées vers l'ouest, laissant présager une 12 en
service. Lolo contacte l'Afis de Maré-La Roche (encore une connaissance
!), et c'est en effet le cas.
La nuit aéronautique
ne doit plus être bien loin maintenant, et l'obscurité baigne
l'île et le lagon où transparaît malgré tout
des couleurs qui s'annoncent exceptionnelles pour demain.
Daniel s'éloigne
un peu pour se laisser une finale pas trop courte, prépare l'avion,
sort le train, et se laisse guider par le PAPI bien visible à cette
heure.
En finale
sur la gauche, la commune de La Roche et la colline à qui elle doit
son nom.
Daniel nous
pose comme un chef et nous roulons vers le parking, alors que sur la fréquence
s'annonce un ATR ainsi que le Dornier 228 d'Air Calédonie. Il y
a foule à Maré ce soir.
Nous passerons
une agréable soirée avec un dîner bien convivial dans
le restaurant du très correct hôtel Nengone Village, le seul
de Maré. Et par une soirée bien fraîche, (environ 12°C,
Maré ayant quasiment les records de froid nocturnes et matinaux
en juillet-août lors de l'hiver néo-calédonien), le
"pot au feu du chef" - en fait une choucroute ! - ça requinque un
pilote, croyez moi. |