Vacances aéronautiques en Nouvelle Calédonie
 
Stéphan est arrivé en "voisin" de Tahiti pour découvrir la Nouvelle Calédonie avec deux colibris, Daniel Cros et Lolo. 
Récit de Stéphan,photos Stéphan & Daniel.
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Jeudi 6 août 2003

Nous voici de nouveau réunis en trio. Et cette fois, c'est au tour de Daniel de me faire un superbe cadeau. Il m'a en effet organisé un vol d'initiation planeur avec... son dentiste !
Mais avant cela il va falloir se rendre à Ouenghi, la petite piste en herbe privée déjà visitée l'avant veille, fief des vélivoles locaux. Pour cela, on recharge le C172, et je commence la prévol. 
- "Ah, tiens au fait Lolo, là que j'y pense enfin, il faut que je te montre cette fixation bizarre dont je t'ai parlée".
Là, Lolo puis Daniel se succèdent la tête enfouie au niveau des palonniers du Cessna et tout deux ressortent blancs comme des linges...

Une tige métallique qui faisait raccord et sertissait deux câbles en aciers verticaux du système d'ailerons était belle et bien cassée. Net. Et ce que je prenais pour une réparation, n'était en fait que le bobinage d'un fil de fer de sûreté, présent dans le seul but d'éviter le pire ; à savoir la perte de contrôle des ailerons... Tout ceci ne tenait plus qu'à un fil. De fer, mais à un fil... Voilà pourquoi sans doute, les ailerons au neutre, le volant était incliné à droite.

Grosse frayeur rétrospective, avion immédiatement arrêté, et aussitôt, Lolo rentre en action pour nous retrouver une monture de rechange.
Nous jetons notre dévolu sur le Sierra Papa, alias la Super Poubelle, méchant surnom donné à ce vaillant et robuste Rallye (S893), plus très jeune, mais à la câblerie intacte lui !
Le roulage est prudent puisque la roulette avant n'est pas directionnelle, puis dans un ciel encore plus limpide que les jours précédents, nous nous élançons en 17 pour Ouenghi que nous rejoignons en 30mn d'un vol agréable.
Le contrôle de Tontouta, qui gère la zone, nous informe que deux planeurs sont en vol à Ouenghi. Cela tombe bien, nous y allons pour ça.
 

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Vertical Magenta La Société Le Nickel, à Nouméa Ilots un peu au nord ouest de Nouméa

Peu après notre arrivée, mon confrère dentiste déjà en l'air, est prévenue de notre arrivée, et il se pose en quelque mètres devant nous. Nous étions allés préalablement en 4x4 chercher le câble métallique du treuil (pas si gros que ça !) de 1400 mètres, que nous avions tiré jusqu'au point de départ.
- "tiens, enfile ça !"
Brrr, c'est un parachute. Ils sont fous les planeux !
Bon, je m'exécute.
- tiens met ça"
Un bob, parce qu'en effet vu le ciel bleu, le soleil et la bulle du planeur, ça doit cogner dur. Il paraît même que c'est réglementaire.

Je termine de m'installer, on ferme la verrière, et je me rends utile à l'avant en maniant l'intercomm et en basculant de la fréquence planeur à celle de Tontouta.
Le câble est tendu avec précaution et sans à coup, en communiquant par radio avec un collègue, qui là bas, à 1400 mètres, commande un tracteur recyclé en treuil à planeur.
"Tendu !"
Sitôt dit, ça tire sec, très sec ! Je suis enfoncé dans mon siège baquet et notre Bravo Alpha (un Alliance 34 si je ne dis pas d'ânerie) décolle presque instantanément. L'assiette est impressionnante et en quelques secondes on se retrouve à 450 mètres. Le câble est décroché, et commence alors la lutte entre le ciel, l'homme et sa machine, afin de rester en l'air le plus longtemps possible.
Le premier essai ne sera pas fructueux, car un vario (l'instrument de prédilection en vol à voile !) constamment entre -2 et - 3m/s force mon confrère à se reposer sans tarder au bout de 5 petites minutes de vol.

Tant mieux, ou presque, puisque cela me donne droit de regoûter à un deuxième décollage treuillé, ce qui est vraiment riche en sensations.
A ce deuxième essai, le vario est un peu moins pessimiste et il permet au moins d'aller sur la petite crête en face afin d'y chercher d'hypothétiques ascendances. Là, mon confrère va lutter comme un beau diable, évoluant entre 400 et 500m pendant longtemps, tournant virant, enchaînant les spirales à 45°, tout ceci dans le but de trouver LA pompe. Après une lutte acharnée et l'arrivée d'une légère nausée qui heureusement en restera là, on se retrouve à 900m, et on peut alors envisager d'aller sur une montagne plus haute, située plus à l'est. 
Là, plus on monte, et plus les pompes sont nettes et franches, nous menant finalement jusqu'aux barbules qui coiffent la dent de St Vincent. Le spectacle est grandiose. Nous sommes en plein milieu de belles montagnes calédoniennes, dont l'une d'elle héberge une mine de nickel, au loin on devine les installations de l'aéroport de la Tontouta, et face à nous, l'immense lagon calédonien nous tend les bras avec ses innombrables îlots qui parsèment la baie. Nous sommes maintenant tellement hauts que nous distinguons même très nettement Nouméa 60km plus au sud.

Le vol, calme, sans autre bruit que celui du vent qui sert de véritable badin auditif, est paisible. Pas de casque, assis dans un siège baquet confortable. Une visibilité juste gênée par... un brin de laine. C'est grandiose.
- "Alors, ça te plait ?"
Que répondre à ça ? C'est tout simplement fabuleux. Et dans ce décor...
 

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OUENGHI fief vélivole le petit trait clair en diagonale au centre de la photo, c'est la piste. Finale 16 à Ouenghi, en planeur Baie de St Vincent, vers Ouenghi

Cela doit faire maintenant deux heures que nous sommes en l'air, et autant que Daniel et Lolo m'attendent, patiemment, au sol. Qu'ils soient encore ici remerciées de leur patience à mon égard.
Le problème du planeur, c'est qu'une fois en l'air, on n'arrive plus à descendre tellement ça vole bien ! Philippe, mon pilote, me laisse le manche, et je m'amuse comme un petit fou. 360°, prise de vitesse, décrochages, sorties des aéro-freins, etc. tout y passe. Belle machine, fine, sensible. Le vrai bonheur du pilotage pur.
Philippe reprend les commande vers 1000 mètres, et nous nous reposons tranquillement à Ouenghi où je retrouve Lolo et Daniel et notre Rallye.

Je remercie chaleureusement mon confrère pour ce vol d'initiation que je ne suis pas près d'oublier, puis nous prenons congé de nos hôtes et redécollons sans trop tarder pour Magenta et la suite de nos aventures.

En route, via un transit nord cette fois, Lolo me montre la carcasse bien visible d'un DC4, crashé en pleine colline près de Katiramona, à cause d'une panne moteur lors d'un vol d'entraînement de nuit. Refroidissant..
 

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MAGENTA au-dessus du seuil 17 en haut sur l'ile le VOR DME MGA. MAGENTA les pieds dans l'eau aux portes de la ville. Finale 17 à Magenta

Je laisse Lolo poser notre monture pendant que j'essaie de prendre une photo correcte de la finale 17 de ce beau terrain de Magenta, qui baigne dans une belle lumière de fin de jour.
Lolo pose la "Super Poubelle" par un kiss de chez kiss comme je n'en avais encore jamais vu (et jamais fait non plus, même sans faire exprès !). Pas de doute, les avions, ça le connaît !
On roule au parking, et on se hâte un petit peu, car notre journée aéronautique ne s'arrête pas là, puisque nous avons prévu de dormir ce soir à... Maré !

J'y ai en effet un ami très cher, pas revu depuis 8 ans, et aller lui rendre visite faisait partie des desiderata principaux que j'avais émis à Daniel et Lolo.

Lolo part chercher quelques affaires pour la nuit, pendant que je suis Daniel au bureau de piste où nous allons poser un plan de vol et prendre la météo.
La météo parlons en. La photo satellite semble fausse car dénuée du moindre nuage. C'est le Cavok de l'année. Une journée comme on en a que quelques unes par an paraît-il. Et il est prévu que demain et après demain soient pareils. La vie est belle, et nous retournons faire le plein de notre nouvelle monture, plus appropriée aux longues navigations prévues. Il s'agit cette fois du Mooney F-OIAT, classé IFR, que Daniel connaît bien, mais qu'il affectionne bien moins que "son" TB20 préféré, l'autre avion IFR qu'il utilise avec sa qualif IR toute neuve acquise grâce à sa volonté sans faille.
Bof, il n'est pas si mal ce brave Mooney, dedans cela ressemble en gros à un PA28, avec moins de place et moins de confort. Mais bon, lui au moins il est en état de vol, et sa magnéto gauche marche bien contrairement au TB20 envisagé initialement.
 
 

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Le Mont Dore Daniel pilote, Lolo radiote, Maré en vue

Cette fois c'est Daniel qui officie, Lolo à droite s'occupe des contrôleuses, et moi je bois tout ça des yeux, juché sur deux coussins, et l'appareil photo bien en main.
Je soupçonne Daniel d'avoir eu presque quelques regrets à voler en VFR, mais là franchement, avec au moins 200 km de visi, ce serait de la pure gourmandise que d'avoir posé un plan de vol IFR !
Décollage en 17, et montée plus que laborieuse (400ft/mn !) en laissant sur notre droite le Mont Dore, éclatant dans cette lumière de fin de jour.
Le soleil se couche lentement derrière nous, les ombres s'allongent et déjà, le Lac de Yaté formé par le barrage du même nom est dans l'obscurité. Au loin, à droite, une île. C'est, mais oui, l'île des Pins, sans aucun nuage, même pas le moindre petit cumulus, visible comme le nez au milieu de la figure alors qu'elle est bien à plus de 100km ! Lolo, qui passe sa vie en l'air à longueur d'année et qui donc sait ce qu'il dit à ce sujet là, n'arrête pas de me faire remarquer la chance que j'ai et combien une telle météo, belle, calme, et sans aucun nuage, est exceptionnelle en Nouvelle Calédonie. 
 

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Aquarium naturel de Maré Maré, la baie de Pédé

Notre Alpha Tango stabilise enfin au niveau 75 et prend un peu de vitesse en croisière alors que la côte Est est déjà passée sous nos ailes depuis quelques minutes. Par cette visibilité fantastique, Maré, distante seulement de 98 NM de Magenta est déjà très nettement visible. 
Alors que nous passons sur la fréquence du SIV de Tontouta, nous entendons nos fous du planeur informer le contrôle qu'ils sont tous au sol à Ouenghi et qu'ils arrêtent pour aujourd'hui. Ils n'ont pas arrêtés de la journée et seule la nuit les a forcer à descendre !
La croisière est courte, et Daniel amorce une descente à faible taux vario, qui nous fait foncer à bonne vitesse et sans effort dans un air on ne peut plus calme. Les côtes de l'île se dessinent plus distinctement, face à nous le village principal de Tadin où vit justement mon ami et sa femme. Ca et là plusieurs feux sont allumés, un peu partout sur l'île, sans doute des petits tas d'ordures ménagères qui brûlent. La très légère brise incline à peine les fumées vers l'ouest, laissant présager une 12 en service. Lolo contacte l'Afis de Maré-La Roche (encore une connaissance !), et c'est en effet le cas.
La nuit aéronautique ne doit plus être bien loin maintenant, et l'obscurité baigne l'île et le lagon où transparaît malgré tout des couleurs qui s'annoncent exceptionnelles pour demain.
Daniel s'éloigne un peu pour se laisser une finale pas trop courte, prépare l'avion, sort le train, et se laisse guider par le PAPI bien visible à cette heure.
En finale sur la gauche, la commune de La Roche et la colline à qui elle doit son nom.
Daniel nous pose comme un chef et nous roulons vers le parking, alors que sur la fréquence s'annonce un ATR ainsi que le Dornier 228 d'Air Calédonie. Il y a foule à Maré ce soir.

Nous passerons une agréable soirée avec un dîner bien convivial dans le restaurant du très correct hôtel Nengone Village, le seul de Maré. Et par une soirée bien fraîche, (environ 12°C, Maré ayant quasiment les records de froid nocturnes et matinaux en juillet-août lors de l'hiver néo-calédonien), le "pot au feu du chef" - en fait une choucroute ! - ça requinque un pilote, croyez moi.


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