Vacances aéronautiques en Nouvelle Calédonie
 
Stéphan est arrivé en "voisin" de Tahiti pour découvrir la Nouvelle Calédonie avec deux colibris, Daniel Cros et Lolo. 
Récit de Stéphan,photos Stéphan & Daniel.
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Les choses sérieuses commencent ce mardi 4 août matin. 
Retrouvailles à 10h à Magenta avec Daniel sur le parking d'Air Service où nous préparons notre monture du jour ; le C172 F-GKHI, rouge dehors et rouge dedans ! Pendant la prévol nous attendons Lolo, déjà en l'air depuis 06h00 avec son ATR42. A cause d'un mouvement social chez Air Calédonie et des "débrayages" qui en découlent, il faudra attendre un peu avant de le voir se poser à quelque mètres de nous en 17. Il nous rejoint peu après, enlève les galons de sa chemisette pour ne pas trop faire sérieux dans le Cessna et nous voici partis pour Ouenghi à une trentaine de nautiques au nord ouest de la Grande Terre.
La météo est très correcte et la visi excellente. 
Dès le départ, je suis saisi par la beauté des paysages survolés. La mer et ce lagon de plusieurs kilomètres de large, les montagnes, la variété de couleurs et de végétation, le déchiquetement très prononcé de la côte calédonienne, autant d'éléments qui ne peuvent qu'émerveiller même les plus blasés de paysages tropicaux.

Lolo avec ses 3 ou 4000 hdv presque toutes faites dans la région connaît le coin comme sa poche, ce n'est rien de le dire, et il me montre les différents points de report, le terrain d'ULM de Nakutakoin, quelques curiosités touristiques, etc. Assez vite, nous quittons la fréquence de Magenta pour celle de Tontouta dont nous apercevons au loin les installations de l'aéroport international. En l'absence de trafic, le contrôleur nous propose une verticale installation ce que nous acceptons de bonne grâce pour tenter de faire une belle photo. La piste, une 11/29, est bordée par l'aérogare internationale où se trouve l'un des 2 Airbus A330 ainsi que le 737 d'Air Calin, alors que de l'autre côté se trouvent les installations de la Base Aéro-Navale de Tontouta. Par cette météo, l'endroit est de toute beauté, mais je repense à ce que m'avait dit Yann au sujet de son atterrissage ici même à 1h00 du matin en convoyage d'un ATR de Toulouse à Tahiti ; le coin est mal pavé, et ce n'est pas les montagnes qui manquent dans le secteur. Lors d'une approche aux instruments en condition IMC, il y a intérêt à bien rester sur le bon radial, car les collines ne sont en effet pas très éloignées.
 

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TONTOUTA au centre de l'image entre montagnes et colline. TONTOUTA au parking un A330 et le  737 AIRCALIN. TONTOUTA le point W en éloignement sur l'axe de la 11.

A quelques nautiques plus au nord se trouve le petit terrain privé de Ouenghi, notre destination, du nom de la rivière voisine. Terrain est un bien grand mot d'ailleurs, car il s'agit en fait d'une vague piste, large d'environ 5 à 7 mètres, qui sert surtout de piste pour treuiller les planeurs. Celle ci n'est bien sûr pas ouverte à la CAP, mais Lolo, lui, en plus de connaitre nom et prénom de tous les contrôleurs (et surtout les contrôleuses !) du coin, est aussi autorisé à se poser sur toute les pistes privées de Calédonie. C'est le Loup Blanc de l'aéronautique calédonienne je vous dis ! Les contrôleurs le reconnaissent dès la première phrase à la radio. Impressionnant !
 

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Tontouta NAKUTACOIN fief ULM, ses 3 pistes et la DUMBEA pour les trucs à flotteurs. La côte Est, vers Thio

Grâce à ma carte achetée la veille et avec un peu d'imagination, je repère donc la piste de Ouenghi où nous reviendrons dans quelque minutes. Mais avant, nous mettons le cap sur la côte Est et nous allons traverser la Grande Terre afin de faire un peu de tourisme.
Le paysage change, les collines se rapprochent, mais à 3000 ft, ce n'est pas un souci. Nous passons le col de Nassirah, alors qu'en face apparaît le paysage tourmenté de la mine de nickel de Thio, l'une des plus importante de Calédonie et donc du monde.
Le paysage est lunaire, déclinant toute la gamme d'oranges et de rouges possibles. Quelques véhicules circulent sur de petites routes sinueuses, pendant que des engins raclent inlassablement les collines pour extraire le précieux minerai qui fait la richesse de ce territoire d'outre mer.
La vision est étonnante et laisse un sentiment ambigu ; est-ce magnifique ou d'une tristesse à pleurer ?
 

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THIO la mine du PLATEAU le nickel richesse et plaie de l'ile. Baie de Nakéty, et minéralier au mouillage NAKETY un minéralier est chargé grâce à une noria de barges.

L'avion lui ne fait pas de sentiment et continue sa route vers la petite ville de Thio, puis nous survolons déjà la côte Est que nous remontons vers le nord. Le contraste est saisissant entre le paysage offert par la côte Ouest ou cette côte Est. Là, ce sont de hautes collines qui tombent à pic dans la mer, avec un littoral jalonné de cocotiers et d'une végétation plus dense et verte, par opposition à la côte Ouest, aux plaines très arides.
Ca et là, de petits îlots de sable blanc bordent le littoral.
Nous atteignons ensuite la baie de Nakety, qui abrite ce matin un minéralier au mouillage, pendant que deux ou trois chalands le remplissent à ras bord du nickel extrait quelques kilomètres plus en amont.

Alors que Canala et sa piste défile sur notre droite, nous remettons le cap sur Ouenghi, et nous retraversons de nouveau l'intérieur de la Grande Terre, ce qui ne fait guère plus que 20NM.
 

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VALLEE de Thio belle mais assez mal pavée. Tarmac de Ouenghi Itl Airport

L'arrivée à Ouenghi est folklorique. Il faut d'abord aller faire du bruit au dessus de la maison bleue, c'est à dire chez Jean Pierre, un agriculteur caldoche vrai de vrai, pilote lui aussi, qui habite à proximité de la piste pour le prévenir de notre arrivée et afin qu'il vienne nous chercher comme convenu la veille au téléphone.
Lolo me guide un peu pour m'intégrer sur ce qui doit être une 16, nous gardons un plan un peu fort pour passer bien au dessus de la ligne à haute tension, et même en finale il est aisé de perdre de vue la "piste" tant elle est étroite et peu matérialisée. Posé pas cassé, demi tour et on roule prudement jusqu'au "parking".

Là, c'est de l'aviation champêtre où je ne m'y connais pas. En tout cas, quelle extase de se poser dans un endroit comme celui-ci, en plein milieu d'un champ. C'est franchement plus agréable que d'arriver sur le tarmac d'un gros aéroport style Bron ou St Etienne !
Jean Pierre nous a entendu, et alors que nous nous extrayons de notre robuste 172, il arrive avec son 4x4 pick-up. Le bonhomme est solide, avec la poignée de main ferme et franche de l'agriculteur broussard qui ne doit pas s'en laisser compter par la manette des gaz de l'ULM avec lequel il traite ses cultures !

Nous passons chez Jean Pierre, qui habite dans un endroit paisible, un agréable moment devant un repas reconstituant, tout en refaisant l'aviation, et en évoquant l'avenir politique ô combien complexe et incertain de ce beau bout de France.

Mais ce n'est pas tout ça. Il est 14h, et il va falloir y aller, car Lolo dans son uniforme d'Air Calédonie doit être à 16h dans le cockpit de son ATR et cela ferait désordre d'appeler le chef pour lui expliquer qu'il est coincé à Ouenghi !
Le décollage sur cette piste sympathique mais chaotique est lui aussi folklorique (au loin tout au bout des vaches coupent l'axe paisiblement...), et vu l'étroitesse, il convient de soigner son axe... Mais le 172 démontre à nouveau ses qualités d'avion champêtre, et nous voilà en l'air. Pour le retour, nous choisissons un "transit Sud" de Tontouta, c'est à dire un transit qui nous fait passer sur ce qui est souvent appelé le "plus grand lagon du monde".
 

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Finale sur l'îlot Hugon ILE HUGON oui on peut s'y poser si autorisé et laché Ilot au nord de Nouméa, sans doute Mba

Nous faisons d'abord un passage au dessus de l'îlot Hugon, un des nombreux îlots qui parsèment la baie de St Vincent, non loin de notre lieu de décollage, où Lolo nous gratifie d'une remise de gaz au dessus de l'incroyable petite piste privée du coin, qu'il connaît bien pour s'y être déjà posé. Nul doute que se poser là et y passer la journée constitue une expérience aéronautique en tout point étonnante. Une autre fois peut être.

Puis nous rentrons sur Magenta par le lagon.Et là, même un tahitien (d'importation) comme moi, reste bouche bée.
Oh, les couleurs sont à peu de chose près les même qu'en Polynésie, mais là, le lagon est bien plus large et sa longueur qui s'étend à perte de vue sidère. C'est tout simplement beau. Just beautiful dirait un anglo-saxon. Et en effet, ça vaut le coup d'œil. Preuve que c'est beau ; Daniel et Lolo, malgré leurs nombreuses heures de vol dans le ciel calédonien prennent encore des photos numériques du paysage !
Quelques îlots, tantôt rocheux, tantôt corallien, jalonnent le parcours. Le récif s'étire à l'infini, parfois en pointillé ce qui laisse place à d'immense passes, comme celle de Dumbéa par exemple.
Les bleus déclinent toute leur gamme, du turquoise le plus clair au bleu nuit et les formes qu'ils dessinent changent sans cesse.
 

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Epave de l'Ever Prosperity et phare Amédée AU LOIN PHARE AMEDEE il y a 30ans il a raté le seuil de piste. PHARE AMEDEE l'éternelle vigie et son ADF MD.

Alors que je m'amuse à repérer du ciel les innombrables raies (aigles, grises ou  léopard sans doute) qui nagent dans la partie peu profonde lagon, nous atteignons la fameuse épave de l'Ever Prosperity, plantée sur le récif depuis 1970 par un capitaine qui n'avait visiblement pas bien préparée sa nav.
Un peu plus loin arrive la familière silhouette phallique du phare Amédée, d'un blanc aveuglant, construit à Paris en 1862, démonté, acheminé par bateau et dressé sur cet îlot en 1865. Nous le contournons par la droite, aux 500 ft réglementaires, Lolo me montre l'antenne NDB qu'il héberge puis reprenons un cap plein nord pour rejoindre Magenta, à une poignée de nautique de là.
Ce sera mon premier atterrissage à Magenta, sur la 17, par un vent classique ici ; 15kt du 090...

Le circuit de piste est superbe. Vent arrière au dessus du lagon en longeant le golf club de Tina et le centre Culturel Tjibaou, base main gauche au dessus des résidences qui recouvrent les reliefs avoisinants, et finale au dessus d'un temple boudhiste puis d'un petit lac et des palétuviers.
Les collines avoisinantes rendent la finale un peu turbulente, avec quelques cisaillements, mais prévenu par Daniel et Lolo, je ne me laisse pas surprendre et je nous pose sans rien casser.
Puis Daniel rentre chez lui, et pour ma part, je patiente dans l'aéroport en attendant de profiter du beau cadeau que Lolo me fait...
En effet, il a réussi à obtenir de son DG (Air Calédonie) la faveur suivante ; comme je suis venu passer des vacances aéronautiques en Nouvelle Calédonie, celui ci a gentiment accepté de me faire profiter d'un aller-retour en cockpit pour l'une des 4 destinations au choix, du réseau ATR d'Air Calédonie. Rien que ça !
 

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Magenta vu depuis une petite colline, avec un ATR au départ Lolo, avant la mise en route à Lifou

Nous décollons en 17, et à l'annonce de V1, avec la colline de Ouemo qui nous fait face, il resterait bien peu de bitume pour s'arrêter avant le lagon. Mais là encore, si les ingénieurs le disent...
Le soleil est déjà presque couché derrière nous alors que nous mettons le cap à l'est, mais bien que cette lumière ne permette plus de repérer les détails des localités, elle permet de contempler un spectacle dont je ne me lasse jamais ; l'arrivée de la nuit vécue du ciel.
Jacques Brel, pilote-troubadour chantait si bien "la ville s'endormait j'en oubliai le nom. Sur le fleuve en amont, un coin de ciel brûlait". La ville ici, c'est Nouméa, le fleuve, c'est la pacifique sud, mais nul doute qu'il a dû écrire ces paroles en vol, lors de ces minutes qui suivent le coucher du soleil...98 NM nous séparent de Lifou, l'île du footballeur Christian Karembeu, où il a emmené il y a quelques temps sa somptueuse Adriana et ses deux longues jambes, qui à n'en pas douter, ont dû y faire de l'effet !
Avec les îles d'Ouvéa, de Maré (toutes deux desservies par les ATR42), la petite île de Tiga (desservie par le Dornier 228) ainsi qu'avec quelques îlots beaucoup plus petits, Lifou constitue l'archipel des Iles Loyauté. Ces îles sont équidistantes de Magenta à un ou deux nautiques près.
98 NM, en ATR, ça ne traîne pas. Le moment de répit offert par la croisière ne dure pas biens longtemps et assez vite, il faut préparer la descente sur Lifou-Wanaham.
Tontouta nous transfère avec la tour de Lifou, et déjà, au milieu de cette masse noire flottante sur les flots, nous visualisons la piste et ses feux.
Lolo est aux commandes et il nous pose de main de maître sur les 1200 mètres.

On coupe tout, puis il m'accompagne à l'enregistrement pour que je reparte avec eux. 10 s après (l'enregistrement le plus rapide de toute ma vie de voyageur !), nous sommes de retour sur le tarmac, où il ne fait pas si chaud que cela. Nous parlons un peu météorologie locale avec Lolo qui à ma grande surprise me dit que parfois avant de venir aux Iles Loyautés, les ATR attendent à Magenta que... le brouillard se lève à destination ! Curieux.

L'escale ne dure pas plus que nécessaire et déjà nous ré-embarquons à bord du F-ODYD, pour le vol retour sur Nouméa-Magenta.
Cette fois, c'est le captain qui pilote, pendant que Lolo tient la radio de sa voix aussi connue sur les fréquences aériennes calédoniennes que celle d'Elkabach sur Europe 1 !
Le ciel de Nouméa est parfaitement CAVOK, et l'arrivée de nuit est superbe. Le vent est calme et il nous est proposé de prendre "piste au choix" par la contrôleuse que Lolo connaît, bien sûr.
Nous optons pour une 17, car... Lolo habite sous la finale 35 et souhaite respecter le calme de ses voisins ! En plus cela nous gratifie d'une belle approche à vue au dessus du sud de Mooréa avant de gagner la vent arrière.
Le CDB, qui a quelques centaines d'atterro en ATR derrière lui nous pose sans histoire sur cette piste pourtant impressionante, surtout de nuit et à plus de 100kt en finale. 180° et nous roulons pour l'aérogare qui n'attend plus que nous pour fermer.
Un gros gros merci pour la ballade Lolo et M'sieur le DG d'Air Calédonie...


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