Voler dans les Petites Antilles
Guadeloupe Basse Terre / Grande Terre - La Désirade/ Marie Galante - Montserrat - Antigua - St Kitts & NevisLes Saintes - La Dominique - Cartes - Lire l'histoire

Je suis partie en Guadeloupe pour une semaine, par coïncidence en même temps qu'un autre colibri, Dominique Faux, et nous
en avons profité pour voler un peu au soleil.
Saint-François nous a paru la destination idéale : belles plages pour distraire ceux et celles qui préfèrent les palmiers aux
avions et petit terrain sympa repéré dans la rubrique du même nom sur PilotWeb. Sur ce terrain, Alpha Aviation a un site web,
un e-mail et répond au téléphone quand on les appelle (ce qui n'est pas le cas des deux aéro-clubs du Raizet, le grand terrain
de Pointe-à-Pitre).

Premier jour : rendez-vous chez Alpha Aviation.

On suit les panneaux "aérodrome" en longeant le superbe golf de Saint-François.
D’un grand champ herbu émergent une manche à air et quelques bœufs accompagnés de leur oiseau pique-bœuf - en théorie
les bébêtes à corne sont attachées, et les oiseaux évitent la trajectoire de l'avion mais il vaut mieux ouvrir deux zyeux plutôt
qu'un en finale et au décollage.
Si on cherche bien on finit par trouver la bande goudronnée qui sert de piste et les hangars avec des avions devant : on peut
donc en déduire qu'il s'agit d'un terrain d'aviation.

Alpha Aviation est une société école + location d'avions qui paye la TVA, les tarifs peuvent donc paraître chers par rapport à
un aéro-club de métropole, d'autant plus que rien n'est donné dans les îles, et surtout pas la 100LL. Mais... il n'y a pas de
cotisation à payer, et les avions sont quasi neufs (C172 Skyhawk et Archer III nouvelle génération), bien équipés, bien
entretenus, ce qui semble une exception remarquable compte-tenu des tas de rouille volants que nous avons croisés au hasard
de nos pérégrinations.

Dans le coin, la confiance dans sa monture volante est essentielle car les Nautical Miles sont vraiment nautiques  : on passe
son temps à 1.500ft au-dessus de l'eau avec un canot de sauvetage à portée de main et un plan de vol systématique au cazoù.

Le patron d'Alpha Aviation, Luc Beuzelin, est un vrai professionnel au commerce fort agréable. Il se met en quatre pour vous
faciliter la vie, vous fournissant la documentation aéronautique locale, des briefings détaillés sur les terrains et la
mélimélasse de paperasse dont on a besoin dès qu'on franchit une frontière, ce qui arrive ici tous les 50 NM.

C'est parti pour le lâcher. Au décollage, vue sur le golf, somptueux. La vent arrière s'égare au-dessus des eaux turquoises qui
baignent la marina de Saint-François. La finale en 11 se fait sur une pente plus forte afin d'épargner les oreilles des riverains
dont les cases de luxe sont installées pile dans l'axe.
Deux tours de piste avec des yeux éblouis qui découvrent des images toutes neuves de la Guadeloupe entre deux checks
paramètres. Un gros grain qui arrive par l'ouest, et me voilà lâchée. Le grain perdure, nous nous escampons en voiture vers la
pointe des Châteaux. Sous la pluie, on croirait la pointe du Raz... Seuls la température ambiante et le jus de carambole nous
rappellent que nous sommes dans les Petites Antilles.

Deuxième jour : un peu de tourisme, découverte par la route de Grande-Terre.

La Guadeloupe a une forme de papillon, dont Grande-Terre serait la plus petite aile, la grande aile s'appellant Basse-Terre
alors que c'est la plus haute puisqu'il y a la Soufrière, vous me suivez ?
Un petit vol avant le coucher du soleil (attention la nuit aéro ici c'est CS+15) pour confirmer que Grande-Terre est plutôt
plate, mises à part les ondulations caractéristiques des mornes verdoyants des Grands Fonds sur lesquels les couleurs vives
des toits carrés tranchent dans les lueurs enflammées du soleil qui refuse de s'éteindre.

Troisième jour : le 172 est en visite.

On en profite pour découvrir (en voiture) Basse-Terre, son volcan (ze Soufrière) qui a la tête dans les nuages, ses forêts
tropicales luxuriantes, ses innombrables chutes d'eau délicieusement rafraîchissantes.

Quatrième jour, le 172 est à nous !

Rejoints par un autre colibri de passage en Guadeloupe, Dominique Faux, nous choisissons l'itinéraire du jour : l'île de
Montserrat au nord-ouest puis tour de Basse-Terre, survol des Saintes, posé à Marie-Galante et baignade à la Désirade. Le
Cessna 172 est un vrai-faux Long Range, c'est-à-dire qu'il a une autonomie théorique de 5 heures qui tombe à 3h15 dès qu'on
est 3 dans l'avion avec quelques bagages...
Comme celui-ci est particulièrement goulu (40 l/h) nous garderons un oeil très vigilant sur la consommation. Aucune envie
d'étrenner le canot de sauvetage !

Donc le cap sur Montserrat nous fait traverser la Grande Terre, qui resplendit sous la lumière matinale. Chaque palmier,
chaque maison se détache crûment sur la verdeur tropicale. Le Grand Cul de Sac Marin nous laisse apercevoir des fonds d'un
dégradé de bleu vertigineux. Quelques ilôts coraliens nous invitent à une débauche de baignade et de plongée.
Mais le petit Cessna continue gaillardement sa route en laissant son ombre sur la grande mer caraïbe jusqu'au nord de Grande
Terre, d'où nous devinons déjà la masse de Montserrat sous les cumulus empilés. Nous n'avons pas prévu de nous poser sur le
terrain de Montserrat parce que la lave a dévoré la piste lors de l'éruption de 1997.
Nous papotons avec VC Bird, le contrôle d'Antigua qui règne sur la zone que nous traversons, avant de longer la côte au vent
de Montserrat. On limite ainsi les turbulences en évitant d’aller chatouiller le volcan de trop près, car il est toujours actif.
L'émotion nous rend silencieux quand nous découvrons l'immense coulée de lave figée, les maisons englouties dans l'immensité
grisâtre et celles, miraculées, qui survivent sur leur petit carré d'herbe résolument verte.
Nous faisons demi-tour à la pointe nord et le contrôle de VC Bird nous fait passer avec Bramble.

Bramble, Bramble... C'est qui Bramble ? Nous sautons sur  nos cartes. Ah c'est le nom du terrain de Montserrat. Tu l’as vu toi ?
Ben non… Et là ? Cette bande grise dans un océan de laves grises ? C'est une piste... Et de cette piste dévorée par la fougue du
volcan seuls subsistent le peigne de la 15 et la tour de contrôle.
- Bramble F-OHQI ?
- F-OHQI Bramble go ahead !

Quoi ?? Y'a un contrôleur à Bramble ? La piste ravagée par la lave n'a pas survécu, mais la tour, si...
Solitaire et stoïque, le contrôleur veille à l'accueil épisodique d'un hélicoptère de ravitaillement ou d'évacuation.
Nous le quittons pour repasser avec le Raizet qui s'enquière de notre plan de vol. Aïe aïe aïe on a franchi la frontière avec cet
état du Commonwealth sans plan de vol ! Ca ira pour cette fois, mais ne recommencez pas...
On longe la côte sous le vent de Basse-Terre et on se fait gaillardemment turbuler. Garder entre 700 et 1.000ft pour longer la
magnifique plage de Grande Anse, le petit village de Deshaies coincé entre ses montagnes escarpées, la grande ville de Basse
Terre.
Juste à côté, le troisième terrain de la Guadeloupe, Baillif. Terrain restreint car il y a un seul sens de décollage : vers la mer !

Cap sur Marie-Galante, qui apparaît comme une grande assiette toute plate et verdoyante. Le terrain est gardé par un AFIS
qui s'ennuie en attendant les deux vols commerciaux de la journée. Atterrissage avec 15 à 20kt de vent de face. On laisse
passer un grain.

Redécollage pour La Désirade. On survole l'ilôt de Petite Terre, au goulet ravissant avec ses plages de sable délicates et ses
fonds qui appellent les marins. La délicieuse piste de la Désirade longe la plage - ou l'inverse, cette île toute en long est
formée pour l'essentiel d'un haut et âpre plateau rocheux.  Courte et gondolée, la piste est sans réelle difficulté, mises à part
les chèvres qui appellent un passage bas pour les chasser. Nous nous laisserions facilement prendre au charme de cette petite
île de dix kilomètres de long, isolée malgré sa proximité de la Guadeloupe, un peu désabusée, usée par les cyclones.
Après un bon grain et une baignade, en dix minutes on est de retour à Saint-François, à temps pour rendre l'avion.

Cinquième jour : aujourd'hui, on sort !

Au programme, Antigua, St Kitts et Nevis, trois îles et deux états de langue anglaise dans le nord de la Guadeloupe. Munis de
toute la paperasse nécessaire (14 exemplaires de la déclaration générale pour l'entrée et la sortie des territoires, un préavis
déposé 24h auparavant car St-François n'est pas douanier, un plan de vol pour Antigua, un dossier météo où la Guadeloupe est
une virgule minuscule dans une immensité sans nom), il ne nous manque que les dollars caraïbes pour payer les taxes. M'enfin !

Cap sur Antigua, on passe sans problème de la fréquence du Raizet à celle de VC Bird, notre terrain de destination. On se
reporte "crossing south coast" puis "3 miles right base runway 10". L'anglais à fort accent créole demande un certain
décodage (on devrait rajouter ça à l'épreuve d'oral de la QRI). Je finis par comprendre en voyant le 737 aligné que le
message qui m'est destiné est "orbit final", et je m'exécute afin d'éviter un incident diplomatique en me posant sur le Boeing.

Une fois au parking, on met aussitôt les protections contre le soleil qui tape déjà.
Reste maintenant à passer l'immigration, la douane et trouver des sous pour payer les taxes. Nous produisons 2 déclarations
générales (pour entrer et sortir du pays) où nos 3 noms sont portés comme équipage et ça suffit pour passer l'immigration. Il
faut insister pour avoir un coup de tampon sur nos passeports.
Partout où nous irons nous n'aurons à produire ni nos licences de pilotes ni nos passeports, la déclaration générale suffira.
La douane réclame ensuite son lot de déclarations (2 de plus). Un distributeur crache aimablement des XEC (East Caraibbean
dollars, à l'effigie de la reine d'Angleterre) et  nous finissons notre tour d'aéroport pour trouver le bureau ATC, déposer le
plan de vol pour St Kitts, payer la taxe d'atterrissage et la taxe de navigation.
Rebonjour à la douane, rebonjour à l'immigration.  On rejoint sans difficulté notre avion en gambadant sur le tarmac.

Décollage et survol des sompteuses côtes d'Antigua, deux trois mâts se prélassent dans une grande baie souriante... Bye bye
VC Bird, on passe avec Bradshaw, le terrain de St Christopher (ou St Kitts). On longe d'abord l'ilôt tout rond de Nevis, puis
les sinuosités volcaniques de St Kitts avant de s'intégrer dans un désert aéronautique en "right downwind runway 07".
On se parque entre un Bell 206 et un Islander, ce sont les seuls occupants de ce terrain, avec une cellule de DC3 qui rôtit au
soleil.
La mer scintille sous le soleil déjà haut, les palmiers oscillent dans les rafales... Mais c'est un sacré parcours paperassier qui
nous attend. Nous allons devoir lâcher outre la taxe d'atterrissage un record de 7 déclarations générales, ce qui ramène notre
stock disponible à 3... dont une déjà tamponnée par la douane de St Kitts. Aïe aïe aïe. Evidemment pas de photocopieuse, ni
d'original du document disponible nulle part !

Après une dégustation de bière Carib (pas pour le pilote), je dépose un plan de vol très succinct pour le retour sur St François
en téléphonant à la tour. Comme St Kitts contrôle aussi l'ilôt voisin de Nevis, pas de problème pour s'y poser avant de rentrer
en Guadeloupe.
Le contrôleur de Newcastle, le terrain de Nevis, nous annonce du 18 à 20kt de face. Atterrissage plat, on s'extrait de l'avion.
Il commence à faire chaud...
Nous allons être la distraction du jour pour les quelques occupants accablés de chaleur et d'inaction dans la cabane en bois
pompeusement nommée aérogare. Les fonctionnaires de la douane, de l'immigration, du prélèvement de la taxe s'arrachent nos
3 déclarations restantes, se les échangent, se les troquent (en fait ils en voudraient 6, les gourmands !). Après âpres
négociations et paiment de taxes sévères, nous réussissons à nous extirper de Nevis. Bilan carburant : rien de trop, on aura
3/4 d'h de rab en arrivant. On se refait un petit plaisir à longer Montserrat et on rejoint St-François où nous avons
rendez-vous... pour une qualif de site aux Saintes !  Ca n'arrête point !

Luc Beuzelin est parti lâcher des paras dans le Dornier 27 (une belle bête de 250cv avec une roulette bien placée à l'arrière)
et nous en profitons pour aller nous baigner à la plage des Raisins Clairs. Restaurés et rafraîchis, le 172 ravitaillé, nous
repartons aux Saintes (20 mn de vol) pour une qualif de site.

Les Saintes sont sans doute parmi les îles les plus attachantes des Antilles françaises, qu'on y vienne en bateau ou en avion.
Délicieusement découpées, vallonnées, ondulant en courbes fermes mais délicates, elles dégagent une douceur de vivre
exquise une fois que les touristes en sont partis.
Le terrain se situe sur la seule partie vaguement plate de l'archipel. Il a été arraché aux mornes qui l'entourent, c'est-à-dire
qu'il est planqué entre deux collinettes et il est totalement invisible en vent arrière, en étape de base et en début de finale. La
reconnaissance est indispensable pour vérifier la manche à air en entrée de piste et en bout de piste, ainsi que la disponibilité
du parking (tout petit, il ne peut accueillir que 5 à 6 avions).
En vent arrière on n'a pas de visuel sur le terrain, il faut se garder de la tentation de se rapprocher de la terre jusqu'à l'ilet
Cabrit où on vire en base vers le Pain de Sucre, toujours à 1000ft. La piste reste invisible. En finale oblique (à 45° de l'axe
de piste) on prend comme point de visée l'est du bourg, et on s'y tient, à 65kt et tous les volets sortis.
En arrivant sur le village, on effeuille les arbres avant de s'aligner doucement en très courte finale. Les roues semblent
effleurer les toits des belles maisons à véranda, il faut poser court car le terrain fait 500 m et est en pente vers la mer. Les
collines environnantes ajoutent du charme et quelques turbulences, effets Venturi et effets de sol connus des pilotes de
montagne. Mais à la différence d'un terrain de montagne, la remise de gaz est possible, voire recommandée si on n'est pas
posé/stabilisé au milieu de la piste, sinon plouf dans la mer. Certes la plage est belle... mais la visite des fonds est préférable
avec un masque et un tuba.
Pas de difficulté majeure à condition de ne pas se laisser dérouter par un circuit bizarroïde, un passage très bas au-dessus
des maisons et de ne pas se fier au badin dans les turbulences. Pour la qualif on fait 3 tours de piste à 1000ft dont un
complet, 1 à 500', une approche en 27 avec dégagement par la gauche et un ou deux tours de solo. C'est vraiment splendide, et
on en prend plein les mirettes !!

Retour sur Saint-François et quelques ti-punch bien mérités...

Sixième jour : coup de bol, le 172 s'est libéré et nous l'empruntons toute la journée pour aller... aux Saintes.

Quel luxe de ne pas embarquer sur le bateau avec les autres touristes mais d'arriver avec son bel avion blanc pour étrenner
sa qualif de site toute neuve. Une fois posé, l'avion rangé et protégé, on marche le long des villas toutes gaies dans leur livrée
de bougainvillées jusqu'au centre du bourg où la location de scooter s'impose si l'on veut visiter les différents bouts de cette
petite île en une seule journée.
On a eu le temps de repérer les plages  savoureuses pendant les tours de piste : plage Crawen, solitaire sous les
mancenilliers... plage du Pain de Sucre, le long de cette admirable villa coloniale posée sur l'isthme, aux fonds poissonneux et
colorés... plage de Pont Pierre, qui s'élargit dans une baie somptueuse et calme bordée de palmiers...
On grimpe à pied jusqu'en haut du morne du Chameau (309 m) qui nous donne une vue fabuleuse sur l'île, les avions en tour de
piste, les bateaux, les ravissantes villas du quartier Font Curé.
La visibilité et la luminosité sont exceptionnelles. Même la Soufrière se déride, elle a presque perdu son cache col de cumulus
et on parvient de temps à autre à voir ses cratères. Déjeuner près de l'embarcadère, où nous remarquons un gros bateau de
croisière sur lequel repose un Bell 206. Gros bruit de moteur, on cherche dans le ciel... mais non ce n'est pas le Caravan qui
assure les liaisons inter-îles, c'est un hydravion bi turbine qui vient amener quelques invités pour le thé ! On va déranger
quelques iguanes sur le fort Napoléon avant de prendre à regret le chemin du retour.
Une journée délicieuse et divine.

Septième jour : c'est pas parce qu'on repart aujourd'hui qu'on ne va pas voler...

7h au terrain, destination : la Dominique !
Nous maîtrisons maintenant la paperasse à peu près correctement et partons équipés, en n'oubliant pas la déclaration pour
quitter la France, le préavis, le plan de vol, les dollars. La Dominique est une belle île montagneuse et très verte, qui se tient
entre la Guadeloupe et la Martinique.
On va d'abord faire quelques tours de piste aux Saintes, pour que Dominique (notre colibri) découvre les charmes de ce
circuit particulier avant de mettre le cap sur la Dominique (l"île, à ne pas confondre avec la République Dominicaine). Lors de
son deuxième voyage en 1493, ce pauvre Christophe Colomb trouvait des îles tous les jours et finissait par être à court d'idée
pour les nommer. Quel jour on est aujourd'hui ? Dimanche (domingo en espagnol)... tu t'appelleras Dominica ! Toussaint ? Tu
t'appelleras les Saintes ! La Saint-Martin ? Saint-Martin ! Enfin, vous voyez le genre...

Sur la Dominique on trouve deux terrains : Melville, au nord-est et Canefield, près de la capitale Roseau, notre destination au
sud-est. On longe la côte est en se rinçant les yeux du spectacle vertigineux de cette immensité verdoyante, de ces vallées
farouches qui paraissent presque inhabitées. Melville est une très belle piste plantée au milieu d'un grand nulle part de jungle
tropicale, à sens unique pour le décollage vers la mer pour cause de montagne. Peu de plages, beaucoup de rivières (365 au
total sur l'île...), des côtes rocheuses avec des trous, des aiguilles, des falaises. Le volcan local a, sans surprise, la tête dans
les nuages.
On contourne la pointe sud de l'île à Scott's Head et on contacte Canefield. Le terrain semble avoir été gagné sur la mer, il
est coincé entre deux collines à chaque bout de piste. Donc une finale oblique, avec alignement en courte, et un seul sens de
décollage. On parque derrière un Cessna 310 et on écarquille les yeux. Le terrain longe une plage dont l'éclat fait mal aux
yeux, entre le miroitement bleu intense de la mer calme et l'herbe verte et crue... Immigration (2 déclarations), douanes (2
déclarations), taxes.

On prend un taxi pour faire un tour dans Roseau, la capitale, visiter ses beaux quartiers en hauteur, ses bicoques misérables
dans le plat de la ville,  le parc botanique avec ses oiseaux nationaux les perroquets jaco et sourissou... Une île où nous
faisons vraiment touristes avec notre peau blanche (enfin rose !).
On monte à la tour pour déposer le plan de vol. La vue est insupportable : une piste goudronnée dans un écrin d'herbe verte,
une mer qui brûle presque d'un bleu tonique et profond, quelques oiseaux blancs parqués...
Re-taxe qui lessive nos derniers dollars caraibes, et on décolle.
Le vent s'est levé et on va devoir faire avec 12 à 15kt de vent arrière, et une colline en face. Rolling take off, j'embrasse des
yeux le spectacle d'un Beech 17 qui rouille dans l'herbe auprès d'un petit bateau aux couleurs gaies et d'un camion de
pompier de la même époque. Garder l'avion près du sol pour gagner en vitesse, surtout ne pas tirer sur le manche.
Effectivement on se prend une dégueulante au passage de la colline. Beuarck ! On est sous le vent, ça turbule gentiment. On
croise l'hydravion biturbine au détour de la pointe nord. Bye bye Canefield...
On longe Marie-Galante avant de reposer tout content à Saint-François.

Au total une douzaine d'heures de vol, des images fabuleuses qui vont rester imprimées sur nos rétines métropolitaines
pendant longtemps, la découverte de la variété inouïe d’îles échappées d’une même chaîne volcanique et la chance d’avoir pu
partager à plusieurs pilotes ces variations infinies de tons bleus... Merci la liste pilote !

Anne-Céline